‹ Careme (volume 2)Chapitre 41 sur 81 · Son amour répara le scandale de son péché · texte numérisé non relu

Son amour répara le scandale de son péché

Klle aima , Dilùxit ; et autant qu'elle s'étoil déclarée pour le monde, autant voulut-elle se déclarer pour ^Jésus-Christ. C'est pour cela qu'elle le vint trouver dans la maison de Simon le pharisien , et au milieu d'une nombreuse assemblée. Quoi qu'on en puisse dire , je ne me persuaderai jamais qu'une ame soit bien convertie et bien pénitente , tandis qu'elle aura honte du service de Dieu, tandis qu'elle ne tâchera pas à ramener , par son exemple , dans les voies de Dieu tant de pécheurs qu'elle a égarés , tandis qu'elle craindra les discours du monde et qu'elle en sera toujours esclave. P. i58 — K|0.

Dëuxiemb partie. Magdeleine aima beaucoup d'un amour reconnoissant , parce que ses péchés lui avoient été remis. Il n'y a que l'amour, dit saint Bernard , par où nous puissions rendre en quelque sorle la pareille à Dieu. Ainsi, par exemple, quand Dieu me juge , je ne puis entreprendre de le juger ; mais quand il m'aime , je puis l'aimer , et il veut même que je l'aime. Voilà par où Magdeleine témoigna à Jésus-Christ sa reconnoissunce. Dans les âmes lâches la vue des péchés remis ne produit ou qu'une fausse sécurité , ou qu'une oisive Iranquillité. Mais que fit Magdeleine ? Parce qvie ses péchés lui avoient été pardonnes, i.'* elle se dévoua, par un atlachemenl inviolable, au Fils de Dieu , tandis qu'il vécut sur la terre; 2.° elle lui marqua une fidélité héroïque dans le lenfips de sa passion et de sa mort ; 3."* elle demeura avec une invincible persévérance auprès de son tombeau , 4-* elle le chercha avec toute la ferveur d'une épouse, et d'une épouse passionnée f quand elle le crut ressviscité. Quatre effets de sa reconnoissance. P. i4i — \u\'ô,

1.* Magdeleine convertie n'eut plus désormais d'attachement que pour Jésus-Christ. Elle le suivoit , dit saint Luc , dans ses voyages ; elle emploj'oit ses

biens pour lui : Et ministrahat ci de facullaliLus suis. Elle se tcnoil à ses pieds, écoutant sa parole et la médilant : Sedens secùs pedes Domini ^ au^ ditbat verbuni illius. Ellclaissoil à iMarthe les soins domestiques , et ne s'occupoit que de son adorable Maîlre. Ainsi en use une ame vraiment pénitente. Plus tant de soins qui regardent le monde , lesbienséanees du monde , les prétendus devoirs du monde. Se tenir auprès de son Sauveur, converser avec lui , le nourrir dans la personne des pauvres, le recevoir souvent chez elle et dans elle par la communion , voilà désormais sa vie et à quoi elle se borne. P. 145—148.

2.** Magdeleine convertie marqua à Jésus-Christ une fidélité héroïque dans le temps de sa passion et de sa mort. Ses disciples l'abandonnèrent ; mais Magdeleine sans rien craindre demeura au pied de la croix , et avec qui ? avec Marie , mère de Jésus , comme si la pénitence avoit alors en quelque sorte égalé rinnocence. Magdeleine savoit trop ce qu'elle devoit à ce Dieu crucifié , pour s^éloigner de lui lorsqu'il consommoit sur la croix l'ouvrage de son salut. C'est dans cette constance que paroît la vraie fidélité. Car n'être fidèle à Dieu qu'autant qu'il nous fait trouver de goût dans son service , c'est ne payer le plus grand de tous les bienfaits , qui est la grâce de la conversion, que d'une reconnoissance apparente. Ah ! Seigneur , doit dire comme David ou comme Magdeleine un pécheur réconcilié avec Dieu , mon péché m'est toujours présent pour me retracer toute mon indignité et toute votre bonté , et pour m'inspirer par cette double vue un zèle et un courage toujours nouveau. P. 148 — 152.

3.** Magdeleine convertie demeura avec une invincible persévérance auprès du tombeau de Jésus- Christ. Là; combien de fois se fit-elle , pour sa pro-

pre instruction , des divines leçons que Tapôlre dans la suite devoit faire aux fidèles pour leur sanctification : Fous êtes morts ^ et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu, Fous êtes ensevelis avec Jesus-Christ. Mort spirituelle à quoi elle se condamna ; mais affreuse mort pour tant de femmes qui voudroient vivre à Dieu, sans mourir au monde et à elles-mêmes. Il n'appartient qu'à l'amour de Dieu, à un amour reconnoissant , d'affermir une ame contre l'amour du monde et l'amour de soi-même , et de nous faire prendre le sentiment de saint Paul : Mihi vivere Christus est et mori lucrura, P. i52— 155.

4.° Magdeleine chercha Jésus-Christ ressuscité avec toute la ferveur de l'amour le plus généreux et le plus ardent. Avec quelle générosité s'offrit -elle à l'enlever elle-même , si elle étoit assez heureuse pour le retrouver! Et ego eum tottarn. Dès que Jésus-Christ se fit connoître à elle , quel fut le ravissement de son ame ! Sainte ferveur que nous voyons encore dans les plus grands pécheurs , lorsque , de bonne foi revenus à Dieu , ils considèrent dans quel abîme ils s'étoient plongés et par quelle miséricorde la grâce les a sauvés. P. i55 — iS^.

Quoi qu'il en soit , voilà , pécheurs , l'avantage que vous pouvez tirer de vos péchés mêmes. Ils vous ont séparés de Dieu ; mais du moment qu'ils vous sont pardonnes , ils peuvent servir à vous attacher plus étroitement à Dieu, et à vous élever même audessus de bien des justes. P. i57 , i58.

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