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B. — Nzævi. — NÆvo-cARCINOMES. — LEUR HISTOGÉNÈSE.
Les nævi mous, d'après Krompecher, doivent être interprétés d’une manière identique. Recklinghausen en 1882 les faisait descendre de l’endothélium lymphatique ; Unna en 1893 leur attribuait une origine épithéliale (la surchage pigmenlaire des cellules malpighiennes favorise la fonte du protoplasma, et leur métaplasie régressive, à la suite de laquelle elles s'enfoncent dans le derme et s’isolent des cellules restées normales). Les nævi offrent l'image de tumeurs bénignes à cellules basales indifférenciées, mais tandis qu'Unna les fait dériver des cellules dentelées par « métaplasie simple », Krompecher voit en elles de véritables tumeurs d'origine basale, ayant conservé dans leurs cellules, leur caractère embryonnaire. La présence de pigment n'est qu'une exagération de ce que nous avons constaté à propos des carcinomes baso-cellulaires simples, à savoir : leur localisation habituelle sur les territoires cutanés exposés au soleil, en particulier le visage, et le rôle qui semble dévolu à la surchage pigmentaire dans la genèse des proliférations basales de la peau. Les caractères cliniques des nævi mous sont de même comparables à bien des points de vue, à ceux des tumeurs baso-cellulaires non pigmentées : genèse multiple, longue torpeur, réveil brusque accompagné alors de tous les signes de malignité (extension rapide, métastases) ; le nævus d’origine basale s’est transformé en nævo-carcinome d’origine basale (1).
(1) L'auteur admet pour les nævi la même échelle de classification que pour les tumeurs non pigmentées de l’épiderme, la forme adulte
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On trouve rarement dans les nævi et nævo-carcinomes le lien qui unit la tumeur à la couche basale. En réalité il n'existe plus dans la majorité des cas. Les nævi se forment au cours du développement embryo-fæœtal et les tractus de cellules basales pigmentées qui se sont enfoncés dans le üssu sous-cutané (où ils restent inertes pendant des années et souvent loute la vie), se sont dès les premiers temps isolés complètement de l’épiderme. A l’âge adulte ils peuvent se transformer en nævo-carcinomes, lesquels procédant directement de cellules basales ont aussi la marche ordinaire des carcinomes baso-cellulaires.
Les mélano-carcinomes se rattachent à la variété maligne de la forme de passage. Isolement de cellules carcinomateuses, mitoses rapides et cellules géantes, métastases, malignité clinique qui marchent de pair, se trouvent réunis au plus haut degré dans les mélano-carcinomes ; et de fait, les cancroïdes où l'isolement mécanique de cellules etles métastases sont peu fréquents, sont aussi des tumeurs moins malignes ; de même aussi, les carcinomes d'origine basale où pareil isolement ne s’observe pour ainsi dire jamais, évoluent pendant longtemps avec une allure béni-
gne.
exceptée.
Nævus et nævo carcinome baso-cellulaire : forme indifférenciée. Nævus et nævo-carcinome cubo-cellulaire : forme de passage.
Tumeurs prenant leur origine dans ‘a eouche basale des muqueuses à épithélizum pavimenteux.
L'analogie de ces tumeurs basales avec celles de la peau est telle, que point ne sera nécessaire d’en faire une nouvelle description.
On trouve ces tumeurs dans les muqueuses de la bouche, du pharynx, de l’œsophage, en certains points des fosses nasales et du larynx, dans les voies urinaires, le col utérin, le vagin. Elles ne s’accompagnent pas d'adénites secondaires. Leur architecture est en général plus simple que dans la peau, elles affectent d'ordinaire le type solide, quelquefois parakératosique, et le tissu de soutien participe plus activement à la néoformation. Krompecher termine en appuyant sur les avantages qu’il y aurait pour les cliniciens à bien connaître ce genre de tumeurs qui restent si longtemps bénignes, et qui même après exlirpation devenue indispensable fournissent, plus que les cancroïdes, un pronostic favorable.
