‹ Careme (volume 2)Chapitre 43 sur 81 · On juge sur le rapport d'autrui ; mais instrui · texte numérisé non relu

On juge sur le rapport d'autrui ; mais instrui

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sons-nous encore là-dessus par rexemple de Dieu même. Comment jugea-l-il Sodome et Gomorrhe ? Leur péché, dit-il, crie vengeance au Ciel, et j'apprends qu'ils ont mis le comble à leur iniquité. Mais je ne m'en tiendrai pas là ; j'irai moi-même , et je verrai comme témoin si tout ce qu'on en rapporte est vrai : Descendam , et vicleùo. Est-ce ainsi que nous en usons ? Précaution surtout nécessaire aux grands et aux princes. Ils veulent tout savoir, el combien de Ibis arrive-t-il qu*on leur représente les choses sous de nt)ires images qui les défigurent! P. 180 — 183.

4*° On prend de vains soupçons et des conjectures pour les évidences et les démonstrations. Vous n'avez pu , dites-vous, ne pas voir ce qui étoit visible; non : mais si vous n'aviez pas tant aimé à le voir, vous auriez découvert Tillusion ; et c6 que vous croyiez avoir vu , vous l'auriez vu tout autrement. Tant de fois peut-être on a jugé de vous sur ce qu^on a cru voir , et sur ce que vous prétendez qu'on n'a jamais vu ! Disons donc avec saint Augustin ; Domine ^ noverim me, noverim te. Que je vous connoisse, ô mon Dieu , el que je me connoisse. Si je vous connois , je saurai qu'il n'y a que vous à qui le fond des cœurs soit ouvert , et je n'aurai garde d'y vouloir entrer ; et si je me connois, >e comprendrai que mon propre cœur est un abîme où je trouve assez à creuser, sans entreprendre de pénétrer dans les senlimens des autres. P. i85— 185,

Troisième partie. Jugemens téméraires par défaut d'intégrité. David, selon la remarque de saint Ambroise, n'a presque jamais parlé des jugemens, soit de Dieu à l'égard des hommes, soit des hommes mêmes les uns à l'égard des autres , sans y ajouter la justice comme une condition essentielle et inséparable. Fccit judicium et justitiam. Mais cette condition ue se trouve guère dans les jugemens que nous for-

mons conlre le procliain , parce que nous jugeons par prévention , par aversion , par chagrin, par intérêt , et par mille autres motifs qui corrompent la raison la plus saine et la plus droite. P. i85 — 187.

Arrêtons-nous à l'intérêt qui les comprend tous. Tel fut le principe de tous les faux jugemens des pharisiens contre le Fils de Dieu. Son crédit leur donnoit de l'ombrage; ce fut assez pour le ruiner dans leur estime. Il faisoit des miracles; mais, malgré ses miracles , ils le traitoient de pécheur. Nous le savons, disoient-ils, et nous n'en pouvons douter : Nos scimus quia hic homo péccator est. Pourquoi le savoient-ils ? parce qu'ils vouloient et qu'il étoit de leur intérêt que cela fût. Idée bien naturelle des jugemens du monde. P. 187, 188.

Qu'un homme soit dans nos intérêts , dès là nous nous persuadons qu'il vaut beaucoup ; mais qu'il soit notre ennemi , ses vertus, même les plus éclatantes , prendront dans notre imagination la teinture et la couleur des vices , surtout si c'est l'envie qui nous empoisonne le cœur. Nous jugeons équitablement de tout ce-qui est au-dessus ou au-dessous de nous; mais de ceux que la concurrence nous suscite pour adversaires, nous en jugeons, si je l'ose dire, d'une manière à faire pitié. P. 188 — igo.

