ENTRAILLES, INTESTINS
ENTKAILLES, INTESTINS.
Saint Érasme, évêque et martyr; 2 juin, v. 303 (Cf. Saints auxiliaire», p. 102, sv). On le représente souvent tenant un treuil, autour duquel ses entrailles sont enroulées.
iprafmus
La grande réputation de ce saint dans la chrétienté a fait passer son nom par des formes populaires, qui demandent à être signalées pour qu'on puisse les reconnaître. On l'a nommé saint Yreaume, saint Elme, etc.1, et les marins d'Italie l'honorent comme un de leurs patrons. Mais malgré la popularité de la représentation que j'ai empruntée à la Chronique de Nuremberg, il n'est pas aisé de dire comment cette caractéristique se justifie par la légende du saint s. Je proposerais de voir dans le treuil une forme primitive du cabestan, qui est bien l'un des apparaux importants de tout navire. Or, comme saint Érasme est patron des marins, peu à peu le câble enroulé sur leguindal aura été pris pour les intestins du martyr; et l'histoire aura reçu cette forme dans la bouche des bonnes gens. D'après cela, on s'expliquera sans trop de
peine qu'il ait été invoqué contre la colique {tord-boyaux, comme dit le peuple, qui ne fait en cela que traduire l'expression latine torminu ventris) , et que desécheveaux de fil aient semblé aux gens du Soissonnais une offrande convenable à ce martyr. Cela est censé représenter sans doute, soit les entrailles du patron, soit celles de ses petits clients.
Saint Thiémon, archevêque de Salzbourg et martyr; 28 septembre, 1101. Martyrisé en Palestine par les mahométans à la manière de ce que l'on raconte sur saint Érasme. Il se rendait aux saints lieux avec des Souabes et des Bavarois croisés3.
Saint Frédéric, évêque d'Utrecht et martyr. Cf. Èptc.
Saint Anzano (Ansanus) martyr, patron de Sienne; 1 décembre, 303. 11 est représenté, dit-on, jeune et tenant dans sa main son cœur et son foie. Pour moi, j'avoue ne l'avoir jamais vu peint de la sorte , et je ne connais de son martyre que le fait de sa décapitation4 après qu'il fut sorti sans atteinte du milieu des flammes.
Saint Mammès, martyr (Cf. Cerf, p. 185). Il est souvent représenté tenant ses entrailles entre ses mains, parce qu'il fut frappé, au milieu de l'amphithéâtre, d'un coup de fourche clans le ventre. On a même prétendu qu'il s'était achevé lui-même en s'arrachant les intestins; mais sa légende dit tout simplement qu'il sortit de la ville après avoir reçu le coup mortel, et rendit l'âme au milieu des chants d'un chœur d'anges5. Cf. Fourche.
Saint Skrapion, religieux de la Merci. Cf. Treuil.
Saint Ernest abbé de Zwiefalt, et martyr; 7 novembre, 11 48. Il accompagnait des croisés allemands à la Terre sainte; et pris par les musulmans, il périt dans la torture que voici. On lui ouvrit le ventre, et l'extrémité de ses intestins fut attachée à un pieu fiché en terre autour duquel on le forçait à courir, en le frappant sans relâche, jusqu'à ce qu'il tomba mort6.
Sainte Tryphène, martyre. Cf. Bœuf, p. 139.
Je profite de l'occasion pour rappeler les entrailles (le cœur, le fiel et le foie) du poisson de Tobie (Tob. vi, 1-9) que l'on a pu voir déjà entre les mains du jeune homme quand il revient chez son père. Cf. Chien, p, 21/j; etc.
1. Ajoutons même les noms de saint Agrapart, Agrappo, Craparil, qui paraissent le désigner dans la France du Nord et chez les Wallons. H. St. Prioux me signalait, il y a quelques années, un saint Crapard honoré dans l'église de L'huys (canton de Braine-sur-V'esIe); et que les mères invoquent contre la colique de leurs enfants. Pour se rendre le saint propice, on passe des écheveaux de fil au cou de sa statue. Le docte Cl. Chastelain qui (dans son Vocabulaire hagiologiqut) parle d'une pratique analogue observée à Noyon , suppose qu'il s'agit de saint Agapit; mais il n'était conduit évidemment que par une consonnance quelconque entre les noms, ce qui est un pauvre guide. Aussi n'osai-jc pas donner un nom ecclésiastique à ce patron, Jusqu'à ce que J'eusse remarqué dans une lettre du P. Gazet au P. Rosweyde ( Valencienncs, III avril 1023) qu'un saint Agrapar est réclamé comme protecteur contre les coliques, par le peuple du Haiuaut et de la Flandre française. Cela conduisait assez naturellement à un saint Agrappo très-visité pour la même intention dans une église de Lefle, près de Dinae.t (province de Naniur). M. de
Itciusberg (Calendrier belge, t. I, p. 370) le place au 2 juin, et l'identifie avec saint Érasme. Dès lors sa synonymie étrange semble pouvoir s'expliquer par quelque chose comme les crampes d'estomac.
2. On voit bien qu'il a été soumis à diverses tortures, mais non pas que ses entrailles aient été dévidées sur un axe tournant. Cf. Legenda aur., cap. cxcix (supplem.). — P. de Natalib., lib. V, cap. lxxv. — AA. SS. Jun., t. I, p. 213, etc.
Dans quelques vieilles gravures sur bois, c'est autour d'une roue que se dévident les entrailles de saint Érasme. Précédemment (p. 103) j'ai proposé de le reconnaître à un vilebrequin.
3. Cf. Rader, Bavaria sancla. — D. Pez, Thesaur., t. II, P. m, p. 224-231. — Calendar. benedict., 28 septembr.
4. P. de Natalib., lib. 1, cap. xtv. — Hagiolog. italk., t. Il, p. 319.
5. Cf. Ilecueil... de sphragislique, t. Il (1853), p. 177, sv. — AA. SS. Augusl., t. III, p. 423, sqq. — MenoloQ. fraie, t. I, p. 7.