‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 636 sur 1339 · Ibid., t. III, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. III, p

ÉVANGÉLISTES

sa mort et sa résurrection ne nous offrant pas les mêmes sources d'espoir, si nous ne songions par-dessus tout à la dignité infinie du médiateur et du docteur qui nous est donné.

Nous avons indiqué précédemment l'assimilation des évangélistes aux quatre fleuves du paradis terrestre (Cf. Eau, p. 324, sv.); et dès les premières pages de ce livre, d'ailleurs, il en avait été question sous le titre Agneau. Ce rapprochement ne serait plus guère saisissable aujourd'hui pour une foule devenue fort étrangère aux élans de cœur qui faisaient la popularité du symbolisme. Avec l'habitude des considérations puisées dans un genre d'enseignement si relevé, a disparu même l'aptitude à les entendre quand elles ne sont pas voisines de l'évidence.

Une autre association d'idées, bien fondée en raison, et beaucoup plus accessible aux intelligences de notre temps qui n'auraient pas perdu le souvenir même de la foi, c'est la réunion des quatre grands prophètes avec les quatre évangélistes. On résume ainsi d'une manière saillante l'accord merveilleux de l'histoire prophétique qui avait précédé les faits, et du témoignage de ceux qui les rapportent après les avoir vus; le tout sous la dictée de l' Esprit-Saint. Dans la cathédrale de Chartres, sous la grande rose du midi consacrée au règne de Notre-Seigneur, ce tableau prend une forme quelque peu barbare quant à l'exécution ; mais on ne saurait disconvenir que la conception en est grandiose, quoiqu'un goût délicat n'ait pas présidé au choix des moyens (Voir la page 397). A droite et à gauche de Jésus-Christ porté entre les bras de la très-sainte Vierge, saint Matthieu se voit sur les épaules d'isaie, saint Jean sur celles d'Ézéchiel; Jérémie soutient de même saint Luc, et saint Marc se dresse pardessus la tête de Daniel. Presque tous ces personnages se tournent vers celui dont ils ont annoncé ou raconté les faits, en sorte que l'unité des cinq verrières doit frapper le spectateur le moins attentif.

Ailleurs, le procédé a moins de sauvagerie, mais c'est le même fond d'enseignement ; il s'agit toujours de proclamer la grandeur du Messie : sa biographie tracée d'avance dans ses principaux traits, ou racontée après coup par ceux qui l'avaient accompagné sur la terre1, montre

qu'il est le grand objet des pensées du Père céleste, et le centre de l'histoire du monde.

Je ne voudrais pas affirmer que ce genre de groupement rapproche toujours le même évangéliste du même grand prophète*. On l'eût fait constamment sans doute, s'il avait été reconnu que les animaux mystérieux vus par Ézéchiel et saint Jean, désignassent aussi les grands prophètes avec la détermination de chacun des symboles à l'un d'eux; mais cela n'est pas établi. Convenons pourtant que l'association de Jérémie et de saint Luc a quelque chose de très-plausible, puisque le caractère de tristesse qui semble distinguer l'auteur des Lamentations, justifierait la compagnie de celui qui peint le Fils de Dieu comme victime.

Quoi qu'il en soit, et pour nous borner aux grands prophètes, indiquons en passant le parallélisme de leur inspiration et du récit des évangiles, à ne considérer même que les grandes lignes. Ces devanciers de la Bonne Nouvelle disent déjà que Jésus descendra de David (Isai. h, 1, sq. — Jerem. xxiu, 5, 6; xxxm, 25, sq.); l'époque de sa naissance et de sa mort est désignée par Daniel (n, 40; ix, 24-27). Il naîtra d'une Vierge (lsai. vu, 14. — Jerem. xxxi, 22. — Ezech. xliv, 2, 3), il sera Dieu et homme (Isai. vu, 14), et s'appellera Jésus (lsai. xu, 3; li, 5; lxii, 1, 11; lxiii, 8, 9); les Mages l'adoreront (Isai.LX, 6), le lieu de sa naissance sera ensanglanté par le massacre des enfants (Jerem. xxxi, 15). Son ministère public sera d'avance annoncé par un précurseur (Isai. xlix, 3), les miracles signaleront ses pas (Isai. xlii, 6, 7; lui, 4; lxi, 1, sqq.). LaSynagogueconspirerasa perte (Jerem. xi, 18, sq.), il gardera le silence parmi les opprobres (lsai. un, 4.— Thren. m, 30), il sera couvert de plaies et crucifié (lsai. un, 5, 12), on l'abreuvera de fiel et de vinaigre (Thren. m, 5, 15, 19). 11 mourra, tout Fils de Dieu qu'il est (Isai. un, 7-12. — Jerem. u, 19. — Dan. ix,26); mais répandra la grâce et la réconciliation sur les peuples (Isai. lviîi, 21. — Ezech. xxxvi, 26, 27; xxxix, 29), et Jérusalem perdra la faveur du Ciel qui formera une postérité adoptive d'Abraham bien autrement nombreuse que la première (Dan. ix, 26, sq. — Isai. h, 2, sq.; xlix, 14, sq.; 23, 54, sq.; lx, 1, sq.; 14, sq.). Enfin ce sup-

\. Saint Marc, disciple de saint Pierre, écrivait d'après In témoignage de son maître, outre qu'il suit saint Matthieu de très-près. Quant à saint Luc, il dit lui-même avoir recueilli les faits de la bouche des premiers témoins ; et la Mère de Dieu doit lui avoir dicté plus d'un détait. Cf. Vitraux de Bourges, n» 106 (p. 191).

Depuis deux ou trois ans (surtout dans la Revue des deux Mondes) on se donne chez nous grand souci de populariser à ce sujet des théories qui ne sont françaises ni par le fond ni par la forme. Je ne prétends pas assurément que le bon sens soit un privilège de la France, mais nos voisins, les plus maussades ne laissent pas de reconnaître que la logique n'a point été refusée par le Créateur aux races latines. Paris fut longtemps la capitale de la scolastique (Honny soit qui mal y pense!), et notre langue en a gardé Jusqu'aujourd'hui une empreinte de netteté qu'elle doit & l'ancienne Sorbonnc plus qu'on ne l'imagine. Pourquoi donc nous mettre à la remorque

d'écoles qui ne nous valent pus en fait de conclusions bien dégagées des principes!

On me dit que cette parenté de notre esprit logique et de l'enseignement scolastique porté si haut cher, nous, a été indiquée récemment par d'autres. Tant mieux! J'en étais convaincu depuis une trentaine d'années, sans considérer cela comme une grande découverte où il fallût se hâter de prendre date contre toute usurpation. Il me semblait tout bonnement que c'était chose paiente pour qui voulait réfléchir.

2. Je constaterais plutôt le contraire, par la comparaison de divers cas qui ne se ressemblent point pour le résultat, quoiqu'on y adopte un thème fondamental presque commun. Mais on ne tenait pas Jadis à batailler sur les détails après être convenu du principal, tout en se divisant pour des appréciations personnelles en telle ou telle conséquence.

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