AA. SS. Mail., t. I, p
COLOMBE
Saint Samson, évêque de Dol, annonçant la parole de Dieu, les auditeurs virent, à ce que Ton raconte, une colombe planer sur sa tête. Selon d'autres, cet oiseau descendit sur lui au moment où il recevait le sous-diaconat dans la cathédrale d'York; et encore une autre fois pendant qu'on lui conférait l'ordre de la prêtrise1.
Saint Thuriau (ou Thiviziau), évêque de Dol encore, offre une petite variété. Il s'était mis en prière pour un seigneur emporté qui s'offrait à faire pénitence; et une colombe brillante vint se reposer sur l'épaule du saint, comme pour lui dire que le pécheur obtiendrait son pardon s'il tenait ses promesses. Sur quoi l'homme de Dieu déclara que le Ciel acceptait le repentir de ce rude converti2.
Pour les deux derniers prélats, j'ai grand' peur que la colombe ne soit une ressource bretonne destinée à recommander le prétendu archevêché de Dol, auquel l'Armorique tenait singulièrement, pour s'isoler en échappant à la métropole franque de Tours.
Saint Polycahpe, évêque de Smyrne (Cf. Bûcher, p. H9). Comme les flammes du bûcher l'enveloppaient sans atteindre son corps, il fut percé au cœur; et le sang qui sortit éteignit le feu, en sorte que les chrétiens purent recueillir son corps entier. L'on ajoute que son âme s'élança vers le ciel en forme de blanche colombe3. Mais ce prodige n'est pas mentionné dans la lettre de l'Église de Smyrne; bien que cette relation , écrite par des témoins oculaires, renferme un récit très-circonstancié du jugement et de la mort du saint évêque 4. Si l'on veut voir ce dernier trait expliqué d'une manière assez plausible sans multiplier les prodiges quand un témoignage contemporain manque, on peut consulter l'interprétation proposée par Erman à l'Académie de Berlin 5.
Saint Rémi, évêque de Reims; 1er octobre, 533. Une colombe lui apporte une petite fiole. Il est tout à fait populaire en France de rattacher le sacre de nos rois au baptême de Clovis par saint Rémi ; et la sainie ampoule où se conservait l'huile de l'onction royale était censée
remonter au prodige que Philippe Mouskes raconte tout au long dans sa Chronique, lorsqu'il mentionne le baptême du premier roi franc0. On doit savoir que le baptême donné par les évêques, surtout aux adultes, était toujours suivi de la confirmation. C'est pour ce sacrement que les vieilles légendes faisaient apporter d'une manière merveilleuse l'huile ou le chrême qui manquait. Plus tard on voulut que ce fût pour la consécration royale; et les étrangers le redirent de confiance d'après nos assertions7, qui eurent de bonne heure un grand retentissement dans le monde. Or, répétons-le, quoi qu'il en soit de la légende elle-même, sa pensée primitive était que le Ciel s'était mêlé de faire nos rois chrétiens, beaucoup plus que de les rendre précisément irresponsables ou absolus. Je ne serais même pas surpris qu'elle eût été primitivement inspirée par l'intention de peindre la paix établie entre les conquérants et les aborigènes par un embrassement commun au pied de l'autel. La colombe serait venue là , comme après le déluge , pour annoncer que l'inondation des barbares s'arrêterait désormais devant ce peuple ne faisant plus qu'un avec ses chefs, dans une même foi destinée à effacer insensiblement toutes les aspérités de la conquête. L'Église, en outre, commençait ainsi à respirer après avoir vu le sceptre échapper partout aux mains catholiques , et la majesté du trône très-chrétien croissait par l'espoir qu'il inspirait à tous les orthodoxes.
Quant au sacre, les Mérovingiens n'ont pas l'air de l'avoir même connu ; et les Carlovingiens ne le reçurent à Reims que par occasion9. Quelques biographes de saint Rémi racontent que la fiole du saint chrême ou des saintes huiles fut remplie pour lui d'une manière miraculeuse dans une circonstance qui n'était pas celle du baptême de Clovis9; et en somme, je ne m'y oppose pas. Mais il reste toujours que les témoignages à ce sujet sont fort éloignés du vc siècle, et les saints français ne doivent pas être traités plus favorablement que les autres.