FÊTE DE PAQUE.S
honoriez la grftcc même de votre conversion ? Car , savez-voiis , chrétiens , quel sentiment la grâce de la pcnitcncc vous doit inspirer? savez-vous ce que vous devez être dans le monde en conséquence de cette grAce, si vous y avez répondu? Je dis que vous devez être dans le monde ce que furent les apôtres et les premiers disciples après la résurrection du Fils de Dieu. L'Ecriture nous apprend que leur principal , ou plutôt leur unique emploi, fut de lui servir de témoins dans la Judée , dans la Samarie, et jusques aux extrémités de la terre : Eritis mihi testes in Jérusalem et in omni Judœâ et Samariâ (i). Ainsi , mes frères , devez-vous être persuadés qu^en qualité de pécheurs convertis et reconciliés avec Dieu par la grâce de son sacrement. Dieu attend de vous un témoignage particulier, un témoignage que vous lui pouvez rendre , un témoignage qui lui doit être glorieux. Comme s'il vous disoit aujourd'hui : Oui, c'est vous que je choisis pour être mes témoins irréprochables , non plus dans la Samarie ni dans la Judée , mais dans un lieu où il m'est encore plus important d'avoir des disciples qui soutiennent ma gloire ; mais à la cour , où ce témoignage que je vous demande m'est beaucoup plus avantageux : Eritis mihi testes. Vous, hommes du monde , qui vous êtes livrés aux passions charnelles , mais en qui j^ai créé un cœur nouveau , vous à qui j'ai fait sentir les impressions de ma grâce , vous que j'ai tirés de l'abîme du péché ,
ccst VOUS qui me servirez de témoins; et où? au milieu du monde, et du plus grand monde : car c'est là surtout qu'il me faut des témoins fidèles : Eritis mihi testes. Il est vrai 5 vous avez jusques à présent vécu dans le désordre; mais bien loin que les désordres de votre vie affoiblissent votre témoignage , c'est ce qui le fortifiera et ce qui le rendra plus convaincant : car en vous comparant avec vous-mêmes, et voyant des désordres si publics suivis d'une conversion si édifiante, le monde , tout impie qu'il est , n'en pourra conclure autre chose , sinon que ce changement est Fouvrage de la grâce, et un miracle de la maiu toute-puissante du Très-Haut : Eritis mihi testes. Et en effet , chrétiens , si vous aviez toujours vécu dans l'ordre , quelque gloire que Dieu en tirât d'ailleurs, il n'en tireroitpas le témoignage dont je parle. Tousseriez moins coupables devant lui; mais aussi seriez-vous moins propres à faire connoître l'efficace de sa grâce. Pour lui servir à la cour de témoins, il falloit des pécheurs comme vous ; et c'est ainsi qu'il vous fait trouver dans votre péché même de quoi l'honorer.
Obligation de paroi ti^e converti, fondée sur l'intérêt du prochain, que vous avez scandalisé; car , comme disoit saint Jérôme , je me dois à moi-même la pureté de mes mœurs, mais je dois aux autres la pureté de ma réputation : Mihi debeo ineam vitam^ aiiis debeo meam faniaw. Or ce sentiment convient encore plus à un pécheur qui se convertit : Je me dois à moi-même
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ma conversion, mais je dois aux autres les apparences et les marques de ma conversion : et pourquoi les apparences? pour réparer par un remède proportionné les scandales de ma vie; car ce qui a scandalisé mon frère, peut-il ajouter, ce n'est point précisément mon péché, mais ce qui a paru de mon péché. Je ne fais donc rien si je n'oppose à ces apparences criminelles de saintes apparences ; et je me flatte si je me contente de détester intérieurement le péché , et que je n'en retranche pas les dehors. Il faut, mon cher auditeur, que ce prochain pour qui vous avez été un sujet de chute, profite de votre retour, et qu'il soit absolument détrompé des idées qu'il avoit de vous; il faut qu'il s'aperçoive que vous n'êtes plus cet homme dont les exemples lui étoient si pernicieux; que vous n'entretenez plus ce commerce , que vous ne fréquentez plus cette maison , que vous ne voyez plus cette personne , que vous n'assistez plus à ces spectacles profanes , que vous ne tenez plus ces discours lascifs, en un mot que ce n'est plus vous : car d'espérer, tandis qu'il vous verra dans les mêmes sociétés , dans les mêmes engagcmens, dans les mêmes habitudes, qu^il vous croie , sur votre parole , un homme changé et converti , ce seroit à lui simplicité de le penser, et c'est à vous une présomption de le prétendre. Ne sortons point de notre mystère : la résurrection du Fils de Dieu , que nous avons devant les yeux , sera pour vous et pour moi une preuve sensible de ce que je dis.
