‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 474 sur 1339 · Recueil... de la Société de iphragistique, t. II, p · texte numérisé non relu

Recueil... de la Société de iphragistique, t. II, p

3, Par oubli du graveur (du dessinateur même, peut-être), on

n'aperçoit pas une ganse qui reliait cet appendice à la crosse. Mais il est aisé de reconnaître qu'un irait a été négligé. Le P. Arthur Martin, avec son talent et sa fougue d'artiste, était sujet a des distrac-

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à la volute ' , soit par un simple cordon, soit au moyen d'une sorte d'agrafe métallique qui retenait la sommité de ce tissu plissé, retombant le long du manche vertical (ou hampe). Tel est, par exemple, l'appendice qui charge le dernier renflement dans une crosse hybride

déjà publiée par d'autres*.

On y reconnaîtra sans trop de peine ce que fut originairement le prétendu élut de crosse adopté par la ville de Bâle dans ses armoiries ; en quoi il est facile de voir que c'était pour les Allemands un insigne épiscopal, puisque la cité rhénane s'en faisait gloire ' comme d'un titre distinctif, quoiqu'il y eût des abbayes ailleurs aussi bien que là.

Le vélum paraît avoir servi primitivement (mais pourtant assez tard) à saisir le bâton pastoral sans risquer de laisser sur le métal poli de la hampe l'impression de la main, ou de faire éprouver au dignitaire une sensation désagréable de froid que cette tige métallique devait causer dans la saison rigoureuse. On peut, il est vrai, imaginer que les gants y suffisaient de reste. Mais les artistes qui ont donné des gants aux évêques hors de la première partie du saint sacrifice, n'ont pas fait preuve

de s'y connaître en fait de cérémonies ecclésiastiques, ou d'avoir copié des prélats très-ponctuels en rubriques. Alors même, la draperie suspendue s'expliquerait absolument par la multiplicité des ornements en relief que reçut la crosse vers les derniers temps du moyen âge ; et c'est aussi l'époque où le vélum fleurit chez les Allemands surtout.

Peu à peu cet appendice devint affaire d'ostentation, et la broderie s'en mêla. Dès lors, la fantaisie intervenant, l'insertion et la forme de ce voile varièrent beaucoup. Puis, des liturgistes plus affirmatifs que bien renseignés voulurent que ce mot de voile indiquât une sorte d'infériorité, comme pour la femme relativement à l'homme : et qu'en conséquence il y eût là quelque chose qui devait servir à caractériser les abbesses, les abbés même *. U,n décret de la congrégation des rites en 1659 ayant déterminé que les abbés seraient désormais distingués ainsi des évêques, la chose semblait enfin éclaircie et fixée pour l'avenir. Mais les auteurs de ce règlement trouvèrent à qui parlera les Bénédictins de l'Italie méridionale (congrégation du mont Cassin) représentaient une tradition assez ancienne pour l'Église latine, et firent observer que cet usage était tout à fait inconnu dans leurs monastères. Ils ajoutaient que ce devait être une coutume puisée dans le rite ambroisien; en quoi je pense qu'ils comptaient sur la défaveur des vieux rites, pour attribuer à l'influence milanaise ce qui pouvait bien s'être introduit en Lombardie par le voisinage de l'Allemagne. Car ce sont surtout les contrées germaniques et les provinces reliées à l'Empire sous le nom de Cercle de Bourgogne, qui nous montrent des crosses avec le velùm. Je crois que le décret n'en fut pas moins maintenu en droit, pour n'être guère observé en pratique. Cela gonfle toujours avantageusement les répertoires; à la grande consolation des canonistes de cabinet, qui en referont volontiers une grosse affaire, le cas échéant.

