Roswcsyd., Vilt. /'/•., p. 18, »qq
Eli MIT ES.
Saint Antoine le Grand (Cf. Béquille, p. 133 ; Démon, etc.) Né en Egypte de parents riches, il prit dès sa jeunesse le parti d'être tout à Dieu. Cette résolution lui entra dans le cœur pendant qu'il entendait lire à l'église ces mots de l'Évangile: «Situ veux être parfait, vends tout ce que tu as, donnes-en le prix aux pauvres, et suis-moi; de la sorte tu auras un trésor au ciel. » A son retour chez lui, il fit deux parts de son bien, en laissant une à sa sœur et distribuant le reste aux pauvres. On le peint souvent parmi des ruines, parce qu'il habita quelque temps les restes d'un vieux château abandonné. Plus tard, il devint le maître de solitaires nombreux , ce qui l'a fait appeler saint Antoine abbé i.
Cette indication de prélature, devenue quasi pompeuse depuis le xme siècle, a fait décorer notre saint d'insignes qui ne rappellent guère un ermite de la Thébaïde. Je donne à dessein (p. 378) un échantillon de ces magnificences modernes lombarde-flamandes, d'après le tableau de Barroche au Louvre. N'étaient le pourceau, la sonnette, et le T de la chape, on y chercherait un prince ecclésiastique des plus cossus.
Saint Hilarion (Cf. Dragon, p. 320). Il avait été disciple de saint Antoine; et celui-ci en faisait si grand cas que, voyant venir à lui des Syriens qui demandaient à être guéris de leurs maladies, il leur disait : « Pourquoi venir de si loin quand vous avez près de vous mon fils Hilarion? » C'est que saint Hilarion s'était d'abord fixé en Palestine; mais plusieurs fois il changea de demeure pour se dérober aux visites que sa réputation lui attirait*. Saint Abraham de Chidane en Mésopotamie ; 16 mars, v. 360. On le voit communément ayant près de sa hutte une cellule dans laquelle est enfermée une femme. Durant sa retraite dans la solitude, il apprit que sa nièce (nommée Marie) vivait dans le désordre. Prenant alors des vêtements d'homme de guerre, pour aller la trouver sans risque d'être mal accueilli, il lui persuada d'embrasser à son exemple une vie de pénitence. L'emmenant donc au désert, il lui donna une cabane près de la sienne pour maintenir la résolution de cette pécheresse convertie 3. Saint Malchus. Cf. Berger, p. 133.
Saint Jean d'Egypte, saint Théonas d'Oxyrinque, saint Appollonius d'Hermopolis, saint Paphnuce d'Héraclée (Cf. Anges, p. 38) ; saint Hêlie d'Antinoé, saint Arsène et maint autre solitaire d'Orient, ont été loués dans les Vies des Pères du désert, sans que des caractères extérieurs bien prononcés les distinguent toujours les uns des autres. Les graveurs en ont multiplié la reproduction (surtout
en France) sous l'influence d'une école théologique fâcheuse; le jansénisme étant bien aise de donner à penser, par ces rigueurs primitives des solitaires orientaux, que l'Église avait beaucoup baissé depuis lors. D'où il est résulté une multiplication de sujets édifiants si l'on veut, mais tant soit peu monotones; et qui semblent vouloir glorifier des noms fort peu connus parmi nous, ou des personnages que nul attribut spécial n'aide à démêler les uns des autres. Nous nous bornerons donc à ceux qui ont quelque caractéristique particulière. Voici par exemple, d'après une tout autre école (le moyen âge français), saint Paphnuce d'Héraclée avec son chanteur* des rues (ou jongleur).
Saint Mdce (Mutins, Palermuthius) ; 25 mai, époque indéterminée. 11 avait été brigand avant sa conversion ; et n'étant guère capable d'apprendre quoi que ce soit, il eut l'idée de se consacrer à ensevelir les morts parmi les habitants du désert. C'est ce qui l'a fait représenter parfois avec un bourdon de pèlerin, comme allant s'enquérir çà et là si l'on avait besoin de son ministère. On le voit aussi près d'un fossé rempli de pièces d'or, que le diable lui montre. C'est que, pour le rappeler à ses anciennes convoitises, le démon lui montra un trésor enfoui, sans pouvoir l'arracher à la vie qu'il avait embrassée".
Saint Coprès, prêtre et solitaire (Cf. Bénédiction, p. 131). Il fut le maître de saint Muce. On le peint quelquefois avec des instruments de jardinage, soit parce qu'il cultivait lui-même les légumes nécessaires à sa nourriture, soit parce que sa bénédiction était réclamée par les cultivateurs pour la fertilité de leurs champs.
Saint Apelles, solitaire égyptien (Cf. Enclume, p. 347). On voit souvent près de lui une forge.
Saint Jean, surnommé le Droit, parce qu'il s'imposa de rester toujours debout pendant plusieurs années; s' appuyant à peine contre la paroi de sa grotte quand le" sommeil lui devenait irrésistible6.
Saint Didyme, ermite de Nitrie; 11 avril. On le voit marcher parmi des serpents, parce que les animaux venimeux (scorpions, cérastes, etc.) ne lui firent jamais de mal, quoiqu'ils fussent nombreux près de sa retraite7. Il ne doit pas être confondu avec le célèbre Didyme l'Aveugle, dont la science a laissé des traces dans la collection des écrivains ecclésiastiques.
1. On pourrait peindre saint Antoine vêtu de blanc, car saint Athanase dit qu'il portait parfois des vêtements de laine blanche. Néanmoins, l'usage a prévalu de donner à sa robe la couleur fauve (de laines mêlées). L'on trace souvent aussi sur son manteau (ou sa robe) ce qu'on appelle la croix égyptienne; mais j'ai dit ailleurs que ce T m'a bien l'air de n'être qu'une béquille, sans qu'il soit besoin de remonter à la croix ansée des Pharaons par le chrisme alexandrin.