‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 841 sur 1339 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

de l'Église, évêques ou non, portent également le livre comme indication de la doctrine qu'ils ont exposée avec l'assistance de l'Esprit divin.

Parextension de ce symbolisme, on a mis bien des fois un livre entre les mains des hommes apostoliques (comme on dit) qui ont porté l'Évangile pour la première fois en diverses contrées. Aussi les qualifle-t-on çà et là de docteurs (improprement, il est vrai).

Une autre classe de saints reçoit aussi presque toujours le même attribut. Ce sont les fondateurs des ordres religieux.

Tel est, par exemple, saint Benoit de Norcia (Cf.

Corbeau, p. 254, etc.), que je donne (à la p. 526) pour unique spécimen '.

Mais, avec ce renseignement, on ne devra pas être surpris de trouver le livre entre les mains de saint Dominique, de saint François, de saint Ignace, etc., etc. C'est l'indication de la règle que chacun de ces législateurs a laissée après lui pour guider ses disciples, et que l'Église a garantie comme direction approuvée.

En ce cas, on a souvent caractérisé la règle de chaque ordre religieux par quelque signe particulier. Ainsi la pauvreté rigoureuse dont faisait profession saint François d'Assise , est remise en mémoire dans une pein-

ture de Giunta (ci-dessus, p. 278) où les pages du volume ouvert laissent lire le texte de saint Matthieu (xix, 21) : « Si tu veux être parfait, va-t'en vendre ce que tu possèdes, et donne-le aux pauvres , etc. » A saint Ignace de Loyola on donne un livre dont le plat est marqué du nom de Jésus, ou dont les feuillets portent : soit A. m. d. g. (Ad majorem Dei gloriam), soit Institutum Socielatis Jesu.

Ces titres ou initiales de volume peuvent servir aussi à reconnaître divers saints personnages qui, sans être précisément docteurs ni évêques, etc., ont laissé des écrits célèbres dans l'Église, pour la science ou l'édification qui s'en est épanchée par le monde. A ce sujet, vouloir entrer dans les détails serait une tâche aussi fastidieuse qu'inutile. Mais avec quelque instruction l'on y trouvera des renseignements faits pour guider à coup sûr. Celui qui manquera de l'érudition nécessaire pour se conduire d'après ce genre d'éclaircissements, aurait de quoi trouver qu'on le réduit à bien des données minutieuses si nous paraissions l'obliger à reconnaître un saint d'après des titres comme Noche escura, Subida del monte Carmelo, Llama de amor viva, Castillo intérim", Libro de las fundaciones*, etc., etc.

Outre ces premières données qui comprennent déjà des classes assez nombreuses, il faut encore signaler certains groupes de personnages qui portent le livre sans avoir été compris dans les classifications énumérées précédemment. Tels sont les abbés. En quoi je ne pense pas que l'on donne une explication satisfaisante si l'on dit que c'est par communication des insignes épiscopaux (ponti/icalia). Cela se voit assurément, ou je me trompe fort, à des époques où la dignité abbatiale n'emportait pas l'usage de la mitre ou même de la crosse. Ce livre donc indiquerait plutôt la règle monastique que les abbés devaient promulguer et maintenir.

Il est possible encore que , sur la fin du moyen âge surtout, et depuis lors, un symbolisme peu à peu relâché ait conduit les artistes à employer le livre comme

1. Là le saint porte sur ses épaules ce que l'on appelle la patience. qui n'est pas usitée dans tous les pays où les Bénédictins existent. Le grand capuchon, qui n'est pas toujours aussi développé, servait dans certaines contrées de signe distinctif entre les pères et les frères. Quant au voile qui pend de la crosse, j'en ai parlé déjà sous le titre Crosse. Les autres caractéristiques du saint ont également trouvé leur place sous divers chefs. La grande robe de dessus, qui couvre tout le corps, est l'habit de chuîur (la coule). Pour ce qui est

de la crosse avec sa volute (partie recourbée) tournée ici en dedans, on a pu voir ailleurs suffisamment de détails à ce sujet (p. 294-299); il n'est donc pas besoin d'y revenir encore une fuis.

2. Opuscules de saint Jean de la Croix et de saute Thérèse, pour ne point parler de bien d'autres auteurs qu'un homme instruit reconnaîtra sans peine, mais on le lecteur peu érudit ne réussirait qu'à se perdre si l'on prétendait l'aider par une notice un peu étendue.

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