Aussi quelque, probité qu'ait un [uge, quelque irréprochable que paroisse un témoin, on n'a nul égard ni au jugement de l'un , ni au témoignage de l'autre , dès qu'on y découvre quelque intérêt. Il faudroit donc , pour bien juger du procliain , être défait de toute préoccupation. Mais qui peut ccmmunémenl se promettre d'être disposé de la sorte; et n'cst-ilpas plus sûr de s'en tenir à cette loi de TEvangile : Nolite judieare^ ne jugez point? Par là, mon Dieu , je mériterai que vous usiez de miséricorde envers moi. Parla , je me préserverai non-seulement du désordre

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allaché au jugeiiicnt l(''méraire , mais des suites funestes qu'il traîne après lui. Il est vrai que TApôlrc , parlant de l'honnue spirituel , semble en avoir renferme le caractère dans ces deux qualités. Tune de juger do lout, et Pautre de n'être jugé de personne. Mais on a abusé de ses paroles , et on les a mal entendues. Voulons-nous être solidement spirituels, laissons juger de nous sans nous plaindre; mais nous, ne jugeons point, ou jugeons toujours favorablement. P. 190 — 195,

Sujet. Or tout ceci se fit afin que cette parole du Prophète fût accomplie : Dites à la fille de Sion : Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur.

Pourquoi les Juifs font-ils au Fils de Dieu une entrée si solennelle et si glorieuse? C'est en vue du miracle qu'il venoit d'opérer dans la résurrefction de Lazare. Or ce miracle , Jésus-Christ le renouvelle en ce saint temps parla résurrection spirituelle et la conversion de tant de pécheurs : et l'Eglise veut que , ressuscites et convertis, ils reçoivent ce divin Sauveur dans eux-mêmes par la communion pascale. Pour me conformer au dessein de l'Eglise , c'est de cette communion pascale que je dois vous entretenir. P. 194—196.

Division. Deux sortes de personnes reçoivent le Fils de Dieu dans Jérusalem, ses disciples et les pharisiens. Ses disciples le reçoivent avec honneur, et les pharisiens dans la résolution de le perdre. Dans le triomphe dont les disciples honorent ce divin Maître, je trouve l'idée d'une sainte et parfaite communion : première

pirlie. Mais dans la manière dont ce même Dieu est reçu des pharisiens, je trouve l'idée d'une rommunion indigne et sacrilège : deuxième partie. Pour les justes, il vient comme un roi débonnaire et bienfaisant ; pour les impies engagés et obstinés dans le crime , il vient conameun ennemi terrible et redoutable. P. 196, 197.

Premièke partie. Idée d'une bonne communion dans le triomphe dont les disciples honorent le Fils de Dieu. Il y a dans ce triomphe quatre circonstances à remarquer, 1.° ce sont les disciples qui reçoivent ainsi Jésus-Christ ; 2.^ ils vont au-devant de lui ; 3.° ils portent dans leurs mains des branches de palmiers et d'oliviers ; 4.'' ils se dépouillent de leurs vêtemens, et les mettent sous les pieds de leur Maître. Belle figure de la communion des justes. P. 197 — igg.

1.** Ce sont les discip'es de Jési:s-Christ qui le reçoivent en triomphe; et pour le bien recevoir dans la communion, il faut être son disciple, et l'être en effet et dans la pratique. 11 s'est lui-même déclaré qu'il ne vouloit faite la pâque qu'avec ses disciples. Vous me direz qu'il ne parloit alors que de la pâque judaïque; j'en conviens : mais s'il parloit ainsi de l'ancienne pâque, que pensoit-il de la nouvelle ? Et d'ailleurs ce qui se passoit dans la pâque des Juifs n'ctoi(-il pas une leçon pour nous, mais une leçon exacte et précise , de ce qui devoit être accompli dans celle des chrétiens ? Qu'il n'y ait donc personne assez téméraire , concluoit saint Chrysostôme , pour prétendre avoir part à celte pàque sans éti e en grâce avec Dieu , et sans avoir ce caractère particulier de disciple de Jésus-Christ. Tel est l'ordre que le grand Apôtre a voit lui-même intimé à toute l'Eglise par ces courtes paroles : Prohet autem seipsum homo : que l'homme s'éprouve. Sans cela il ne nous est pas permis défaire la pâque , et nous n'y devons pas penser. Je me trompe, nous y devons penser; et si pour n'y avoir pas