Pour ce que j'ai déjà reproduit en ce genre, d'après des originaux (germaniques) presque tous antérieurs au xvie siècle, on peut compter deux abbés (p. 85 et 175), contre deux évêques (p. 183 et 195) et un archevêque (p. 196). Or, je n'avais pas mis la moindre arrière-pensée dans le choix des modèles. J'en tire seulement la conséquence aujourd'hui, pour valoir autant que de raison. Plus tard (toujours d'après des artistes allemands ou flamands), on verra encore un autre abbé (saint Winox), sous le titre Meule ; ce qui ne ferait, après tout, que

tions de ce genre. Il so traitait d'ailleurs lui-même comme ses œuvres; et la brusquerie oublieuse de détail», qu'il portait presque en tout, n'aura pas manqué d'influence sursamortprématurée. Dès qu'un objet concentrait ses pensées, le reste ne lui était plus rien.

i. Cette dernière disposition se peut voir dans le saint Winox (sous le titre Meule), le saint Benoit (Cf. Corbeau, p. 254) et le saint Bernard Toloméi (Armoiries, p. 85), que nous avons exprès calqués sur de» estampes du xvue siècle. Mais l'usage du vélum commençait alors à tomber en désuétude, et les dessinateurs auront bien pu y intro-

duire quelque fantaisie dont je ne me porte pas garant. Assez d'autres responsabilités m'incombent dans un travail comme celui-ci, sans que je recherche des embarras gratuits.

2. Le P. Arth. Martin, avec son tact d'homme exercé, a très-bien compris ( Mélanges d'Archéologie..., t. IV, p. 201 ) que la garniture de cette crosse était moderne; et l'insertion du vélum peut l'être aussi.

3. Mélanges d'Archéologie..., t. IV, p. 253. — Bulletin du comité de la langue... de la France, t. I, p. 145; et t. III, . 120.

4. Cf.L. Ferraris, Prompta bibliotheca canonica. v. Abbas, Baculus.

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mettre les parties dos à dos pour conclure môme au pire dans l'affaire des moines. Quant à saint Bernard Toloméi (p. 85), pour qui j'ai fait à peu près imiter une gravure italienne (de François Vanni), cela n'est pas propre à faire trébucher beaucoup la balance.

Mais pour la façon de diriger la volute des crosses, dont il n'est pas question même dans cette ordonnance périmée, étudions la pratique des ordres religieux euxmêmes vis-à-vis des évoques, qui auraient bien su réclamer s'il eût existé quelque disposition établie à cet égard. Le sceau d'un abbé de Clairlieu1 en 1335, nous montre que l'on n'attribuait pas à la crosse en dehors un signe de juridiction épiscopale.

Voici en outre saint Frobert, fondateur de l'abbaye de Montier-la-Celle près

de Troyes, qui était sous le vocable de saint Pierre -.

Cependant comme les Cisterciens pouvaient se piquer en ce genre d'une exactitude particulière, attendu que saint Bernard avait vu de mauvais œil les concessions d'ornements pontificaux aux moines, appelons encore en témoignage

unabbé de Citeaux 3.

Si l'on nous objectait que le xive siècle pouvait bien avoir mis en oubli les traditions primitives du fondateur de Clairvaux, nous possédons un renseignement d'époque moins avancée et qui devait être tout spécialement fidèle au premier esprit de l'instituteur.

C'est le sceau du Dèfinitoire général où siégeaient des

abbés délégués par les chefs des cinq grands monastères : Clairvaux , Cîteaux, Morimont, Pontigny et La Ferté *. Évidemment, si l'esprit cistercien peut apparaître i dans un document, ce' doit être dans celui-ci.

Cela étant, je ne vois pas pourquoi l'on saurait mauvais gré à l'abbaye prémontrée d'Ablancourt 3, de n'avoir pas été plus modeste que les successeurs presque immédiats de saint Bernard.

Que si l'on désire quelque chose de plus définitif, pour terminer ces détails, montrons que les femmes elles-mêmes ne se croyaient pas astreintes à cette prétendue- étiquette de la crosse tournée en dedans.

11 s'agit d'une abbesse de Notre-Dame-de-la-Bègle à Limoges , au xme siècle 6. Ce n'était point un monastère de Cîteaux, soit! mais des femmes eussent été beaucoup moins tolérées que tout autre, probablement, à prendre des airs épiscopaux.

