ANGUILLE
Cet animal pouvant aisément se confondreavec les reptiles ophidiens pour qui n'y regarde pas de près, ou ne voit qu'une représentation peu étudiée, nous le renverrons au mot Serpents.
ANIMAUX
Les animaux domestiques qui accompagnent divers saints se trouveront sous les titres Chien, Bœuf, Poule, Porc, etc. Quant aux bêtes féroces et autres , on les cherchera aux noms de leurs espèces principales.
Les animaux emblématiques pourraient se ranger sous le titre Allégories dont il a déjà été dit un mot, p. 27. Mais la plupart du temps, l'emploi de ces représentations ne remonte pas bien haut dans l'art chrétien, où les saints sont généralement caractérisés par le souvenir d'un
Licorne, à l'Annonciation.
fait plutôt que par l'expression d'une idée abstraite. Cependant, comme les petits graveurs du xvie siècle, et même les artistes du xiv* ou du xve en ont fait usage, il peut être expédient de rappeler la signification de quelques-uns.
Le centaure représente la force brutale prenant le dessus dans le cœur de l'homme , et c'est pourquoi Giotto a fait entrer ce monstre dans la fresque d'Assise consacrée
1 . J'en ai parlé surabondamment peut-être (pour le goût du public) dans les Vitraux de Bourges (§ 72, p. 130, sv.), et dans les Mélanges d'Archéologie (t. II, p. 220, svv.) ; mais d'autres n'en ont pas moins fait mention comme si de rien n'était, depuis lors ( Cf. G. Brunet, lievue archéologique, 9* année, décembre 1852, p. 551, svv.), ce qui
à l'obéissance de saint François. Le centaure, faisant un geste d'effroi, et comme prêt à se cabrer, y indique que Yhomme animal (comme parle saint Paul ) répugne par-dessus tout à la soumission définitive de sa volonté. La licorne, dont les naturalistes modernes ne savent que faire ', était pour le moyen âge un symbole de la force indomptable oubliant sa puissance dans le giron d'une vierge ; partant elle était devenue l'emblème de
tendrait à prouver qu'on ne s'en lasse pas. Quant à moi, qui ne m'y fie point, je me borne aujourd'hui à citer Richard de Saint-Laurent {De laudibus SS. Virg., libr. VI; ap. Maracci, Polyanlhea Mariana , Colon. 1727, p. 814) : « Virgo (Maria) quœ sœvum rhinocerotem mansuescere fecit in suo gremio virginali, etc. >■
ANIMAUX
la virginité ', mais surtout de l'incarnation du Verbe divin dans le sein de Notre-Dame. On en voit un exemple dans la gravure précédente, empruntée à une vieille publication allemande', et dont le sujet s'est répété souvent dans l'Allemagne catholique sur la fin du xv* siècle, ou au commencement du xvi". Par une pieuse bizarrerie qui a son charme de naïveté, l'Annonciation y prend la forme d'une battue où le Fils de Dieu, sous l'emblème de la licorne, se jette dans le sein de la Vierge par excellence. A la suite d'une chasse à courre, les limiers pressés par le cor de l'archange (Gabriel) le réduisent à se réfugier dans le giron de la très-sainte vierge Marie.
D'autres peintures ou sculptures sont plus explicites, et les inscriptions qui les accompagnent ne laissent presque rien à rechercher. Ainsi, outre que les titres de la sainte Vierge y sont inscrits en toutes lettres ', les quatre chiens que le veneur mène en laisse sont la Justice et la Paix, la Miséricorde et la Vérité (Ps. lxxxiv, tl); et l'air que sonne l'archange est la Salutation angélique.
Sainte Justine de Nicomédie a été figurée aussi avec la licorne près d'elle, parce que sa virginité fut inexpugnable aux ruses de la magie ; mais les artistes ont communiqué cet emblème à d'autres vierges du même nom qui n'y avaient pas un droit aussi évident. Cf. Groupes (saint Cyprien d'Antioche), etc.
Je ne voudrais pourtant pas affirmer que les artistes lombards n'eussent point en vue sainte Justine de Padoue (Cf. Poignard), quand ils représentent une vierge de ce nom avec la licorne ; d'autant que, comme témoignage céleste de son amour pour la virginité, on conservait
1 . D'autant que dans l'Assyrie, patrie de Tatien que je persiste à regarder comme l'auteur primitif des Restiaires du moyen Age (quoi qu'on ait dit depuis mes recherches en 18il et I8i!t), la licorne symbolisait les animaux purs.
2. D. beschlossnen Gart..., 1505; in-fol., fol. ix-ii (t. II.)