Tumeurs baso-cellulaires issues de kystes dermoïdes simples ou complexes, de tératomes, de germes ecto dermiques, hétérotopiques, en un mot d'origine congénitale.
1° Carcinomes baso-cellulaires, nés dans des fragments
de næ&vi isolés au cours du jeune âge.
Dans ce paragraphe, l’auteur s'efforce de démontrer, comme il l'a fait pour les nævi mous, que : du moment qu'on admet (Unna) des nævo-carcinomes d'origine épithéliale (V. p. 90) et que certaines de ces tumeurs ont leur point de départ dans la couche basale, on peut d'autre part aussi admettre logiquement la formation des mêmes tumeurs aux dépens des cellules pigmentaires détachées d'un nævus pendant le jeune âge et égarées dans le tissu sous-dermique. Les mélano-sarcomes ont un territoire bien plus restreint que celui qu'on leur accorde communément ; beaucoup d’entre eux appartiennent au « mélanocarcinome baso-cellulaire », d’autres, au « mélano-carcinome cubo-cellulaire », forme de passage.
2° Poursuivant cette voie l’auteur en arrive aux germes épidermiques, aux kystes épidermoïdes ou dermoïdes, aux tératomes, enfouis dans les tissus, et dont la couche basale est susceptible, à un moment donné, d'évoluer soit vers la forme bénigne soit vers la forme maligne des tumeurs dont nous nous OCCUpOonNns.
Depuis le premier ouvrage de Krompecher, plusieurs auteurs (1) ont publié des observations confirmant ce qu’il avançait et d’autant plus précieuses que les cas de tumeurs congénitales étudiées au point de vue baso-cellulaire sont encore rares. Elles ont la même marche clinique, la même structure que les tumeurs basales épidermiques, avec une participation plus active du tissu conjonclüf.
L'examen capital d'une tumeur basale bénigne tubulée et
(4) Wozrr,in Arch. f. klin. Chir. Bd. LXIT, H. # 1900; Kriesane et Livser, tous deux in Beitr z. klin. Chir., XXXI p. 528, 550.
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kystique, née au voisinage de la commissure labiale montra à l’auteur ce qui suit:
Sans continuité avec l’'épiderme superficiel, des cavités plus ou moins grandes, étaient tapissées, ici d'épiderme typique complet, là d’une ou de deux couches de cellules basales seulement ; des {ubes, issus par évagination de ces kystes étaient recouverts de cellules basales. Ailleurs des files de cellules basales infiltraient le tissu conjonctif en réseau extrêmement ténu, et le tissu conjonctif était devenu hyalin ou myxomateux dans les mailles du réseau (cylindrome). Toutes ces images se rattachaient étroitement les unes aux autres; elles n’offraient pas seulement dans un coup d'œil d'ensemble les caractères particuliers des tumeurs baso-cellulaires de provenance ectodermique congénitale, mais donnaient aussi la clé pour l'interprétation de diverses tumeurs qu'on rencontre souvent sous les noms d’endothéliomes, cylindromes, sarcomes plexiformes, et la clé pour l'interprétation de quelquestumeurs de la parotide, des glandes salivaires.
Dans une revue générale « sur certaines tumeurs endothéliales de la tête, analogues aux tumeurs des glandes salivaires », Volkmann fait remarquer que l’on trouve parfois des tumeurs mixtes encapsulées en un point quelconque de la tête et du visage (1) (Billroth et Nasse), et ces endothéliomes épithélioïides ont une parenté frappante, tant clinique qu'histologique, avec les tumeurs basales congénitales d’une part,et les tumeurs mixtes des glandes salivaires de l’autre.
(1) Vozxmanx, Ueber endoth. Geschwäülste, etc., Zeitsch. f. Chir., Bd. XLI.
Après avoir fixé les caractères de ses tumeurs d'origine congénitale, Krompecher y englobe un grand nombre de tumeurs bénignes de la peau (1), et élargit sa classification des tumeurs d’origne basale en y ajoutant ce premier groupe de tumeurs bénignes, encapsulées, généralement kystiques, ou bien tubulées avec tissu de soutien abondant, souvent dégénéré,tumeurs qui ne deviennent qu'exceptionnellement malignes et se rencontrent chez des individus d’âge moyen.
3° Tumeurs de la voûte palatine et des gencives.
Ce sont là des tumeurs qui, désignées en France par les noms d’adénomes, adéno-myxofibromes, épithéliomes, ele. des glandes palatines, sont interprétées en Allemagne comme sarcomes plexiformes et endothéliomes.Krompecher ne possède qu’un cas personnel de ce genre, etc'est encore une tumeur d'origine basale (V Berger, « Tumeurs mixtes du voile du palais » Rev. Chir., 1897).
4° Carcinomes d’origine basale dans les kystes dermoïdes, voire les tératomes de l'ovaire, et tumeurs comparables qui descendent des kystes de la couche ovigère.
Sur une douzaine de kystes dermoïdes de l'ovaire recueillis dans la littérature et qui se sont transformés en carcinomes,deux (2) peuvent être rangés parmi les carcinomes d’origine basale. Les kystes de l’épithélium ovigère ont fourni quelques cas où se retrouvent tous les types archi-
tecturaux des tumeurs baso-cellulaires. L'étude de ce sujet
(1) Telles que le « Lymphangioma Tuberosum mulliplex » (Lesser- Beneke 1891); « Hydradénome éruptif » (Jacquet-Darier 1887) ; « Syringocystadenoma » (Türük 1889); « Endothelioma colloïdes » (Kromayer, 1895).
(2) Yamacrwa, Virsch. Arch., 1897, Bd. CXLVII et Neumann, Arch. f. Gynécol, Rd. LVIIT, p. 185.
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n'est pas encore assez avancée, mais si l’épithélium ovarien était démontré équivalent à la couche des cellules basales de la peau, rien n’empêécherait de classer dès maintenant quelques-uns des carcinomes propres de l'ovaire également parmi les carcinomes d’origine basale
Carcinomes baso-cellulaires des glandes qui s ouvrent sur une surface épithéliale pavimenteuse.
Le sujet a déjà été traité en ce qui concerne les glandes sébacées, sudoripares, de Mefbomius. Il ne reste provisoirement qu'à faire la même étude pour la mamelle, les glandes salivaires, la prostate et le testicule (1).
1° Mamelle. — L'analogie de développement est complète entre les glandes mammaire et sébacées : la couche des cellules basales est identique ; l'épithélium sécrétant seul est morphologiquement dissemblable. Les carcinomes baso-cellulaires du revêtement cutané du mamelon sont fréquents, et relativement bénins ; ils ressemblent tout à fait à ceux de la peau et des muqueuses à épithélium pavimenteux. Ceux qui naissent dans les canaux galactophores (ils sont fréquents) et les acini ont une allure plus maligne ; ils se présentent sous les types kystique, adénoïde, gyriforme, infiltrant, hyalin ; mais les cellules basales sont moins riches en chromatine et un peu moins allongées (le même fait s’ob-
(1) Au moment de mettre sous presse l’auteur signale encore la glande
thyroïde, faisant allusion à nos deux tumeurs que nous lui avions soumises et sur la nature basale desquelles il fut affirmatif.
A: USE serve pour les tumeurs basales des glandes sébacées et de Meibomius) que dans les carcinomes de l'épiderme. Cette légère variation de morphologie cellulaire, corrigée par l'identité dans l'architecture néoplasique et les réactions du tissu conjonclif, constitue une particularité intéressante pour les carcinomes baso-cellulaires de la mamelle.
2° Glandes salivaires, parotide en particulier. — Cornil et Ranvier, Robin, Rouyer avaient depuis longtemps attiré l'attention sur les ressemblances qu'offrent les tumeurs de la voüte palatine avec les tumeurs de la parotide. Berger et Bezancon en 1897, déclaraient les tumeurs mixtes du voile du palais d'origine ectodermique. Mais pour Volkmann, 1895, les trois quarts des tumeurs sous-maxillaires et parotidiennes des endothéliomes, les autres étaient des sarcomes, des carcinomes ou bien des tumeurs dont la nature ne pouvait être déterminée. En 1899, Hinsberg et en 1902, Wilms attaquent vigoureusement cette façon de voir ets'’efforcent de prouver la nature épithéliale des tumeurs mixtes. Ils donnent comme pathogénie l'hypothèse d'un germe périostique du cartilage de Meckel, enveloppé par la glande au cours de son développement, ou d’une parcelle de la future membrane du tympan incorporée à la glande pendant son encapsulation.