Ne sera-t-il pas beaucoup plus décisif encore, de montrer des papes avec la crosse en dedans? Le P. A. Martin a cité entre autres un saint Grégoire le Grand 7 que je reproduis, d'après des miniatures du xme siècle.

On en trouverait sans peine d'autres aussi, mais un seul sullit pour ce que nous avons en vue.

Cela d'ailleurs se représentera bientôt, et plus d'une fois, pour ce qui peut faire difficulté au sujet, du bâton pastoral dans la main* des papes.

Ainsi que je l'ai déjà exprimé, ce ne serait pas une lâche bien diflicile que de rassembler force exemples qui

1. Recueil... de sphragistiqut, t. IV, p. "7-8*2. S. Conventus sancti Pétri, insulte germanicte. Cf. Recueil... de tphragistique, t. III, p. 134.

3. Jean de Buxièrcs, d'après le Recueil... île sphragislique, t. Il, p. 241. Cf. ibid., t. I, p. SI.

4. Recueil. .. de iphragislique , t. I, p. 20. Le sceau représente les definileurs du chapitre général de Citeaux, groupe» sous le manteau de la très-sainte Vierge qui patronne toutes les maisons de l'Ordre; car le» abbayes cisterciennes étaient constamment dédias à la Mère de

Dieu. Cf. ibid., p. 28. — 5. Recueil... de Sfdiragislique, t. IV, p. 183.

6. Recueil... de sphragislique, U IV, p. 33. J'aurais pu citer un sceau du même recueil (t. I, p. (Kl) où sainte Austrcbcito figure a Montreuil-sur-Mcr, comme notre abbesse do la Règle. Mais il faut sa limiter, sous peine d'abus.

7. Mélanges d'Archéologie, t. IV, p. tOi). A Rome même, plus d'un monument ancien et moderne donne (et donnait) la crosse aux successeurs de saint Pierre. Cela est bien connu des antiquaires attentifs.

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montrassent combien on serait trompé en se guidant sur la direction de la crosse pour savoir si l'on a sous les yeux un évêque ou un abbé. Mais le lecteur se fatiguerait aisément d'une longue énumération qui ne lui présenterait que des chiffres de tomaison et de pagination. J'ai cru qu'il valait mieux se borner aux faits qui se pourraient reproduire ; et encore quelqu'un trouvera-t-il peut-être que je ne me suis pas étroitement borné.

Somme toute, la plus claire distinction entre l'épisccpat et la dignité abbatiale dans les monuments, jusqu'au

Crosse d'Estival.

xve siècle, est surtout la mitre. Car à cette dernière époque encore, les artistes ne donnent communément

1. Écartons également, comme peu pratique, l'attribution de la crosse aux papes. Il y a lieu de penser que les successeurs de saint Pierre portaient le bâton pastoral avant le xiê siècle; mais depuis lors ils l'ont laissé habituellement aux simples évéques, et l'on a

aux abbés que la crosse. Quant au costume religieux, nous avons vu qu'on le conserve aux évoques pris dans le clergé régulier. Cf., p. 261.

Pour surabondance, et comme diversification d'exemples, indiquons encore cette crosse du xve siècle (à Estival) déjà publiée par le P. A. Martin dans les Mélanges a" Archéologie (t. IV, Crosses, fig. 142, Ikh)-

L' évêque (saint Augustin, ou saint Norbert?) qui fait face à saint Jean-Baptiste près de la sainte Vierge, dans la volute, porte sa crosse exactement comme l'abbé agenouillé près de l'ange sur les arceaux gothiques. Afin que l'on ne s'y méprenne pas, détachons la figure de l'abbé vue dans un autre sens, c'est-à-dire de face.

A la vérité, on pourrait dire que cette œuvre appartient au moyen âge avancé; mais c'est toujours un signe propre à faire voir qu'il ne faut pas établir des principes trop sévères dont on tirerait les conclusions absolues pour toute époque. Que cela vaille pour un siècle ou deux, avec quelque restriction^ la bonne heure; ce ne peut faire décidément fonction de règle générale.

