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dévotion pour Notre-Dame, quelques représentations se rencontrent où la très-sainte Vierge semble lui apparaîlre au lieu du Saint-Sacrement. Je crois pouvoir aflirmer que c'est une exception dans le grand nombre des peintures consacrées à saint Pascal.
ÉVANGÉLISTES
Sur les symboles des quatre évangélistes, il y aurail fort à dire-, ne fût-ce que pour montrer que bien des choses ont été dites assez mal à propos, et que l'érudition ne doit pas se soustraire au bon sens. Mais comme je ne veux point, dans cet ouvrage, me piquer d'archéologie épineuse ou hérissée de citations passées au" crible, établissons tout bonnement que, depuis des siècles, les Animaux èvangèliques sont assignés ainsi : l'homme à saint Matthieu, le lion à saint Marc, le bœuf (ou plutôt le veau) à saint Luc, et l'aigle à saint Jean. Dans la pensée des vieux artistes chrétiens, maintenue par le langage de l'Écriture sainte* et de la liturgie, c'étaient bien des animaux, mais des animaux mystérieux (incorporels, comme dit l'Église grecque), auxquels on donnait volontiers un aspect étrange. Les ailes semblant ne pas suffire à cette intention, le haut moyen âge imagina fréquemment de placer les têtes de ces animaux sur des épaules d'hommes. C'est ce qu'on voit dans cette Rose de Strasbourg (p. 393) dont nous n'avons pas à interpréter en ce moment le symbolisme général ; il suffit qu'on y reconnaisse dans la partie supérieure, les têtes d'aigle, de bœuf et de lion, surmontant chacune un buste humain. Très-fréquemment les animaux èvangèliques, de quelque façon qu'ils soient figurés, portent un livre ou un rouleau ; pour remettre en mémoire au spectateur qu'il doit songer à des écrivains inspirés d'en haut.
Une combinaison bien plus singulière se retrouve çà et là dans l'assemblage des quatre animaux èvangèliques en un groupe qui semble les greffer sur un tronc commun, et que les Grecs ont appelé Tètramorphe. Le moyen âge germanique a même eu l'idée singulière de modifier le Tètramorphe primitif qui offrait la forme d'une espèce d'ange quadruple. L'Horlus deliciarum de Hohenbourg et un vitrail de Fribourg-en Brisgau 5 donnent à l'Église personnifiée une monture (au corps de cheval) qui a les quatre têtes et les quatre pieds des animaux èvangèliques. Mais convenons, comme pour d'autres cas archéologiques, que cette invention est plus admirable qu'imitable. Souvent en effet , le moyen âge et les siècles qui l'ont précédé nous donnent à entendre des pensers trèshauts, mais dont la forme ne va plus aux hommes de nos jours; soit que l'expression n'ait pas été heureuse, soit
4. Eté h. 1,5, 13, 14, etc. — Apoc. iv, 6-0; v. 6, 14, etc., etc.
5. Vitraux de Bourges, Etude IV, flg. D; Etude XII, ti|i. A ; et tente, n" 07 |p. 124j. Ce n'est pas du tout que J'exhorte nos contemporains à reproduire ces curiosités, qui ont eu leur temps.