Pourquoi
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il paru ou plutôt à qui a-t-il paru ressuscité? ceci mérite votre attentiou. II a paru ressuscité, dit saint Augustin, aux uns pour les consoler dans leur tristesse, aux autres pour les ramener de leurs égaremens ; à ceux-là pour vaincre leur incrédulité , à ceuxci pour leur reprocher rendurcissement de leur cœur. Magdeleine et les autres femmes qui Tavoient suivi , pleurent auprès du sépulcre , pénétrées de la vive douleur que leur cause le souvenir et l'image encore toute récente de sa mort : il leur apparoît , dit Tévangéliste , pour les remplir d'une sainte joie , et pour faire cesser leurs larmes. Les disciples foibles et lâches l'ont abandonné et ont pris la fuite , le voyant entre les mains de ses ennemis ; il leur apparoît pour les rassembler comme des brebis dispersées, et pour les faire rentrer dans le troupeau. Saint Thomas persiste à être incrédule et à ne vouloir pas se rendre au témoignage de ceux qui l'ont vu : il lui apparoît pour le convaincre et pour ranimer sa foi presque éteinte. Les autres , quoique persuadés de la vérité , sont encore froids et indifférens : îl leur apparoît pour leur reprocher leur indifférence, et pour réveiller leur zèle. Encore une fois , modèle divin sur quoi nous devons nous former ; car c'est ainsi que nous devons paroître convertis pour la consolation des justes, pour la conversion des pécheurs, pour la convictiondes libertins. Reprenons.
Pour la consolation des justes. Car , dans Tétat de votre péché, mon cher auditeur, vous étiez
BouRu. Carcnu. 1H. 90
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mort; et combien d'amcs saintes pleuroicnt sur vous ! quelle douleur la charité qui les pressoit ne leur faisoit-elle pas sentir à la vue de vos désordres ! avec quel serrement , ou , si vous voulez, avec quel épanchementde cœur n'en ont-elles pas gémi devant Dieu ! par combien de pénitences secrètes n^ont-elles pas tâché de les expier ! et depuis combien de temps ne peut-on pas dire qu elles étoient dans la peine , demandant grâce à Dieu pour vous et soupirant après votre conversion ! Dieu enfin les a exaucées, et, selon leurs vœux 5 vous voila spirituellement ressuscité ; mais on vous dit que Pétant , elles ont droit d'exiger que vous leur paroissiez tel , afin qu'elles s'en réjouissent sur la terre comme les anges bienheureux en triomphent dans le Ciel ; que c'est une justice que vous leur devez ; que , comme votre péché les a désolées , il faut que votre retour à Dieu les console. Cela seul ne doit-il pas vous engager à leur en donner des preuves, mais des preuves assurées , qui d'une part les comblent de joie , et qui de l'autre mettent comme le sceau à l'œuvre de votre salut? Pour la conversion des pécheurs. ' Il y a de vos frères dans le monde qui se perdent , et qui 5 sortis des voies de Dieu , vivent au gré de leurs passions et ne suivent plus d'autre voie que celle de l'iniquité. Il est question de les sauver, en les ramenant d'une manière douce, mais efficace , au vrai pasteur de leurs âmes , qui est Jésus-Christ ; et c'est vous , vous dis-je , pécheur converti y qui devez servir a ce dessein. Pourquoi
VOUS ? Je le répète , parce qu'après vos égareniens , vous avez pour y réussir un don particulier que n'ont pas les justes qui se sont toujours maintenus justes. Aussi , remarque Origène , saint Pierre ful-il singulièrement choisi pour ramener au Fils de Dieu les disciples que la tentation avoit dissipés : Et tu aliqicando conversus , confij^ma fratres tuos (i). Et vous , Pierre, lui dit le Sauveur du monde , ayez soin d*affermir vos frères quand vous serez une fois converti vousmême. Il ne donna pas cette commission à saint Jean , qui s'étoit tenu inséparablement attaché à sa personne, ni à Marie, qui Pavoit accompagné jusqu'à la croix , mais à saint Pierre , qui l'avoit renoncé. Pourquoi cela? adorable conduite de la 2)rovidence ! parce qu'il falloit , dit Origène , un disciple pécheur pour attirer d'autres pécheurs , et parce que le plus grand pécheur de tous étoit le plus propre à les attirer tous. Ah ! chrétiens , combien de conversions votre exemple seul ne produiroit-il pas , si vous vous regardiez , comme saint Pierre , chargés de l'honorable emploi de gagner vos frères à Dieu ! Et tu aliquando conversus , confirma fratres tuos. Cet exemple , épuré de toute ostentation , et soutenu d'un zèle également humble et prudent, quel succès merveilleux n'auroit-il pas , et que pourroient faire en comparaison tous les prédicateurs de l'Evangile ? Ouel attrait surtout ne seroit-ce pas pour certains pécheurs , découragés et tentés de désespoir ,
(l) Luc. 22.
