‹ Careme (volume 2)Chapitre 31 sur 81 · FÊTE DE PAQUES · texte numérisé non relu

FÊTE DE PAQUES

ce que Ton voudra. Qiioiqirori renonce actuellement h son pèche , on ne veut pas se lier , ni s'interdire pour jamais l'espérance du retour. Cette nécessité de persévérer paroît affreuse , et Von en craint les conséquences : c'est-à-dire , on ne veut pas être inconstant , mais on veut, s'il étoit Besoin , le poumr être ; et parce qu'en donnant des marques de conversion , on ne le pourroit plus , ou qu'on ne le pourroit qu'aux dépens d'une certaine réputation dont on est jaloux , on aime mieux dissimuler , et courir ainsi les risques de son inconstance , que de s'assurer de soi-même en s'ôtant une pernicieuse liberté. Car voilà, mes chers auditeurs , les illusions du cœur de l'homme. Mais je raisonne tout autrement , et je dis que nous devons regarder comme un avantage de paroître convertis , puisque de notre propre aveu , le paroître et l'avoir paru est une raison qui nous engage indîspensablement à l'être , et à rêtre toujours. Je dis que nous devons compter pour une grâce d'avoir trouvé par là le moyen de fixer nos légèretés, en faisant même servir les lois du monde à l'établissement solide et invariable de notre conversion. Mais si je retombe , par une malheureuse fragilité , dans mes premiers désordres , ma conversion , au lieu d'édifier , deviendra la matière d'un nouveau scandale. Abus, chrétiens : c'est à quoi la grâce de Jésus-Christ nous défend de penser, sinon autant que cette pensée nous peut être salutaire pour nous donner des forces et pour nous animer. Je dois craindre mes foibles-

SCS et prévoir le danger , mais je ne dois pas porter trop loin celte prévoyance et cette crainte ; elle me doit rendre vigilant^ mais elle ne me doit pas rendre pusillanime ; elle doit m'éloigner des occasions par une sainte défiance de moi-même^ mais elle ne doit pas m'ôter la confiance en Dieu jusqu'à m'empêcher de faire des démarches pour mon salut , sans lesquelles la résolution que j'ai prise d'y travailler sera toujours chancelante. Si je me déclare , on jugera de moi , on en parlera : hé bien , ce sera un secours contre la pente naturelle que j'aurois à me démentir 5 de considérer que j'aurai à soutenir les jugemens et la censure du monde» On m'accusera de simplicité , de vanité 5 d'hypocrisie, d'intérêt: je tâcherai de détruire tous ces soupçons ; celui de la simplicité, par ma prudence ; celui de l'orgueil , par mon humilité ; celui de Thypocrisie , par la sincérité de ma pénitence ; celui de lintérêt , par un détachement parfait de toutes choses. Du reste , disoit saint Augustin , le monde parlera selon ses maximes , et moi je vivrai selon les miennes : si le monde est juste , s'il est chrétien , il approuvera mon changement , et il en profitera ; s'il ne Test pas , je dois le mépriser lui-même et Pavoir en horreur.

Quoi qu'il en soit , être et paroître converti , être et paroître fidèle , être et paroître ce qu'on doit être , voilà y mes chers auditeurs , la grande morale que nous prêche Jésus-Christ ressuscité. Heureux 5 si je vous laisse ^ en finissant ce

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discours , non-seulement instruits , mais persuadés et touchés de ces deux importantes obligations. Après cela , quelque indigne que je sois de mon ministère, peut-être pourrai-je dire, aussibien que saint Paul, quand il quitta les chrétiens d'Ephèse et qu'il se sépara d'eux , que je suis pur devant Dieu et innocent de la perte des âmes , si parmi ceux qui m'ont écouté il y en avoît encore qui dussent périr : Quapropter contestor vos 5 quia miindus sum à sanguine omnium (i)« Et pourquoi? parce que vous savez, ô mon Dieu , que je ne leur ai point caché vos vérités; mais que j'ai pris soin de les leur représenter avec toute la liberté , quoique respectueuse , dont doit user un ministre de votre parole. Quand vous envoyiez autrefois vos prophètes pour prêcher dans les cours des rois, vous vouliez qu'ils y parussent comme des colonnes de fer et comme des murs d'airain , c'est-à-dire comme des ministres désintéressés, généreux et intrépides : Ego quippe dedi te hodie in columnamferream , et in murum œneum , regibus Juda (2). Mais j'ose dire , Seigneur, que je n*aipas même eu besoin de ce caractère d'intrépidité pour annoncer ici votre Évangile , parce que j'ai eu l'avantage de l'annoncer à un roi chrétien ; à un roi qui honore sa religion , qui l'honore dans le cœur, et qui fait au dehors une profession ouverte de l'honorer ; en un mot , à un roî qui aime la vérité. Vous défendiez à Jérémie de trembler en présence des rois de Juda , Ne for-

(ij Act. 20.. — (2) Jerem. i^

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mides à facie eorum (i) ; et moi , j'aurois plutôt à me consoler de ce que la présence du plus grand des rois , bien loin de m'inspirer de la crainte , a augmenté ma confiance ; bien loin d'affoiblîr mon ministère , Ta fortifié et autorisé. Car la vérité , que j'ai prêchée à la cour , n'a jamais trouvé dans le cœur de ce monarque qu'une soumission édifiante et qu'une puissante protection.