ÉVANGÉLISTES
qu'elle ait perdu pour la plupart des esprits actuels la Voici comme on interprète habituellement l' appropria-
signification que tous savaient y lire jadis. tion de ces symboles à chacun des évangélistes. Saint
Matthieu commençant son évangile par la généalogie de Notre-Seigneur, depuis Abraham et David jusqu'à Joseph
et Marie, c'est lui qui est caractérisé par l'homme; attendu qu'il fixe d'abord notre pensée sur la descendance
ÉVANGÉLISTES
humaine et sur l'incarnation de Jésus-Christ l. — Saint Marc débute par la prédication de Jean-Baptiste, en lui appliquant ces mots d'isaie (xl, 3) : « Voix de celui qui crie dans le désert; » et pour cela on lui attribue le lion, dont le rugissement remplit la solitude. Toutefois n'ayons pas l'air d'oublier que le lion, durant plusieurs siècles, était censé figurer la résurrection de l'Homme-Dieu ; curiosité de zoologie mystique, sur laquelle je ne prétends pas revenir après ce que j'en ai dit il y a quasi trente ans i. Ce symbolisme a fait chercher dans saint Marc l'historien du mystère de Pâques '; en quoi il n'est pas très-aisé de montrer qu'il soit particulièrement explicite, bien que l'Église ait adopté son récit pour la messe de cette solennité. — Saint Luc entre en matière par l'apparition de l'archange à Zacharie, tandis qu'il accomplissait dans le temple les fonctions sacerdotales (Cf. Encensoir, p. 346, sv). On a été conduit ainsi à lui donner le bœuf (ou le veau), comme mémorial des sacrifices sanglants de l'ancienne loi que le Fils de Dieu est venu clore sur le Calvaire et sur nos autels *. D'ailleurs il est facile de remarquer dans tout l'ensemble de son texte, qu'il paraît avoir reçu mission spéciale pour nous faire pénétrer le rôle de victime, d'expiateur et de pacificateur, pris par le Messie afin de nous réconcilier avec son Père8.
Quant à saint jean, le premier chapitre de son évangile et tout le livre de l'Apocalypse annoncent l'homme le plus initié aux secrets célestes. Aussi les Grecs l'ont-ils surnommé le Théologien. Historien, si l'on peut parler ainsi, de la génération éternelle du Verbe et de l'action divine du Fils de Dieu en dehors de l'Incarnation, il à été comparé à l'aigle qui fixe son regard sur le soleil sans
ciller6; parce que jamais langage humain n'avait abordé ces hauteurs de doctrine, ni ne l'avait rendue en termes si éclatants de lumière.
De ces attributions aujourd'hui unanimement fixées7, il résulte que souvent chaque évangéliste a été caractérisé par un fait spécial qui passe pour le distinguer des autres. J'en donnerai seulement un exemple (vis-à-vis) puisé par le P. Arth. Martin dans le manuscrit de Munich, n° 39. SaintMatthieu est accompagné par quelque représentation de la Mère de Dieu : soit couchée dans l'étable de Bethléem, soit apparaissant dans le ciel ; comme pour proclamer le grand dessein de Dieu qui veut que son Fils prenne notre nature humaine. Ailleurs, on voit près de cet évangéliste quelqu'une des scènes de Bethléem qu'il a retracées dans son livre, etc. — Près de saint Marc on peint un souvenir quelconque du jour de Pâques : ce sera, par exemple, Notre-Seigneur sortant du tombeau, ou bien se montrant aux disciples ; quelquefois les saintes femmes visitant le sépulcre désormais vide, ou même achetant des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus- Christ. — Saint Luc est ordinairement indiqué au moyen d'un fait qui représente la rédemption (comme le crucifiement) ; ou la première enfance de Notre-Seigneur, parce que c'est lui qui nous en donne les détails les plus circonstanciés. Dans le manuscrit de Munich, on a représenté l'Agneau de Dieu; quoique saint Luc ne rapporte pas la parole de saint Jean-Baptiste, qui désigne ainsi l'immolation de la grande victime. Mais comme nous l'avons dit, son évangile exprime particulièrement cette qualité du Fils de Dieu fait homme.
Saint Jean, dans le plan que nous exposons, se carac-
1. One prose d'Adam de Saint-Victor {Plaustt chorus lœlabundo) qui figurait autrefois dans bon nombre de missels, pour les évang,élistes, exprime ainsi la même pensée :
• Os humanurn est Malthtei, In humain forma Oei Dictantis proupiam ; Cujus genus sic contetit Quod a stirpe David eiit Per carnis materiam. •
2. Vitraux de Bourges, pi. I, et Étude IV; texte, n° 44, sv. (p. 77- 8Î).