AUGE
Plus d'un saint honoré dans l'Armoriquc passe pour avoir traversé la Manche au moyen d'une auge (et une auge de pierre pour que rien ne manque au merveilleux du trajet). Cela ne viendrait-il pas du langage breton, qui confond l'auge et le baquet avec un esquif (net;)? Je sais bien que César parle de la marine des Vénètes, mais une pirogue de chêne trouvée à Paris en 1862 par M. Arthur Forgeais ne ressemble vraiment pas mal à une auge creusée dans un bloc de bois. D'ailleurs, les Bretons modernes ne seraient-ils pas les hôtes des Armoricains beaucoup plus que leurs vrais successeurs?
AUMONE donnée ou reçue.
Nous avons vu ailleurs (p. 68) la distinction qu'il faut faire comme caractéristique des saints, entre cet attribut et celui qui est indiqué sous le mot Argent (monnaie). Cependant, pour distinguer plus facilement entre les attributs qui caractérisent les saints dans lès monuments de l'art, un autre article sera réservé à une forme particulière de l'aumône sous le mot Pain.
Ecclésiastiques.
Parmi les saints aumôniers, il est bien facile qu'il nous arrive d'en oublier quelqu'un; parce que la charité, même corporelle, est une vertu si recommandée dans l'Évangile, que bien peu de grands chrétiens ont manqué de se signaler par la pratique de cette bonne œuvre. Les saints évoques surtout, à cause des biens que l'Église ou la piété des fidèles mettaient à leur disposition, ont été généralement les pères des pauvres. Des ordres religieux furent fondés tout spécialement pour le soulagement des malheureux; aussi les Trinitàires et les religieux de la Merci sont-ils souvent désignés, outre l'habit de leur ordre, par une bourse à la main, avec laquelle ils se présentent devant un musulman pour payer la rançon des captifs.
Saint Léon II, pape; 28 juin, 683. On l'a représenté embrassant un mendiant. Il était surtout remarquable pour sa charité envers les malheureux.
i. Calendar. benedicl., '2 mai.
'2. Calendar. benedicl., '28 april.
AUMONE
Saint Benoît II, pape; 7 mai, 685. Si court qu'ait été son pontificat, sa mort fut un deuil pour les pauvres.
Saint Martin, évêque de Tours (Cf. Apparition de Notre- Seigneur, p. 54). Malgré sa réputation de grand évêque, la piété populaire a pris l'habitude de le reconnaître surtout dans la représentation de l'acte de charité qu'il exerça, étant encore dans l'armée romaine, envers un pauvre d'Amiens auquel il donna la moitié de son manteau '. Cf. Aimes, p. 72.
Saint Prix (Priest, l'rxjecius, etc.), évêque de Clermont; 25 janvier, 67 /j. Tous les jours il distribuait d'abondantes aumônes; et se trouvant une fois sans argent, il en obtint du Ciel pour ne pas renvoyer ses pauvres les mains vides.
Saint Cyrille de Jérusalem; 18 mars, 386. Une bourse à la main. Ses largesses pour les pauvres étaient si grandes que les Ariens l'accusèrent d'avoir aliéné les ornements de son église pour satisfaire à des libéralités qu'ils appelaient déraisonnables.
Saint Jean l'aumônier, patriarche d'Alexandrie; 23 janvier, 616. Le surnom qu'il a conservé dans l'histoire montre bien quelle belle réputation de charité il s'était faite. Son biographe en cite des traits merveilleux qui ne pourraient trouver place ici. Le corps de ce grand saint est honoré à Presbourg dans l'église de Saint-Martin. Mathias Corvin le reçut du sultan qui l'avait trouvé conservé à Constanlinople.