Voilà , Sire , ce qui m'a soutenu ; maïs voilà ce qui élève votre majesté , et ce qui doit être pour elle un fonds de mérite que rien ne détruira jamais : l'amour et le zèle qu'elle a pour la vérité. L'Ecriture nous apprend que ce qui sauve les rois, ce n'est ni la force , ni la puissance , ni le nombre des conquêtes , ni la conduite des affaires , ni l'art de commander et de régner, ni tant d'autres vertus royales qui font les héros et que les hommes canonisent : Non salvatur rex per mul-tam virtutem (2). Il a donc été de la sagesse de votre majesté et de la grandeur de son ame , de n'en pas demeurer là , mais de se proposer quelque chose encore de plus solide. Ce qui sauve les rois , c'est la vérité ; et votre majesté la cherche 5 et elle se plaît à l'écouter , et elle aime ceux qui la lui font connoître , et elle n'auroit que du mépris pour quiconque la lui déguiseroit ; et , bien loin de lui résister , elle se fait une gloire d'en être vaincue : car rien , dit saint Augustin, n'est plus glorieux que de se laisser vaincre par

(i) Jerem. i. — (2) Psalin. 3r.

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la vérité. C'est , Sire , ce que j'appelle la grandeur de votre ame , et tout ensemble votre salut. Nous estimons nos princes heureux , ajoutoit le même saint Augustin , si , pouvant tout , ils ne veulent que ce qu'ils doivent : si , élevés par leur dignité au-dessus de tous , ils se tiennent par leur bonté redevables à tous ; s'ils ne se considèrent sur la terre que comme les ministres du Seigneur ; si, dans les honneurs qu'on leur rend, ils n'oublient point qu'ils sont hommes ; s'ils mettent leur grandeur à faire du bien ; s'ils font consister leur pouvoir à corriger le vice ; s'ils sont maîtres de leurs passions aussi-bien que de leurs actions ; si , lorsqu'il leur est aisé de se venger , ils sont toujours portés à pardonner; s'ils établissent leur religion pour règle de leur politique ; si , se dépouillant de la majesté , ils offrent tous les jours à Dieu dans la prière le sacrifice de leur humilité. Portrait admirable d'un roi vraiment chrétien , et que je ne crains pas d'exposer aux yeux de votre majesté , puisqu'il ne lui représente que ses propres sentimens et que ce qui doit être le sujet de sa consolation. C'est vous , ô mon Dieu, qui donnez à votre peuple des hommes de ce caractère pour le gouverner , vous qui tenez dans vos mains les cœurs des rois , vous qui présidez à leur salut , et qui vous glorifiez dans l'Ecriture d'en être spécialement l'auteur : Qui das salutem i^egibus (i). Montrez , Seigneur, montrez que vous êtes en effet le Dieu du saliil

(i) Psalra. 143.

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des rois , en répandant sur notre invincible monarque l'abondance de vos bénédictions et de vos grâces , mais particulièrement la grâce des grâces , qui est celle du salut éternel. Quand nous vous prions pour la conservation de sa personne sacrée , pour la prospérité de ses armes ^ pour le succès et la gloire de ses entreprises , quoique ces prières soient justes et d'un devoir indispensable 5 elles ne laissent pas d'être en quelque sorte intéressées; car nos fortunes , nos vies étant attachées à la personne de ce grand roi , notre gloire étant la sienne , et ses prospérités les nôtres 5 nous ne pouvons sur cela nous intéresser pour lui sans faire autant de retours vers nous. Mais quand nous vous conjurons de verser sur lui ces grâces particulières qui font le salut des rois 5 c'est pour lui que nous vous prions , puisqu'il n'y a rien pour lui ni pour tous les rois du monde de personnel et d'essentiel que le salut. Tel est 5 Sire , le sentiment que Dieu inspire au dernier de vos sujets pour votre auguste personne ; tel est le souhait que je forme tous les jours 5 et le souhait le plus sincère et le plus ardent. Dieu Pécoutera ; et après vous avoir fait régner avec tant d'éclat sur la terre , il vous fera régner encore avec plus de bonheur et plus de gloire dans le Ciel , ou nous conduise ^ etc.

