‹ Careme (volume 2)Chapitre 40 sur 81 · LE JEUDI DE LA CINQUIEME SEMAINE · texte numérisé non relu

LE JEUDI DE LA CINQUIEME SEMAINE

Si JET. C^est pourquoi je vous déclare que beaucoup de péchés lui sont remis , parce qu'elle a ijeaucoup aimé.

Le désordre de Magdeleine fut d'avoir beaucoup aimé , et la sainteté de Magdeleine consista à aimer beaucoup. Dans un moment Famour chaste du Créa« teur la sanctifia en la guérissant de l'amour impur des créatures. Miracle de l'amour de Dieu , dont je prétends faire le sujet de ce discours. Miracle que Dieu par une providence singulière a rendu public ^ afin que les pécheurs eussent dans cet exemple un puissant motif de confiance et un parfait modèle de pénitence. Magdeleine est la seule qui paroisse dans l'Évangile s'être adressée à Jésus-Christ pour lui demander la guérison de son ame et sa conversion. Voyons par où elle y parvint. Ce sera pour nous une leçon sensible et louchante. P. 1 15 — 1 17.

4{o TARLK KT ANALYSE

Division. Lc^ prcliés de Magdolcine lui furent-ils lemis parce qu'elle aima beaucoup, ou ainia-t-ellc ^)eaucoup parce (|uc ses péchés lui avoientété remis? L'un et Taulre est vrai , et exprimé dans l'évangile de ce jour. En deux mois : ses péchés lui furent remis , parce (prelle aima beaucoup d'un amour péiiilcnt , première partie. Elle aima beaucoup d'un amour rcconnoissant , parce que ses péchés lui avoientété remis, deuxième partie. P. 117 — 119.

Première partie. Les péchés de Magdeleine lui furent remis , parce qu'elle aima beaucoup d'un amour pénitent. Il ne s'ensuit pas de là que Jésus-Christ ait été prodigue de sa grâce , car je prétends que ce seul amiour de Magdeleine fui la plus parfaite salisfaction que Jésus-Christ pût attendre de cette illustre pénitente. Je distingvie dans Magdeleine quatre choses que l'évangéliste nous fait remarquer : son péché, la source de son péché , la matière de son péché , et le scandale de son péché. Or l'amour qu'elle conçut pour Jésus-Christ , cet amour pénitent , 1 .*' expia son péché, 2.** purifia la source de son péché, 5.^ consacra à Dieu la matière de son péché , 4-° ^^^ para le scandale de son péché. P. 119 — 122.

!.• Son amour expia son péché. Le péché de Magdeleine fut le libertinage de ses mœurs. Ne disons rien de plus , puisque l'Evangile nous marque seulement en général que c'étoit une femme pécheresse , ou , pour nous servir de termes moins odieux , di- >)Ons que son péché fut son amour-propre et son orgueil. Car, dit Zenon de Vérone, elle ne fut libertine que parce qu'elle s'aima avec excès , et qu'elle fut vaine. Or l'amour pénitent de Magdeleine substitua à cet amour -propre une sainte haine d'ellemême , et à cet orgueil une profonde humilité. P. 12*2 — 126.

Elle aima , Dilexit ; et par une conséquence né-

ee«saire . elle commença à se haïr. Car aimant son Dieu , ce Dieu de pureté et de sainteté , et ne voyant dans elle que corruption et que désordre, comment auroil-elle pu ne se pas haïr elle-même , et ne pratiquer pas dès lors ce qui sembloit ne convenir qu'aux âmes parfaites, savoir, le renoncement à soi-même , le détachement de soi-même , la mort à soimême ? P. 126.

Elle aima , DHeœit ; et du moment qu'elle aima , elle cessa d'avoir ces soins excessifs d'une fragile beauté dont elle s'éloit toujours occupée. Voyez-la aux pieds de Jésus- Christ , les cheveux épars , le visage abattu , les yeux baignés de larmes. Que ce visage dont j'ai été idolâtre , et que je me suis tant efforcée d'embellir par de damnables artifices, soit couvert d'un éternel opprobre ! Ainsi parloit la bienheureuse Paule, et tel fut le sentiment de Magdeleine. p 126—128.

Elle aima , Dilexit ; et parce qu'elle aima , elle voulut faire à Dieu une réparation solennelle des atlentals de son orgueil. Prosternée aux pieds du Sauveur , elle se souvint coaibien elle avoit été jalouse (l'avoir elle - même des adorateurs dans le monde ; combien elle avoit par là outragé Dieu, et combien d'ames elle avoit perdues. Voilà sur quoi elle se confondit mille fois. P. 128 — i3o.

Elle aima 5 Ditcxit ; et toutes ses injustices furent expiées , tous ses crimes lui furent pardonnes. D'où nous devons conclure quelle est l'eflicace et le mérite de l'amour de Dieu. P. i3o , i3i.

2.** Son amour purifia la source de son péché. Cette' source étoit son cœur, un coeur sensible et tendre. Or elle tourna toute cette sensibilité et cette tendresse vers Dieu. Mais , mon Dieu , qu'il y a de douceur dans votre providence et dans votre sagesse , d'avoir tellement disposé les choses que, sans chan-

4/f'Z TABLE ET ANALYSE

^cr de naliirel, et avec le iiiéiuc cœur que vous non» avez donné en nous formant , de pécheurs nous puissions devenir justes, et de charnels des liornnies parfaits et spirilucls ! P. i3i — 155.

3.° Son amour consacra la matière de son péché. J'appelle la matière de son péché , tout ce qui servoit à ses plaisirs et à son luxe. Elle avoit aimé les parfums, et tout ce qui flatte les sens ; mais il ne m'appartient plus , dit-elle, de chercher les délices de la vie. Cela convient mal à une pécheresse, et encore plus mal à une pécheresse pénitente. Touchée de ce sentiment , elle apporte avec elle un parftnn précieux , elle le répand sur les pieds de Jésus- Christ, elle les essuie avec ses cheveux. Je ne m'arrêterai point ici , femmes mondaines, à vous marquer tout ce qu'il y a à retrancher dans l'extérieur de vos personnes, et tout ce qu'il faudroit sacrifier à Dieu. Cette morale ne seroit pas indigne de la chaire , puisque les Pères de l'Eglise et même les ;i()ô!res sont entrés en de semblables détails. Je laisse tout cela néanmoiiis , et je vous renvoie à vous-mêmes pour en juger. El si vous me répondiez que telle et telle chose ne sont point des crimes , je vous demanderois si ce qui excite tant de passions , ce qui entretient la mollesse, ce qui nourrit l'orgueil, peut être indifférent. J'irois plus loin , et je vous montrerois que c'est par le retranchement des choses permises qu'on doit réparer les péchés commis dans les choses défendues. Mais ce que j'ai à vous dire est encore plus important , et dans un mot comprend *\out : aimez comme a aimé Magdeleine ; et quand R feu de l'amour de Dieu sera bien allumé dans vos cœurs , vous verrez alors tous les sacrifices que vous avez à faire , et tous ces sacrifices ne vous coûteront plusrien. P. i33 — 138.

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