‹ Careme (volume 2)Chapitre 26 sur 81 · LA FETE DE PAQUES · texte numérisé non relu

LA FETE DE PAQUES

Tradîtus est propter delicta nostra , et resurrexit propler justificationem noslram.

// a été livré pour nos péchés , et il est ressuscité pour notre justification. Aux Romains, ch. 4-

Sire ,

C'EST sur ce témoignage de saint Paul que s'est fondé saint Bernard quand il a dit que la résurrection du Fils de Dieu , qui est proprement le mystère de sa gloire , avoit été au même temps la consommation de sa charité envers les hommes. Il n'en faut point d'autre preuve que les paroles de mon texte, puisqu'elles nous font connoître que c'est pour notre intérêt , pour notre salut, pour notre justification , que ce Sauveur adorable est entré en possession de sa vie glorieuse , et qu'il est ressuscité : Et resurrexit "propter justificationem nosti^arn* A en juger selon nos vues ,

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on croiroit d'abord que les choses dévoient être au moins partagées, et que Jésus -Christ ayant achevé sur la croix Touvraye de noire rédemption , il ne dcvoit plus penser qu'à sa propre jjrandeur 5 c'est-à-dire qu'étant mort pour nous , il devoit ne ressusciter que pour lui-même. Mais non, chrétiens , son amour pour nous n'a pu consentir à ce partage. C'est un Dieu, dit saint Bernard , mais un Dieu Sauveur , qui veut nous appartenir entièrement, et dont la gloire et la béatitude ont dà par conséquent se rapporter à nous , aussi-bien que ses humiliations et ses souffrances : Totus in usus nostros expensus. Tandis que ses humiliations nous ont été utiles et nécessaires 5 il s'est humilié et anéanti ; tandis que pour nous racheter il a fallu qu'il souffrît , il s'est livré aux tourmenset à la mort. Du moment que l'ordre de Dieu exige que son humanité soit glorifiée 5 il veut que nous profitions de sa gloire même; car s'il ressuscite , poursuit le même saint Bernard , c'est pour établir notre foi , pour affermir notre espérance , pour ranimer notre charité ; c'est pour ressusciter lui-même en nous, et pour nous rendre capables de ressusciter spirituellement avec lui : en un mot, comme il est mort pour nos péchés , il ressuscite pour notre sanctification : Et resui^rexit pr opter justificationem nostram. Voilà le mystère que nous célébrons , et dont l'Eglise universelle fait aujourd'hui le sujet de sa joie : mystère auguste et vénérable , sur lequel roule non- seulement toute la religion chré-

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tienne , parce quil est le fondement de notre foi , mais toute la piété chrétienne , parce qu'il doit être la règle de nos mœurs. C'est ce que j'entreprends de vous montrer , après que nous aurons imploré le secours de la Mère de Dieu , et que nous l'aurons félicitée de la résurrection de son Fils. Regina cœli.

Pour entrer d'abord dans mon sujet , je présuppose ici 5 chrétiens, ce que la foi nous enseigne , et ce que nous devons regarder comme un point essentiel de notre religion : savoir , que Jésus-Christ en mourant nous a parfaitement justifiés 5 et que , pour nous remettre en grâce avec Dieu 5 rien n'a manqué au mérite de sa mort. Mais 5 outre ce mérite , il nous falloit , dit sain t Chrysostôme , un exemplaire et un modèle sur qui nous pussions nous former et que nous eussions sans cesse devant les yeux pour travailler nous-mêmes à Taccomplissement de ce grand ouvrage de notre justification , ou, si vous voulez , de notre conversion , à laquelle selon l'ordre de Dieu 5 nous devons coopérer ; et c'est à quoi le Sauveur du monde a divinement pourvu par sa résurrection glorieuse.

