‹ Careme (volume 2)Chapitre 42 sur 81 · LE VENDUEDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE · texte numérisé non relu

LE VENDUEDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE

Sujet. Lca priuccs des préires et Us pharisiens tinrent un conseil contre lésas.

Qui ne croiroit que ces dévols de la synagogue et ces sa'^es du judaïsme assemblés , vont former un ju'-cment équilable ? Mais tout sages qu'ils sont, ils se laissent aveugler ; et ces dévots prévenus contre le Fils de Dieu, prononcent la senlence la plus injuste et trahissent la cause de Tiimocent. C'est ainsi que nous nous laissons tous les jours surprendre , et que nous jugeons faussement et témérairement du prochain. Jugemens téméraires, dont je veux vous représenter le crime et vous faire craindre les funestes conséquences. P. 169 , 160.

Division. Trois choses, dit saint Thomas, sont nécessaires pour bien juger : l'autorité, la connoissance, et l'intégrité. De là je conclus que nos jugemens au désavantage du prochain sont communément téméraires , et par défaut d'autorité , et par défaut de connoissance, et par défaut d'intégrité. Défaut d'autorité , parce que Dieu ne nous a donné sur le prochain nulle juridiction; première partie. Défaut de connoissance, parce que nous ne pouvons pénétrer dans le cœur du prochain, ni le bien connoitre ; deuxième partie. Défaut d'intégrité, parce que ce sont nos passions qui nous préoccupent, et que notre intérêt propre est le plus ordinaire motif de nos jugemens; troisième partie. P. 160, 161.

Première partie. Jugemens téméraires par défaut d'autorité , parce que nous n'avons sur le prochain nulle juridiction. Il n'y a que Dieu qui, essentielle-

ment et par lui-même , ait une autorité légitime pour juger les hommes. Jésus-Christ même , en qualité d'homme , n'auroit pas le pouvoir déjuger le monde, comme il le jugera , si ce pouvoir ne lui avoit été donné de son Père. Et c'est en ce sens , et par rapport à cet Homme-Dieu , qu'il faut entendre ces paroles du Prophète royal : Deus, jiidicium tuuni regida ^ et justitiam tuam fitio régis. Juger donc le prochain , c'est attenter sur les droits de Dieu , et faire de notre chef ce qvie Jésus-Christ ne fera que comme délégué de son Père céleste. P. 162 , i63.

Qui êtes-vous , disoit le grand apôtre, pour juger et pour condamner le serviteur d'autrui ? S'il tombe ou s'il demeure ferme , ce n'est point à vous d'en connoître 5 mais à celui dont il dépend et qui comme maître est son juge : Domino suo stat aut cadit. P. i65 — i65.

C'est paur cela même que dans les divisions qui naissoient entre les chrétiens, l'Apôtre, en leur défendant de juger, leur en apportoit cette raison : Omnes enim stahiiniis aille tribunal Christi ; c^eir,i qu'il y a un tribunal où nous devons tous comparoî- Ire, qui est le tribunal de Jésus- Christ, P. i65 , 1G6.

Vous me direz que le Sauveur du monde nous a promis dans la personne jie ses apôtres de nous faire asseoir avec lui sur le tribunal de sa justice pour juger non-seulement les hommes, mais, selon le témoignage de saint Paul , les anges mêmes. Il est vrai , répond saint Augustin , nous serons assis avec Jésus-Christ pour juger; mais ne prévenons donc pas ce souverain juge, et attendons le temps où il nous communiquera son povivoir pour l'exercer. Or prenez garde, reprend le même Père; tant que Jésus-Chris^t a demeuré sur la terre, quelque souveraineté qu'il eût, il ne l'a point employée à juger les pécheurs ; mais il les a excusés , il les a supportés , il les a dé-

4^fS TAHLE ET ANALYSE

fendus. Soiinncs-iious iiiaintenant plus aniorisés c|nn lui , et avons-nous luie juridiclion plus étendue cjue kl sienne? (lonlcnons-nous donc dans les bornes (pi'il a voulu lui-nu}nie se prescrire. Quand le temps sera venu , (lil Dieu, alors je jiii^erai , Giim accepero te m pus y ego justitids judivabo : pour nous faire entendre qu'à son égard inrnie , il y a un temps de juger et un temps de pardonne r, mais nous voulons juger en tout temps. P. 166 — 168.

Désordre spécialement condamnable , lorsque nous nous attaquons aux puissances mêmes : Nolite tan- (jere Christos meos , et in prophctis mets nolite nialignari, Désordie essenliellcment opposé à celle subordinalion , dont Dieu est l'auteur, et par conséquent le conservateur et le vengeur. Désordre qui ruine et qui anéantit l'obéissance des inférieurs. P. 168—170.

Et ne me dites point qu*en condamnant les actions de ceux que Dieu a constitués en dignité , vous ne laissez pas d'honorer leur ministère. Car Dieu, en nous défendant de les juger, Diis non detrahes ^ n'a point fait celte précision , parce qu'il prévoyoit que le mépris de la personne seroit toujours suivi du mépris de la dignité. Constantin, quoique empereur, ne voulut point, par maxime de religion , juger les évêquës ; mais aujourd'hui des hommes sans nom jugent hardiment les évéques et les empereurs. Li cence que Dieu saura bien réprimer par de justes chàlimens , comme il punit celle de Marie sœur de Moïse. Les supérieurs et les maîtres ont leurs défauts , il est vrai ; mais malgré leurs défauts , saint Pierre nous ordonne de les respecter : Non tantùm honis et modestis , sed etiani dyscolis. J'avoue que Dieu, pour les contenir dans le devoir , permet cette injuste liberté qu'on se donne de les censurer : c'est un bien pour eux ; mais malheur à celui par qui ce bien ar-

rive. Concluons donc avec le Fils de^^Dieu : Ne jugez point y et vous ne serez point jugés. P. 170 — 174.

Deuxième partie. Jugennens téméraires par défaut de connoissances. Car, 1 .° on juge sur de simples apparences; 2.** on juge des intentions par les actions ; S.*" on juge sur le rapport d'autrui; 4.^ on prend de vains soupçons pour des démonstrations et des convictions. Tout cela autant de sources des faux jugemens que nous formons les uns contre les autres. P. 174, 175.

1.^ On juge sur de simples apparences , et rien de plus trompeur que les apparences. Combien voyonsnous de gens dans la vie qui , par divers principes , ne sont rien de ce qu'ils paroissent , et ne paroissent rien de ce qu'ils sont ! Jugez de ces personnes selon l'apparence, autant d'idées que vous vous en faites ce sont autant d'injusiices. Dieu juge les hommes, dit saint Augustin; mais pour les juger, que fait-il ? il pénètre jusque dans le fond de leurs coeurs. Jugeons comme lui ; ou plutôt , puisque nous ne pouvons avoir dans cette vie les miêmes connoissances que lui 5 ne jugeons point. P 175 — 178.

2.*» On juge des intentions par les actions. Mais la même action ne peut-elle pas être faite par cent motifs différons, et ces différens motifs n'en doivent-ils pas fonder autant de jugemens tout opposés ? Quand Magdeleine répandit des parfuns sur les pieds du Sauveur du monde , ce fut par un mouvement de piété , et les apôtres l'accusèrent de prodigalité. Nous voyons les mêmes actions en substance , louées et condamnées par le Saint-Esprit , selon la diversité des intentions. Pourquoi , vous qui me jugez , de deux intentions que je puis avoir, l'une bonne, l'autre mauvaise , m'imputerez-vous la mauvaise à l'exclusion de la bonne ? P. 178 — 180.

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