S. Silvestre
CALICE, CIBOIRE ET COUPE (ou verre à boire).
Cet article sera complété par ceux qui auront pour titres Communion, Hostie, Messe, etc.
Melchisédech. Il en a été dit un mot déjà, pages 21 et 22. Cf. Pain.
Saint Jean l'Évangéliste , 27 décembre. Tenant une sorte de calice surmonté d'un petit serpent ou dragon. C'est la traduction d'un fait de sa légende '. Le saint ayant été mis au défi de boire du poison pour prouver la vérité de sa doctrine, on fit d'abord l'épreuve du breuvage sur deux condamnés qui en moururent à l'instant. L'apôtre prenant alors la coupe sur laquelle il fit le signe de la croix, la but sans rien éprouver, et ressuscita ensuite les deux hommes qui avaient été tués par cette liqueur. Cette histoire semble avoir donné lieu à la coutume jadis fort répandue, surtout chez les nations germaniques, de boire à la santé des amis sous prétexte
I. Ijgwla our., 0. — Romancero sagrado, n* 878 (p. 315): f D«jo «1 nwtirlo precioio Qua etcnbiâ Tartuliino, V «quel vuo poDto&oao
d'honorer saint Jean. On a mis parfois cet usage sous la protection de saint Jean-Baptiste, mais il n'est pas probable que les Allemands aient tenu à mettre leurs santés sous la protection d'un saint qui n'avait jamais bu que de l'eau *.
De là était venue dans les armoiries des Templiers la coupe (mais sans serpent) qui rappelait saint Jean l'Évangéliste leur patron, et c'est aussi, probablement, ce qui a dirigé l'auteur d'une peinture à Oxford5, où la robe de saint Jean est brodée d'un semis de petites coupes. Mais en somme, le calice d'où sort un petit serpent est-" l'attribut le plus ordinaire de notre apôtre, et les artistes ont communiqué cette caractéristique à plusieurs saints qui avaient été exposés au poison.
Saint Ubbain I'r, pape et martyr; 25 mai, 230. Un calice ou une coupe à la main, mais plus souvent une grappe. Cf. Haisin.
Saint Sabin, évéque de Canosa; 9 février, 566. Itece-
Qne, bendito, en licor uno
Convertîmes glorioso. • i. Ktlël. Du Méril, Poésies... antérieures au xn* »i«We, p. 301. 3. The Caletular o( the anglican Church, p. 155.
CALICE, COUPE
vant une coupe de la main du roi Totila. Le vénérable vieillard étant aveugle, le prince goth voulut mettre à l'épreuve sa sainteté, en se substituant à celui qui le servait. Il fit donc mine de n'être qu'un échanson; mais le prélat acceptant la coupe de sa main, porta une santé au roi *. Une autre fois, le même saint but sans nulle atteinte une coupe de poison préparée par son diacre qui voulait lui succéder, et ce fut le diacre qui mourut avant son évêque qu'il prétendait remplacer.
Saint Ansbert, archevêque de Rouen après avoir été abbé de Fontenelle; 9 février, 698. Je le trouve représenté portant un calice. Est-ce une manière d'exprimer qu'à Fontenelle, étant déjà prêtre, il prenait soin de la vigne du monastère ! ? ou bien serait-ce un souvenir de la translation solennelle qui fut faite de son corps à Fontenelle, après sa mort en Hainaut? Car les tombeaux du moyen âge représentent ordinairement les prêtres avec un calice sur la poitrine ; parfois même la pierre tumulaire n'est marquée que d'un calice, pour indiquer la sépulture d'un prêtre. D'ailleurs la vie du saint dit formellement que, l'homme de Dieu ayant annoncé le retour de son corps en Normandie, les religieux de Haumont prirent soin de l'ensevelir comme s'il eût été près de célébrer la messe 3.
Saint Kembert, archevêqued e Brème; k février, 888. Distribuant aux pauvres les fragments des vases sacrés qu'il avait brisés pour subvenir aux nécessités d'une famine*. Du reste, le même fait est rapporté de plus d'un saint évêque, comme par exemple de saint Augustin d'Hippone, de saint Fortcnat évêque de Fano (Cf. Sépul-
cre), et de saint Éthelwold de Winchester (1er août); tantôt pour les populations que décimait la disette, tantôt pour le rachat des captifs *, comme saint Acace d'Amida en Mésopotamie (9 avril), etc. Cf. Vase sacré.
Saint Leu (Lupus), archevêque de Sens; 1er septembre, 623. Une pierre précieuse tombe dans son calice pendant qu'il célèbre la messe. On dit qu'elle venait du ciel, et que le roi Clotaire voulut l'avoir pour la conserver comme une relique 6. Une autre forme peut-être de ce même récit 'lui fait tomber du ciel un écrit où était indiqué un péché secret du roi qui assistait à la messe7. Aussi voit-on quelquefois le saint qui, de l'autel, étend la main vers le roi, soit pour lui remettre la pierre précieuse, soit pour lui faire connaître le secret que le Ciel vient de révéler.
L'ancienne vie de saint Leu ne dit pas un mot du message céleste relatif au péché du roi Clotaire, mais la légende a si fort aimé ce récit, que trois ou quatre saints en ont été gratifiés; ce sont, outre saint Leu : saint Gilles abbé, saint Éleuthère de Tournai, et saint Théodule de Sion. En conséquence, pour approprier plus ou moins l'histoire à des circonstances possibles (ce qui n'a pas toujours réussi), le roi est tantôt Clovis, tantôt Clotaire 11, tantôt Charlemagne 8, ou mieux Charles Martel. Quant à saint Leu, cette lettre venue du ciel ne seraitelle pas une nouvelle forme donnée postérieurement à l'histoire de la pierre précieuse? et ces deux narrations n'auraient-elles pas pour origine commune la vénération témoignée par Clotaire à saint Leu après avoir été éclairé sur les calomnies qui l'avaient fait chasser en exil9?
1. AA. SS. Febr. t. II, p. 317. Totila ne semble pas s'être laissé entraîner aveuglément au respect des serviteurs de Dieu ses contemporains, car il tendit un autre piège du même genre à saint Benoit.