Vous le savez , chrétiens , et vous ne pouvez l'ignorer , puisque c'est un article de la foi même que vous professez : le péché du premier homme fut une présomption téméraire qui le porta jusqu'à s'élever au-dessus de lui-même, jusqu'à vouloir se mesurer avec Dieu , être éclairé com-

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me Dieu, ressembler à Dieu : Eritis siciit dii (i). Mais vous savez aussi la sage conduite que Dieu a tenue à l'égard de l'homme , lorsque , par un secret bien surprenant de sa providence , il lui a ordonné pour remède ce qui sembloit avoir été la cause de son mal , et qu'il Ta obligé à se sanctifier par ce qui Tavoit rendu criminel ; je veux dire, lorsque ce Dieu de gloire , s'incarnant et s^humanisant , s'est mis lui-même dans des états où non-seulement il est permis à l'homme de vouloir ressembler à son Dieu, mais où son plus grand désordre est de ne le vouloir pas , et en effet de ne lui ressembler pas. Or quel état surtout l'Ecriture nous marque-t-elle où le Fils de Dieu ait prétendu que nous dussions lui être semblables , et où ce ne fût plus un crime , mais un mérite et un devoir de nous conformer à lui? l'état de sa résurrection.

Car c'est pour cela , dit expressément le grand Apôtre , qu'il est ressuscité d'entre les morts, afin que 5 sanctifiés par son exemple , nous prenions une nouvelle vie : Ut quomodo Christus surrexit à mortuis , ita et nos in novitate vitœ ambulemus (2). Au reste , mes frères , ajoute saint Cbrysostôme , ces paroles ne sont pas une simple instruction de PApôtre , mais un oracle du Saint - Esprit , qui nous révèle et qui nous fait comprendre le dessein de Dieu : d'où il s'ensuit que non-seulement la résurrection du Sauveur a eu d'elle-même toutes les qualités requises pour

(i) Gènes. 3. — (2) Rom. 6.

nous servir de modèle dans notre conversion , mais que Dieu a prétendu nous la proposer comme un modèle , et que c'est particulièrement dans cette vue qu'il a voulu que Jésus -Christ ressuscitât : Ut quomodo Christus surrexit , ita et nos ambulemus. Ce qui faisoit dire à Tertullien que les pécheurs convertis et réconciliés par la grâce sont des abrégés et comme des copies de la résurrection de Jésus-Christ : appendices resurrectionis. Car c'e^t ainsi qu'il les appeloit : pourquoi? parce que tout pécheur qui se convertit et qui change de vie doit exprimer en soi-même par ime parfaite imitation les caractères et les traits qui conviennent à l'humilité de Jésus-Christ dans l'état de sa résurrection. Voici donc quels ont été ces caractères ; et par la comparaison que nous en allons faire , reconnoissons aujourd'hui ce que nous devons être devant Dieu. Surrexit Dominus verè ^ et appariât Simoni (i) ; le Seigneur est vraiment ressuscité , disoient deux disciples du Sauveur parlant de leur maître , et il s'est fait voir à Pierre. Voilà les deux règles que nous devons suivre , et en quoi consiste cette conformité qu'il doit y avoir entre Jésus-Christ et nous. Il est vraiment ressuscité , pour nous donner l'idée d'une conversion véritable ; et il a paru ressuscité , pour nous donner l'idée d'une conversion exemplaire. Il est vraiment ressuscité , afin que nous nous convertissions véritablement et solidement ; c'est la première partie : et il a paru res-

(i) Luc. 24.

3 II Fl'.TE DE PAQUES.

suscite , afin que ^ si nous sommes convertis , nous le paroissions, pour la gloire de notre Dieu, librement et généreusement ; c'est la seconde partie. L'Un sans Tautre , dit saint Augustin, est défectueux : car paroître converti et ne l'être pas, c'est imposture et hypocrisie ; et ne le paroître pas , ou plutôt craindre de le paroître , c'est foiblesse et respect humain. Il faut donc l'être et le paroître : Surrexit et apparaît. L'être en esprit et en vérité , par une conversion de mœurs qui se soutienne devant Dieu , Surrexit verè. Le paroître avec une sainte liberté , en sorte que cette conversion soit encore , selon TEvangile , comme une lumière qui luise devant les hommes, Et apparaît Sîmonî. Serai-je assez heureux , Chrétiens , pour vous bien persuader ces deux importantes obligations ? elles feront tout le par* tage de ce discours : commençons.

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