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SERMON

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Et appropînquavernnt castello qnô ibant , et Ipse se finxit longiiis ire. Et coegerunt illum , dicentes: Mane nobiscum.

Lorsqu'ils furent proche du hourg où ils alloient^ il feignit de vouloir aller plus loin. Et ils le pressèrent de demeurer avec eux , en lui disant : Demeures avec nous. Saint Luc. , chap. 24.

V 01CI5 chrétiens, un grand mystère que TEvangUe nous propose , et qui renferme pour nous une importante vérité. Deux disciples marchent avec le Fils de Dieu , déguisé sous la forme d'an voyageur ; et lorsqu'il semble vouloir se séparer d'eus, ils l'invitent à demeurer, et lui font même une espèce de violence pour le retenir : Et coegerunt illum^ dicentes : Mane nobiscum. Figure bien naturelle d'une ame chrétienne qui Ta reçu, ce Sauveur des hommes^ dans la communion pascale. Elle ne

se contente pas qu'il soit venu chez elle, ou plutôt dans elle , caché sous le voile et sous les espèces de son sacrement; elle l'engage encore à demeurer avec elle, et ^ par mille vœux redoublés, par de ferventes et d'instantes prières , par une sainle importunité , mais qu'elle sait lui devoit être agréable , elle le presse , elle le conjure , et lui dit intérieurement : Ah! Seigneur, ne vous retirez pas de moi ; car si je viens à vous perdre , je perds tout , puisqu'en vous perdant je perds mon unique et mon souverain bien : Mane nobiscum. Cependant , mes frères , s'il nous est si important que Jésus -Christ demeure dans nous et avec nous , il ne nous est ni moins important ni moins nécessaire de demeurer en lui et avec lui ; et voilà ce qui s'accompHt , selon sa parole mêmCj dans ce sacrement adorable où il s'est donné à nous et où nous avons dû nous donner à lui : Qui manducat rneam carnem^ et bibit rneum sanguinem , iii me manet^ et ego in eo (i). Il faut qu'il demeure en nous par la grâce , et il faut que nous demeurions en lui par notre persévérance dans la grâce ; il faut qu'il demeure en nous pour nous aider de son secours , et il faut que nous demeurions en lui pour lui marquer notre fidélité : il le faut , mes chers auditeurs ; et de sa part il n'y a rien à craindre , parce qu'il ne nous abandonne jamais le premier ; au lieu que tout est à craindre de la nôtre , parce que nous sommes l'inconstance même. Heureux si je pouvois aujour-

(t) Jo n. 6.

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criiiii VOUS forlKicT , vous aiïcrmir , et par là von» préserver de ces recliules si ordinaires dans le clirislianisme et si funestes. C'est ce que j'entreprends dans ce discours , où je vais vous parler de la persévérance clirélienne , après que nous aurons salué Marie. Ave , Maria.

C'est par sa passion et par sa mort que Jésus- Christ a vaincu le péché : mais j'ose dire que cette victoire seroit imparfaite s'il ne triomphoit encore de notre inconstance. Or, c'est ce qu'il fait par sa résurrection glorieuse , et c'est une des grâces particulières qui y sont attachées. Jésus-Christ est ressuscité comme il l'avoit dit. Surrexit sicut dixit (i) ; mais la question est de savoir s'il est ressuscité dans nous. Car, comme saint Paul nous apprend que Jésus - Christ doit ctrc formé dans nous par la prédication de l'Evangile, Donec formetur Christus in vobis (2); comme il nous enseigne que Jésus-Christ est tout de nouveau crucifié dans nous par le péché , Rursùm crucifigentes^ sibimetipsis Filium Dei (3) ; aussi est - ce une suite nécessaire de la doctrine de ce grand Apôtre , que Jésus-Christ doit ressusciter en nous par la grâce de la pénitence. Or, de toutes les marques à quoi nous devons reconnoître, s'il est ainsi ressuscité , la plus évidente et la moins sujette aux illusions est la disposition où nous sommes de persévérer et d'accomplir fidèlement ce que nous avons promis à Dieu en

(0 Mallh. 28. — {1) Galal. 4. — {^) Hebr. 6.

nous converlisssant à lui. Pour vous porter , mes chers auditeurs , à cette sainte persévérance , je fais deux propositions qui vont partager ce discours. Je dis que le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne ; ce sera la première partie : j'ajoute que la persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus-Christ ressuscité ; ce sera la seconde. Résurrection du Sauveur , principe de la persévérance chrétienne ; persévérance chrétienne 5 gage assuré de notre résurrection bienheureuse : voilà ce qui demande toute votre attcution.

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