Saint Nicolas, évêque de Myre ; 6 décembre, vers 330. L'aumône qui l'a rendu le plus célèbre est antérieure à son épiscopat; mais cela n'empêche pas que l'on ne représente quelquefois le saint en costume d'évêque dans cette circonstance. 11 s'agit de trois jeunes filles dont la pauvreté inquiétait leur père qui commençait à rêver sur le parti qu'il tirerait d'elles, faute de pouvoir les marier. Le saint vint pendant la nuit jeter de l'argent par la fenêtre de la maison, et cette somme servit à doter l'aînée des trois sœurs. Cela se renouvela deux fois encore, jusqu'à ce que les deux autres fussent pourvues. Les Italiens ont souvent rappelé ce fait en représentant trois globes d'or sur un livre que l' évêque tient dans sa main ; ce semble être une manière de remettre en mé-
moire les trois sommes d'argent qui servirent à doter les filles pauvres. Les proses du moyen âge ont souvent célébré cette charité du saint évêque *, et nous aurons à l'indiquer encore à divers endroits. Cf. Bourse, etc.
Saint Zosime, évêque en Egypte; 24 janvier, vi« siècle. Entouré dç pauvres qui reçoivent de lui des pains ou de l'argent'.
Il ne faut pas le confondre avec l'abbé du même nom (4 avril) qui figure dans l'histoire de sainte Marie l'Égyptienne.
Saint Kpipiiane, évêque de Salamine; 12 mai, 403. Il était si aumônier que plus d'une fois on abusa de son bon vouloir pour les pauvres. Deux hommes s'étaient proposé d'en tirer parti ; l'un fit le mort et l'autre s'adressa au saint qui passait, demandant de quoi faire ensevelir son camarade. L'évêque ne manqua pas d'accorder le secours, mais il se trouva que le prétendu mort devint mort réellement. L'escroc survivant courut après le saint, avouant sa supercherie et comptant obtenir la résurrection de son complice; mais Kpiphane répondit qu'ayant faitce qu'on lui avait demandé, il n'avaitplusà intervenir.
Saint Alrert Quadrelli, évêque de Lodi; 4 juillet, 1173. Non-seulement il subvenait par d'incroyables libéralités aux misères des nécessiteux, mais il fonda une confrérie charitable qui a subsisté près de sept siècles *.
Saint Grégoire d'Utrecht ; 25 août, v. 776. Distribuant l'aumône à des mendiants et des estropiés. On l'a quelquefois qualifié d'évêque, mais il ne fut vraiment qu'administrateur du diocèse d'Utrecht pendant une vacance de la chaire épiscopale. Pour lui, simple abbé, il suflit bien à sa gloire d'avoir été disciple de saint Boniface et le maître de saint Ludger, évêque de Munster.
Saint Tiuraise (Taraise, Tharasius, etc.) patriarche de Constanlinople; 25 février, 806. Servant à table des pauvres et des estropiés.
Saint Médard, évêque de Noyon; 8 juin, 545. On rapporte plusieurs traits de sa charité, mais le plus célébré par les artistes trouvera sa place sous le titre Cheval.
Saint Foulque (Fulco, Foulques), évêque de Plaisance, puis de Pavie; 26 octobre, v. 1224. Chaque jour il faisait dîner à sa table quinze mendiants et quinze pauvres écoliers *.
Saint Richard, évêque de Chichester; 3 avril, 1253. C'était une sorte de prodige continuel que ses revenus pussent fournir aux énormes aumônes qu'il faisait; aussi la légende rapporte-t-elle qu'une fois entre autres, il nourrit trois mille pauvres avec un seul pain •.
1. La crosse ci-jointe a Mi! copiée d'après un tableau du Mans. Cf. Mélanges d'Archéologie..., t. IV, p. 243.
2. La prose Congaudenlet, qui se rencontredans plusieurs misscls,dil:
t Auro per euro virginum
Tollilur infamia, Atqu« palrit earundem {ri cimttnT} Levalur inopia. i
De mtmc dans le missel d'F.sztergom (Venise, 1512; in-fol.).
la prose Plebs fldelis jocundetur a celte strophe entre autres ;
■ 1M pr.i-i l.innn et insigne, Opprobnuro pucllarum
Castilatis ustus igné, Tulit, et patris earum
Quml per auri copiant Bxemil inopiam. ■
.1. Cf. AA. SS. Januar., t. II. p. 007, sq.