JUGEMENT DERNIER. — LAMPE
temenl les artistes et les poètes; mais, pour artistes ou poëtcs qu'ils soient, leur nombre et leur accord ne témoignent pas moins d'une certaine tradition; et je crois plus raisonnable de dire que le programme commun à l'art ou à la liturgie, aura été rédigé dans l'origine en vue des vivants qui voient ou entendent l'un et l'autre, aussi bien que pour les âmes du purgatoire. Les prières sont bonnes aux morts quand leur condition peut encore en admettre le fruit, mais les témoins de ce spectacle ont tous besoin d'être prémunis contre les résultats d'une mort irréparable dans ses conséquences éternelles. Je suppose donc que les artistes et l'Église elle-même, mêlant ainsi le tableau du jugement dernier à des pensées de réparation possible', se proposent d'instruire l'assistance en même temps que de représenter une grande vision dont le fonds appartient à la foi, mais dont les conséquences pratiques ont besoin d'être mises en saillie pour celui qui peut encore s'en garer. Cette double vue explique sulTisamment, si je ne me trompe, pourquoi entre deux desseins on a quelquefois l'air de gauchir. Réellement c'est moins gauchir que louvoyer entre deux directions auxquelles on se proposait d'obéir à la fois, par une espèce de résultante générale.
Saint Vincent Ferrier, de l'ordre de Saint-Dominique. Cf. Ailes, p. 26; Trompette.
JURISCONSULTES. Cf. Avocats et Doctoral.
LABOURAGE. Cf. Charrue et Herse.
LAMBEL OU CARTOUCHE. Cf. Écriteau,
Banderole et Prophètes.
LAMPE
Au mot Chandelier j'ai déjà donné quelque idée de l'influence que peut avoir exercée sur les artistes la parabole des Dix vierges (cinq folles et cinq sages) exposée par Notre-Seigneur (Matth. xxv, 1-12), et si souvent rappelée aux bonnes gens par la sculpture des portails d'églises. Cette grande leçon avait singulièrement pénétré dans les esprits en des siècles où le symbolisme était d'autant plus familier au peuple, que la lecture ne jetait
point sa pensée sur une foule de sujets divers. Je ne voudrais pas dire précisément que l'instruction populaire, comme on l'entend aujourd'hui, s' oppo.se au développement de l'intelligence ; je crois pourtant que l'homme dont la provision fondamentale en fait d'idées est solide et courte, ne laisse pas de leur donner un épanouissement beaucoup plus large que celui qui emmagasine une foule de faits dans sa mémoire sans trouver le loisir de s'en rendre maître tout de bon. IJonny soit qui mal y pense!
L'emploi de la lampe pour signifier la virginité vient évidemment de l'Évangile, et non pas d'une race particulière plus portée au symbolisme qu'une autre. La prédication chrétienne avait porté dans toute l'Église cette grande leçon qui regarde chacun de nous, pour nous apprendre la nécessité d'être prêts sans ces.se à paraître devant Dieu ; mais qui se rapporte par-dessus tout aux soins continuels qu'exige la conservation de la chasteté, surtout de la chasteté parfaite. Aussi trouvons-nous dans la terre d'Otrante, pays de civilisation grecque, les SAINTES Irène et Vénère représentées à Lecce avec une lampe entre les mains*, comme d'autres dans des mosaïques romaines, et plusieurs encore dans la Flandre et le nord de l'Allemagne. Une postérité moins préoccupée des enseignements évangéliques a cherché, il est vrai, plus d'une fois à greffer des récits gratuits sur ce tronc'': mais il est aisé de voir que ces faits étaient parfaitement inutiles pour rendre intelligibles les vieilles peintures avant l'époque où, comme dit l'Écriture sainte, « les vérités se sont amoindries chez les enfants des hommes. »
Voici, du reste (p. Zi95), une peinture des catacombes romaines, où l'on dirait que le vieil artiste chrétien a pris à tâche de plaider pour moi *. Tous les antiquaires s'accordent à y voir l'Époux qui introduit au banquet les cinq vierges sages. Or celles-ci se présentent avec les deux attributs que je prétends identifier. De quelle utilité peut être le vase d'huile à qui s'éclaire par le moyen d'un flambeau (torche ou cierge)? Je ne saurais le dire. Mais le docte Bosio n'y a point vu d'incompatibilité, et l'on n'a pas trouvé après lui meilleure inter-
1. Jusqu'à Orcagna, saint Joan-Baptiste et la sainte Vierge sont agenouillés aux pieds du souverain juge, comme interct^dant pour les piSclieurs. Or il serait trop absurde d'en inférer que le moyen âge comptât sur la possibilité de détourner la sentence à cet instant. Néanmoins à qui aurait l'esprit trop exigeant, la liturgie même pourrait aussi être également tournée de travers en ce sens (par exemple, l'offertoire de la Messe des morts) lorsqu'on y demande que l'enfer n'engloutisse pas une âme qui est séparée de son corps depuis vingt-quatre lieures, ou même depuis dos années. Les théologiens donc qui, comme Bellarmin, le prennent de si haut avec les poètes et les artistes, avaient besoin de recourir à une autre mesure pour interpréter les paroles de l'Office ecclésiastique, que l'on peut regarder comme complice des premiers. Car n'était-il pas plus simple et plus juste d'avoir de chaque coté une même balance ? C'est ce que je m'efforce d'établir en ce moment, pour mettre tout le miinde d'accord s'il se peut, quand l'intention est bonne et s'ap-
puie sur dos antécédents considérables. Tel est bien le cas ici. 2. AA. SS. Mail, t. II, p. 790. Dans le même recueil {Maii, t. IV, p. 298), SAINTE PuDENTiENNE et SAINTE Praxède soot également représentées avec une lampe de forme singulière, car elle a l'air d'un pot h feu, et l'inscription dit :
« Protège prEeclara nos virgo Puden-que-tiana, Virgo Puden-que-tiana coram stat lampade plena. '
Occurrit sponso Praxedes lumine claro. » Il se peut que ces lampes d'un galbe étrange aient donné lieu à ce qui semble une bassine dans certaines représentations modernes (Cf. Branche d'arl>re, p. 147, sv.), et à quoi j'ai cherché une autre explication pour contenter tout le monde.