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lorsqu'ils se diroicnt h eux-mcmcs : Voila cet homme que nous avons vu dans les mêmes débauches que nous ; le voila converti et soumis h Dieu ! Y auroit-il un cliarnie plus puissant pour les convertir eux-mêmes? et quand il ne s'agit pour cela que de paroître ce que vous êtes , ne craignezvous point 5 en y manquant , d'encourir la malédiction dont Dieu , par son prophète , vous a menacés ? Sanguinem autem ejus de manu tua requirani (i).
Pour la conviction des libertins et des esprits incrédules. L'apôtre saint Thomas , devenu fidèle , eut une grâce spéciale pour répandre le don de la foi ; et sll n'eût jamais été incrédule , c'est la réflexion de saint Grégoire pape , sa prédication en eût été moins touchante. Mais la merveille étoit de voir un homme non-seulement croire ce qu'il avoit opiniâtrement combattu , mais Taller publier jusque devant les tribunaux , et ne pas craindre de mourir pour en confirmer la vérité. Voilà ce qui persuadoit le monde. Son incrédulité toute seule , dit saint Chrysostôme ^ nous auroit perdus , sa foi toute seule ne nous auroit pas suffi ; mais son infidélité suivie de sa foi 5 ou plutôt sa foi précédée de son infidélité, c'est ce qui nous a faits ce que nous sommes. J'en dis de mêmême, chrétiens , en vous appliquant cette pensée : Si vous 5 à qui je parle , ne vous étiez jamais égarés , peut-être le monde auroit-il du respect pour vous ; mais à peine le monde , dans le li-
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bertînage de créance où il est aujourd'hui plou^^é, tireroit-il de vous une certaine conviction dont il a particulièrement besoin. Ce qui touche les impies 5 c'est d'entendre un impie comme eux , surtout un impie sage d'ailleurs selon le monde , sans autre intérêt que celui de la vérité qu'il a connue 5 dire : Je suis persuadé , je ne puis plus résister à la grâce qui me presse , je veux vivre en chrétien et je m'y engage. Car cette déclaration est un argument sensible qui ferme la bouche à l'impiété , et dont les âmes les plus libertines ne peuvent se défendre.
Enfin, obligation de paroître converti, fondée sur notre intérêt propre. Car cette prudence charnelle qui nous fait trouver tant de prétextes pour ne nous pas déclarer , n^est qu'un artifice grossier dont se sert l'ennemi de notre salut pour nous tenir toujours dans ses liens , au moment même que nous nous flattons d'être rentrés dans la liberté des enfans de Dieu. En effet, on ne veut pas quil paroisse à l'extérieur qu'on ait changé de conduite : pourquoi ? parce qu'on sent bien que sî ce changement venoit une fois à éclater, on seroit obligé de le soutenir , qu'on ne pourroit plus s'en dédire , et que l'honneur même venant au secours du devoir et de la religion , on se feroit de la plus difficile vertu , qui est la persévérance, non pas un simple engagement, mais comme une absolue nécessité. Or, en quelque bonne disposition que l'on se trouve , on veut néanmoins se réserver le pouvoir de faire dans ta suitQ