MITRE. — MONSTRANCE
Occident les costumes de la Perse. Ce qu'il y a de variations dans les monuments divers donnés à ce sujet,
montre qu'il faut accepter le thème fondamental avec un grain de sel, comme on dit.
Les sainti Abdon et Sennen.
MOISSON (ou récolte). Cf. Champ.
MONDE, exprimé par une sphère. Cf. Globe.
MONNAIE. Cf. Argent, Aumône, Médaille.
MONOGRAMME. Cf. Chiffre, Armoiries, etc.
MONSTRANCE
Je me sers de ce mot qui a beaucoup vieilli, mais qui peut correspondre passablement à ce que nous appelons aujourd'hui Ostensoir; tout en laissant comprendre qu'il ne s'agit pas tout à fait de la même forme. Il ne sera donc pas trop inintelligible. Mais le vase sacré qui sert actuellement à exposer la sainte Eucharistie n'est plus guère du même modèle qu'on y suivait jadis , entre le xur* siècle et le xvi€. Il est utile de revenir sur cette expression ancienne pour faire comprendre ce que pouvait être un objet dont l'analogue ne se présente plus chaque jour à nos regards. On dirait que primitivement, et sans doute à partir de l'époque où la fête du saint Sacrement fit exposer l'Eucharistie à décou-
vert, il ait d'abord été imaginé un cylindre de verre qui se plaçait au besoin entre la coupe du ciboire et son couvercle. Dans l'intérieur de ce tube , une adaptation quelconque ( croissant, tige avec appendices ménagés habilement) isolait la sainte hostie présentée aux regards du peuple chrétien. Bientôt ce cylindre aura paru trop simple pour la piété publique, et l'orfèvrerie l'entoura d'une ornementation architecturale qui se modifia naturellement avec le goût de l'époque : flanquant l'objet central d'arceaux, contre-forts et autres agréments que le xive siècle et ses héritiers transportaient volontiers hors de leur sphère véritable. Cela eut du succès, comme le montrent maints vestiges du temps ; et les reliquaires même prirent souvent l'aspect d'une base en pied de calice, chargée de motifs empruntés avec plus ou moins de bonheur à l'architecture contemporaine. Comme tous les détails imaginables exprimés par la parole ne valent pas un dessin, si élémentaire qu'il soit, je renverrai à diverses planches dessinées par le P. Arthur Martin dans nos Mélanges d'Archéologie, d'Histoire, etc.
MONSTRANCE
Le Ier volume, à lui tout seul, en donnera divers exemples sous les n°« XVIII, XIX, XX et XXIII.
Après ce premier renseignement que nos propres gravures aideront à compléter, nous pouvons entrer dans l'énumération des saints qui portent souvent une monstrance ou quelque chose de semblable.
Quelque estampe ancienne, peu copiée depuis deux cents ans, donne cet attribut à saint Damase pape (Cf. Anneau, p. 48; etc.). Ce pourrait être le mémorial d'une légende qui s'est répétée parfois au moyen âge sans que je réussisse à trouver qui l'aura mise en circulation. Le saint pape, dit-on, distribuant l'Eucharistie un jour, fut tellement frappé de la beauté d'une femme qui se présentait à la communion, qu'il en éprouva un trouble involontaire. Pour se dérober désormais à ce péril, un pieux emportement de zèle lui aurait fait prendre le parti de se couper la main au sortir de la messe. Mais la sainte Vierge lui serait apparue, blâmant cette ressource indiscrète; et lui rendant la main dont il" s'était privé. Il doit y avoir dans l'origine de ce récit quelque souvenir mêlé du miracle opéré en faveur de saint Jean Damascène (ci-dessus, p. 59), et des calomnies répandues contre saint Damase lui-même par ses adversaires (hérétiques ou schismatlques).
Que si, par hasard, l'on avait prétendu faire allusion ainsi aux vases sacrés dont saint Damase fit cadeau à plusieurs églises, il n'y a presque pas de pontifes romains qui ne pussent recevoir la même caractéristique. L'ancien biographe des papes énumère pour chacun d'eux les riches présents qu'ils ne manquaient pas de faire aux principales basiliques de Rome.
Saint Zéphyrin Ier, pape et martyr (26 août, 218), porte également quelquefois une monstrance, en manière de témoignage pour sa dévotion à l'Eucharistie; sans doute parce qu'on lui attribue la défense d'employer des calices de bois dans le saint sacrifice, et l'ordonnance pour tous les chrétiens de communier au moins une fois à Pâques. Mais ce dernier décret n'est pas fort authentique, et nous voyons qu'au vme siècle, trois communions par an étaient encore jugées trop peu de chose. Car l'Église n'a réduit l'obligation annuelle à une seule fois, que dans des temps bien plus voisins de nous.
Saint Norbert (Cf. Apparition de la sainte Vierge, p. 58) portant un ostensoir pu une monstrance.
Nous avons déjà dit qu'il combattit heureusement dans la ville d'Anvers l'hérésie des sacramentaires répandue par Tanchelm (on Tanchelin) dans la Hollande, la Flandre et le Brabant, durant les premières années du xue siècle.
