CHAPITRE IV
Pronostic.
Les différentes questions que nous venons d'étudier nous ont : forcé d’empiéter un peu sur le domaine du pronostic ; aussi serons-nous brefs, et résumerons-nous seulement les éléments importants qui doivent servir à l'établir.
Persuadés que la grossesse aggrave toujours les cardiopathies, certains auteurs, suivant en cela l'exemple de Peter, ont défendu aux femmes cardiaques : le mariage, les grossesses, l'allaitement. Que faut-il penser de cette opinion dont le radicalisme n’admet aucune demi-mesure ? Nous ne lui opposerons que les nombreuses observations que nous possédons, documents indéniables, qui prouvent que les cardiopathies sont loin d'exercer toujours une influence néfaste sur la grossesse, sur la vie de la mère, sur celle du fœtus et sur allaitement. En effet, nous avons vu souvent des grossesses plus ou moins nombreuses ne compromettre à aucun moment ni la vie de la mère ni celle de l’enfant, ou bien causer seulement des accidents gravido-cardiaques peu intenses et non mortels. Souvent aussi les grossesses sont allées à terme et ont donné des enfants vivants dont la santé ne s’est nullement ressentie dans la suite de l'influence non prouvée qu’exercerait l'affection cardiaque de la mère sur la force organique du nouveau-né. Enfin, nous pouvons affirmer que l'allaitement n’est presque jamais entravé par le fait d’une cardiopathie, et n’aggrave pas non plus les lésions cardiaques de la mère. M. Cornil a
TL PES démontré que chez les cardiopathes enceintes, contrairement à ce que l’on observe normalement, le lobule hépatique présente à son centre une congestion marquée des vaisseaux et de la dégénérescence graisseuse à sa périphérie. Donc le foie se modifie profondément pour la lactation, et la lésion du foie cardiaque disparait. Nous possédons d'autre part, l'observation d’une cardiopathe qui a eu 11 grossesses et n’a présenté aucun accident gravido-cardiaque ; elle a nourri tous ses enfants avec son lait pendant 16 à 18 mois ; or sa santé et celle de ses enfants ne s’en sont en rien ressenties (voir l'observation 1839 de 1895, déjà citée). En réalité, les femmes atteintes de maladies de cœur peuvent et doivent toujours nourrir si pendant leur grossesse elles n’ont pas eu d'accidents, ou si mème elles ont présenté des troubles cardiaques peu intenses;elles ne le doivent pas si des accidents graves se sont montrés pendant le travail ou après l’accouchement,
Bref, notre conclusion ne peut être aussi absolue que celle de Peter. Nous dirons que les cas sont très variables et comportent individuellement un pronostic différent.
Le pronostic en général ne doit, en premier lieu, se baser ni sur le degré ni sur le siège des lésions.
En effet, les lésions graves ne seront quelquefois pas accompagnées d'accidents, tandis qu’une affection minime en présentera. Le siège n’a pas non plus d'importance, quoi qu’en pensent G. Sée et Spiegelberg.
Sans nier que les lésions complexes soient plus graves que les autres, nous dirons avee MM. Jaccoud ct Vinay que le pronostic n'est guère plus sombre pour une lésion mitrale que pour une affection aortique ; les troubles possibles sont seulement différents, et c’est surtout la fréquence des maladies mitrales qui a fait croire à leur plus grande gravité.