pensé, nous nianquons h recevoir Jésus-Christ dans celte fêle solennelle, nous commettons un nouveau crime et nous désobéissons à ses ordres. Mais Tordre de Jésus-Christ est-il que nous le recevions sans être du nombre de Ses disciples ? A Dieu ne plaise : m^iis son ordre est que vous vous déclariez ses disciples , et que vous retourniez à lui par une sincère [>énitence , afin d'être en étal de prendre place parmi les conviés qvi'il fait appeler. P. 199 — 2o5.

2.' Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ , et c'est ainsi que nous devons anticiper sa venue par une sainte préparation. Je m'explique. Car attendre, comme tant de mondains, le jour même de la coniniunion pour s'y disposer , n'est-ce pas se mettre dans un danger évident de profaner cet adorable mystère ? Ce point ne regarde pas ces âmes innocentes qui font du sacrement de Jésus- Christ leur plus commune nourriture. Quoiqu'elles aient toujours sujet de craindre, elles ont encore plus droit d'espérer : une communion les dispose à l'autre. Mais pour vous , mondains, qui passez les années entières sans confession et sans communion, attendre à vous y préparer que vous soyez au jour précis où vous devez garder le précepte et y satisfaire, n'est-ce pas mépriser votre Dieu , et vous exposer vous-mêmes à un scandale presque inévitable ? Car si moi, par exemple, qui vous écoute au sacré tribunal . je ne vous trouve pas prêts , queferai-je alors? Vous accorderai-je la grâce de Tabsolution ? ce seroit trahir mon ministère. Vous la refuserai-je ? il n'y aura donc point de pâque pour vous. Si dès le commencement du carême vous aviez eu recours à un confesseur, et que vous lui eussiez découvert votre état , on auroit mis ordre à tout : et n'estce pas pour cela que le carême est institué? Si donc vous avez différé jusques à présent, au moins ne différez pas davantage. Ecce Spoiisus venit, exile ob-

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viani et : voilà l'Epoux qui approche ; allez vous pré- .scnterà lui. Prœoccupenius faciemejus in confessiohe : prévenez-le et gagnez-le par une bonne confession. Que feriez-vous si l'on vous annonçoit que le plus grand des rois vient en personne loger chez vous? Que ne faites-vous pas même lous les jours pour un particulier , pour un ami ? P. 2o3-^2 1 1 .

3.' Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ avec des branches de palmiers et d'oliviers, La palme est le symbole des victoires que nous devons remporter sur le péché, sur le monde , sur nous-mêmes : et l'olive, le signe de la paix que nous devons faire avec Dieu. P. î2i i — 2i5.

4.* Les disciples se dépouillent de leurs habits, et lesétendent dansle chemin par où Jésus-Christ devoit passer. Cérémonie qui vous apprend, mesdames , à vous défaire de tout ce qui s'appelle superfluité mondaine ; surtout de cette superfluité d'ajustemens et de parures. P. 214^ 21 5.

Que fera Jésus-Christ de sa part? Il viendra dans nous comme un roi triomphant : Ecc& rex tuiis. Quand je communie en état de grâce , non-seulement Jésus-Christ est en moi, mais il y règne, il y commande, il s'y fait obéir. P. 2i5, 216.

Il viendra , non-seulement en roi triomphant , mais en roi débonnaire et bienfaisant. A ne considérer que sa grandeur, je m'écrierois comme saint Pierre : Exi à tne , quia peccator sum : éloignez-vous de moi , mon Dieu ; car je suis un pécheur. Mais il sait bien me rassurer par la manière dont il se donne à moi dans ce sacrement. C'est là qu'il obscurcit toute sa splendeur, là qu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et pauvre , afin que nous puissions avoir un accès facile auprès de lui. P. 216 — 219.

C'est donc pour nous qu'il viendra , c'est pour nous combler de ses grâces : Venit tibi. