REC
l'hypertrophie et la dilatation du cœur entier, La coexistence dé ces lésions cardiaques valvulaires et de lésions rénales aboutit presque nécessairement à l’hypertrophie cardiaque, l'observation 514 citée à la fin de ce chapitre en est un exemple frappant.
3°) Les albuminuriques (observation du service Champetier, n° 247 de 98). Il s’agit de l'influence de lésions rénales plus ou moins étendues sur le ventricule gauche ; nous tombons alors dans la théorie bien connue de Potain, personne ne songerait à nier la réalité du processus établi par ce grand maître. Les albuminuriques, et surtout les éclamptiques, peuvent donc présenter de l’hypertrophie cardiaque. Chez cinq d’entreelles, M. Vinay a trouvé en moyenne 327 grammes, et Lôhlein 300 grammes. M. Vinay a de plus constaté dans ces circonstances que l’hypertension était accompagnée d’une légère dilatation, qui faisait du cœur une ébauche de celui de Traube. C'est ce que nous avons trouvé chez la femme dont l'observation porte le numéro 247, et dont lorifice tricuspide présentait une longueur de 0 m. 455 au lieu de 0 m. 105 ; le ventricule droit était d’ailleurs dilaté. C’est aussi dans ces cas que l’on rencontre le claquement diastolique aortique et l'hypertension artérielle. Nous n’entamerons pas ici la question de la dilatation cardiaque ; bien que très importante, elle nous ferait dépasser les limites que nous avons fixées à notre sujet. Bref, « l’albuminurie, comme le dit M. Vinay, a sur l'hypertrophie cardiaque une influence prédominante, et la grossesse ‘une influence secondaire ». Si l’hypertrophie était créée de toutes pièces par la grossesse, on la rencontrerait chez tous les cœurs et non pas seulement chez quelques-uns d’entre eux ; on la trouverait à plus forte raison, et à un degré plus intense, chez les grandes multipares. Ces faits, nous ne les avons jamais constatés,
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si ce n’est dans les cas d'infection, de lésions valvulaires ou de
néphrite.
CONCLUSION
De toute cette étude nous conclurons en disant que ni les causes théoriques invoquées, ni les signes fournis par lexamen du cœur chez la femme enceinte, ni les constatations cadavériques ne nous permettent d'admettre la théorie de Larcher, c’est-à-dire l'hypertrophie physiologique du ventricule gauche pendant la grossesse. Nous n'émetirons mème pas la restriction de M. Porak, pour qui « l’hypertrophie du cœur n’est pas constante pendant la grossesse ». Pour nous, la grossesse n’imprime aucune modification ni à la structure ni au fonctionnement du myocarde sain ; et, pendant le travail, la force latente du cœur, lorsque sa vitalité n’est pas atteinte, lui permet de lutter, sans pour cela shypertrophier, contre les contractions utérines, la stase circulatoire et les efforts de l'expulsion.
Nous dirons donc que l’hypertrophie du cœur n'existe pas pendant la grossesse, à moins qu’elle ne soit pathologique, c'est-àdire à moins qu'elle ne soit provoquée : par l'infection, par une lésion cardiaque qui n’est plus compensée, par des lésions rénales assez importantes pour créer de l'hypertension, par l'emphysème, par l'artério-sclérose, par une affection organique à retentissement sur le cœur. Dans toutes ces conditions particulières, comme le dit fort bien M. Vinay : « La grossesse intervient seulement
comme facteur éloigné et indirect ».
PR NE CS nn te PE US :
B. — De la grossesse considérée comme cause de lésions cardiaques.
La grossesse peut-elle par elle-même créer une cardiopathie ?
Larcher avait affirmé la constance de l’hypertrophie physiologique du ventricule gauche pendant le cours de la grossesse. D’autres auteurs, partisans de sa théorie, ont été plus loin, et ont prétendu que l'influence de la gestation sur l’organe central de la cireulation pouvait se traduire par des manifestations non plus physiologiques, mais pathologiques, en d’autres termes que cet organe pouvait alors présenter des lésions dontil ne fallait chercher la cause que dans la grossesse, Parmi les défenseurs de cette opinion, nous citerons surtout : De Lotz, Ollivier, Istria.
Ollivier, qui fut le réel promoteur de cette théorie, s’exprimait ainsi dans les Archives de médecine de 1873 : « Le cœur, ainsi que le corps thyroïde, peut subir, sous l’influence de l’état de grossesse, des modifications de différente nature. Ces modifications portent tantôt sur le muscle cardiaque lui-même, tantôt sur l’'endocarde et spécialement sur les valvules. »
Ni Ollivier, ni ses élèves n'ayant signalé un seul cas de péricardite d’origine gravidique, nous ne pouvons déjà nous défendre d’une certaine méfiance à l'égard de cette théorie. Ollivier luimême manifestait l’étonnement que lui causait l’absence de cas de péricardite, lorsqu'il disait « qu’on ne comprendrait pas pourquoi l’une des deux séreuses serait plutôt atteinte que l’autre ». En l’absence de lésions de l'enveloppe péricardique, on nous a signalé celles du myocarde et celles de l’endocarde.