Après ces observations, et puisque ni la crosse, ni la façon de la porter, ne sauraient offrir un caractère différentiel entre les évoques et les abbés dans une foule de cas, on voit bien que la question s'embrouillerait tout simplement par une énumération de tous les saints ou saintes qui peuvent porter la crosse. Quant à la question de savoir si l'on peut donner la crosse à des saints ou saintes qui vivaient avant le temps où le bâton pastoral devint l'attribut de leur dignité (soit épiscopale soit abbatiale), c'est affaire de critique et d'archéologie dont je puis bien ne pas m' occuper '. Qu'il suffise de faire observer que les artistes des meilleures époques n'y ont pas cherché malice ; le but du peintre ou du statuaire étant de parler au regard autant que possible, sans emprunter le secours d'une inscription. Le spectateur, qui n'est point tenu d'être antiquaire, a droit de ne pas reconnaître pour évêque ou abbé un personnage dépourvu des insignes habituels par où nous devinons ces dignités, si quelque texte ne lui apprend que crosse, mitre et autres indices explicatifs sont supprimés à raison de motifs transcendants qui ont leur justification dans la critique historique. Bref, l'artiste cessera d'être intelligible à moins de commentaire, c'est assez dire que la popularité lui sera interdite pour l'amour de l'archéologie sévère.

Il reste, et ce sera bien court, à signaler les saints auxquels la crosse peut servir de caractéristique entre cent autres abbés ou évêques.

même voulu établir que le prince des apôtres en avait abandonné l'usage avant sa mort. Histoire plus curieuse que sérieuse; et qui ne remonte pas bien haut, comme nous allons le faire voir (p. 300) à prop'os de saint Materne et autres.

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Saint Eucheh, évoque de TONGMa ou de Maestricht (ou même de Trêves), et saint Materne, disciple de saint Pierre. Les vieilles légendes de Basse-Germanie racontent que le prince des apôtres ayant envoyé à Trêves saint Materne et saint Eucher pour évangéliser ces contrées, Materne mourut en route près de Schlestadt. Sur quoi ses compagnons Eucher et Valère revinrent à Rome ; et saint Pierre, dit-on, leur aurait remis son bâton pastoral. Moyennant cette nouvelle mission, reprenant de nouveau leur voyage, ils vinrent au tombeau de saint Materne qui fut ressuscité par l'attouchement du bâton de saint Pierre, pour devenir évêque de Trêves et de Cologne pendant quarante années '.

Des liturgistes du moyen âge ont prétendu expliquer ainsi pourquoi les papes ne se servaient plus de crosse ; c'était parce que saint Pierre avait remis la sienne aux apôtres de la Basse-Allemagne. Mais saint Pierre devait avoir répété plus d'une fois cet abandon de son bâton pastoral, si l'on écoute aussi les légendaires du Languedoc, de la Guyenne, de l'Aquitaine, et même de l'Austrasie.

Car ceux-ci prêtent la même aventure à saint Front de Périgueux, pour ressusciter saint Georges évêque du Puy s; à saint Martial de Limoges, pour saint Austriclinien ; à saint Clément de Metz, pour saint Domitien •; et peut-être à d'autres encore, que je ne crois pas devoir rechercher minutieusement. Pour moi, je soupçonne que ces divers bâtons pastoraux donnés par saint Pierre, tiennent du symbolisme beaucoup plus que de l'histoire. De vieux artistes auront voulu exprimer de la sorte la mission conférée par le Vicaire de Jésus-Christ (/' Apostoile) aux premiers évêques missionnaires ; et à la longue cette représentation sera devenue une preuve d'intervention de saint Pierre en personne, et d'envoi de sa crosse au loin. Là-dessus, différents sièges épiscopaux auront établi volontiers leur origine apostolique, pour réclamer un droit d'aînesse dont on était naturellement fort jaloux.

Saint Aignan, évêque d'Orléans (17 novembre, Ii53); recevant de saint Euverte (Evurlius ou Evortius) le bâton pastoral. Ce serait tout un récit qu'on peut voir dans le grand recueil de Surius4. Saint Euverte, avant de mourir,

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