Un motif tout pareil a fait souvent donner le même attribut au B1 Lanfranc archevêque de Cantorbéry (28 mai, 1089), à cause de la lutte qu'il soutint de vive
1. Calendar. benedict., 3 jul. — Hagiolog. italic, t. II, p. 9.
voix et par écrit contre Bérenger qui dogmatisait au xie siècle contre la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie1.
Saint Guillaume archevêque de Bourges, après avoir été abbé dans l'ordre de Cîteaux; 10 janvier, 1209. Un osten-
Raint Norbert.
soir qu'il tient en main, ou devant lequel il prie, est le témoignage de sa dévotion au saint Sacrement ; et surtout envers la sainte messe, où la vivacité de sa foi semblait lui rendre sensible le sacrifice du Calvaire.
Saint Alphonse de Liguori, évoque (Cf. Chaire, p. 193; etc.). A cause de son livre intitulé Visites au saint Sacre-
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menl, il a été peint par divers artistes comme nous venons de le dire pour saint Guillaume de Bourges.
Je ne saurais dire pourquoi une gravure polonaise met la monstrance entre les mains du B1 Josaphat (Cf. Hache, p. ^76). Ce me semble être un type hasardé sans vrai fondement historique, par quelque artiste mal renseigné.
Le B* Paschase Badbert abbé de Corbie (26 avril, 865) est parfois représenté aussi d'une façon semblable à cause du livre qu'il écrivit sur la foi chrétienne au sujet du saint Sacrement {De sacramento corporis et sanguinis Chrisli) ; réfutant d'avance les assertions de Bérenger, de Zwingle et de Calvin '.
Saint Antoine de Padoue, franciscain. Cf. Ane, p. 32; etc.
Saint Baimond Nonnat (Cf. Bouche, p. U3, sv.). L'ostensoir qu'on lui met parfois à la main indique que, comme il se mourait, et que l'on ne trouvait pas le prêtre qui devait lui apporter le saint viatique, des anges vinrent le lui présenter8.
Saint Thomas d'Aqmn (Cf. Auréole, p. 98-, etc.) et même saint Bonaventure (Cf. Chapeau de cardinal, p. 199, sv.) portent assez fréquemment une monstrance eucharistique en mémoire de l'Office qu'ils furent chargés l'un et l'autre, dit-on, de rédiger pour la fête du saint Sacrement. Selon une tradition qui n'est pas tout à fait certaine, la rédaction de saint Thomas aurait eu complètement le dessus; et l'on ajoute même que saint Bonaventure avait déchiré son manuscrit, pour céder entièrement la place à son ami qu'il trouvait mieux inspiré.
Saint Longin martyr (Cf. Globules, p. Zi5t; etc.). Ce qu'il porte en Italie n'est pas un ostensoir proprement dit, mais un reliquaire. Il en a, du reste, été rendu raison sous le titre que je viens de rappeler '.
Saint François de Borgia, de la Compagnie de Jésus. Cf. Eucharistie, p. 391, sv.; etc.
Les saints Martyrs de Gorkum; 9 juillet, 1572. Comme
ils furent victimes de leur fidélité à la croyance catholique (Cf. Hérésie, p. 478, sv.), quelques-uns d'entre eux, les prêtres surtout, ont été représentés plus d'une fois tenant un calice ou une monstrance; afin de rappeler qu'ils avaient souffert la mort pour la foi en la présence réelle de Noire-Seigneur dans le très-saint Sacrement. Tels sont, par exemple, saint Adrien Vanbeeck (Becanus) prémontré, curé de Munster près de La Haye, et son vicaire saint Jacques Lacops.
Saint François Caraccioi.o, fondateur des clercs mineurs réguliers; U juin, 1608. On le représente agenouillé devant un ostensoir, parce qu'il passait les nuits entières au pied de l'autel , et donna aux siens la règle de maintenir l'adoration perpétuelle du saint Sacrement dans leurs communautés*.
Saint Michel des Saints (Miguel de los Santos), trinitaire déchaussé; 5 juillet, 1625. Priant devant un autel où le saint Sacrement est exposé. Cela rappelle la grande dévotion qu'il professait, dès son enfance, envers l'Eucharistie; si bien que, devenu supérieur, il passait des nuits entières en adoration au pied du tabernacle s.
La réforme des Trinitaircs, à laquelle il appartenait, porte sur le vêtement une simple croix (rouge pour la tige verticale, bleue pour les bras ou branches horizontales), et non pas la croix à huit pointes (comme celle de Malte) qui se voit souvent sur les estampes des Trinitaircs non déchaussés.
Sainte Claire d'Assise, fondatrice des Clarisses; 12 août, 1263. On lui fait porter assez ordinairement un petit ostensoirde la forme la plus primitive6; comme il convient du reste à la pauvreté qu'elle professait, même pour les ornements ecclésiastiques. Cf. p. 565.
Mais j'y voudrais au moins, comme dans la gravure de Jérôme Wierix, un linge qui indiquât que la sainte ne s'était point donné la fonction de porter le saint Sacrement elle-même7, quoique, dans le dessin reproduit ici,