CHANDELIER, CIERGE, FLAMBEAU
les anciennes représentations elle porte un cierge que le diable s'efforce d'éteindre (communément avec un soufflet), et qu'un ange rallume ou maintient allumé.
On ne connaissait guère jadis la sainte Geneviève bergère que nous ont faite les artistes modernes, et l'ancienne représentation était censée retracer un fait de son histoire1. Une nuit, dit-on, qu'elle conduisait à l'office les vierges de sa compagnie, le flambeau porté par l'une d'elles, s'éteignit tout à coup au milieu de la rue. La sainte le prenant en main, le ralluma sans que le vent parvînt à l'éteindre désormais *. L'événement a-t-il été la cause réelle de cette peinture ou serait-ce l'inverse? Je penche vers la seconde supposition; et d'autres, sans doute, penseront de même après avoir vu les diverses légendes plus ou moins analogues , qui se répètent pour d'autres vierges; comme, par exemple, dans celle qui va suivre.
Sainte Gudule (Gudila) ; 8 janvier et 6 juillet, v. 712. Pour celle-ci, il s'agit d'une lanterne; mais, du reste, le récit est fort semblable au précédent. Elle se rendait, dit-on, à un oratoire dès que le coq avait chanté; mais le démon voulant interrompre ce pieux exercice, éteignit la lumière
sainte obtint de Dieu que son falot se rallumât*. On en a (p. 198) la représentation officielle sur un sceau bruxellois.
Je* ne sais si les Brabançons trouveront bien hardi un simple doute que je soumets, du reste, au jugement de leurs archivistes.
Ils honorent, dans la même église et comme patrons de leur ville, sainte Gudule et saint Michel, qui sont en effet réunis dans le sceau que nous allons reproduire.
L'idée d'associer le prince de la milice céleste à sainte Gudule sous un vocable commun ne serait-elle pas venue de ce que primitivement la sainte aurait été escortée d'un ange, à peu près comme sainte Geneviève ?
Toute la différence serait donc dans l'emploi d'une lanterne au lieu d'un simple flambeau, et cette substitution s'explique sans peine sous un ciel inclément. Alors, et ce sera beaucoup plus sensible quand nous verrons d'autres vierges gratifiées d'une lampe par les artistes (Cf. Lampe), ces flambeaux paraissent bien avoir pour origine la célèbre parabole des vierges sages*, qui attendent l'Époux céleste avec leurs lampes toujours allumées. Le diable ne manque pas de chercher à éteindre cette lumière, et c'est une lutte de toute la vie ; afin de ne pas se trouver pris au dépourvu , comme les vierges folles qui n'ont pas eu soin d'être constamment approvisionnées d'huile, qu'elle portait (ou faisait porter) dans une lanterne. La Quoi qu'il en soit, le langage flamand ne se prononce
1. Les principaux points de sa légende sont rappelés ainsi dans une prose du Missel de Paris (1516, in-4°) :
< Félix ortus infantulœ Teste Germanu prosuie, Quod providit in spiritu Herum probatur exila.
Hic ad pectus virgineum, Pro pudoris signaculo, Nummum suspendit œneum Insignem crucis titulo.
Insonlem manu feriens Mater privatur lumine,
Matri virgo compatiens Lucis dat usura pristinœ.
In ejus manu cerei Reaccenduntur cœlitus.
Ignem sacrum réfrigérât Post mortem vivons mentis, Quœ prius in se vicerat iBstus interni fomitis. Etc. »
2. Au lieu de faire rallumer le cierge par un ange, on a quelquefois interposé la main de celui-ci entre la flamme et le souffle du diable. Qui sait si ce cierge, quand on ne l'a plus compris, n'aurait pas donné lieu à l'invention de la houlette qui a transformé la patronne de Paris en une bergère?
Un autre miracle à propos de cierge, dans la vie de sainte Geneviève (Surius, 3 janvier) donnerait à croire que le symbole du flambeau était constant pour elle, mais que l'interprétation était flottante.