Krompecher apporte une vinglaine de tumeurs baso-cellulaires de la parotide ou de Ja sous-maxillaire. Une fois seulement il a pu découvrir le point d'attache de la tumeur avec un conduit excréteur. Les autres doivent être rapprochées des tumeurs que nous avons vues se développer au voisinage des fentes branchiales, de la mâchoire supérieu-
re, de l'orbite, de la joue, et qui ont été reconnues sembla-
Herrenschmidt :
ns
bles cliniquement et histologiquement aux fumeurs mixtes de la parotide (1).
Elles se formeraient aux dépens de la couche basale d'inclusions méso-ectodermiques plus ou moins complexes (tissus multiples, différenciation ultérieure variable des éléments). On rencontre dans les tumeurs de la parotide tous les types que revêtent les tumeurs baso-cellulaires de la peau : solide, adénoïde, tubulé, kystique, infiltré, muqueux, hyalin, chondroïde et même ostéoïde et parakératosique, et leurs combinaisons sont nombreuses.
L'élément conjonctif est souvent prépondérant: les cas de myxo-chondro-sarcomes, d’adéno-myxo-fibromes, d’endothéliomes, etc., rentrent dans la classe des « myxo-chondro, ete., carcinomes baso-cellulaires », les cas de cylindromes sont des « carcinomes baso-cellulaires hyalins ». Les cas enfin où l'élément parenchymateux domine l’image histologique (par exemple : sarcomes plexiformes ou endothéliomes), sont des « carcinomes baso-cellulaires solides ».
Cliniquement la superposilion est complète des tumeurs mixtes de la parotide avec les tumeurs baso-cellulaires, en particulier les congénitales : début insidieux dans un âge relativement jeune, long état stationnaire, ganglions rarement engorgés, métastases par voie sanguine rares et tardives, récidives au contraire assez fréquentes.
3° Prostlale. — Le matériel de Krompecher est insuffisant pour trancher celte question qu'il a envisagée seulement dans les derniers Lemps ; mais il semble que des tu-
meurs d’origine basale puissent se greffer sur les cas d’hv-
(1) Bizcror, Nasse, VOLKMANN.
pertrophie adénomateuse avec formation de concrétions. 3 , : ee Ces tumeurs seraient des adénomes d’origine basale.
4 Tumeurs d'origine basale dans le testicule. — L'auteur ne dit sur ce sujet que peu de mots et sous loutes réserves ; il rappelle les ressemblances d'évolution et de structure entre certaines tumeurs du testicule et de la parotide, et se propose de faire ultérieurement une étude documentée de cette question.
Résumé et considérations finales.
Nous ne reproduirons, sous forme de conclusions, que les points qui ont trait directement aux tumeurs baso-cellulâires et laisserons de côté les considérations de physiologie et de pathologie générale par lesquelles M. Krompecher termine son ouvrage.
Les tumeurs baso-cellulaires sont des tumeurs épithéliales embryonnaires qui se caractérisent par l’aspect indifférencié de leurs cellules, par les types architecturaux qu’elles adoptent et les modifications concomitantes du tissu conjonclif. C'est la raison pour laquelle on les à si longtemps confondues avec des sarcomes, des endothéliomes, etc.
Elles se rencontrent le plus souvent dans la peau, les muqueuses à épithélium pavimenteux et dans les glandes qui s’ouvrent sur une surface à épithélium plat. D'une façon générale, elles sont fréquentes dans les dérivés normaux ou accidentels de l’ectoderme superficiel, mais elles existent
aussi par exemple dans les voies urinaires, la prostate, Po-
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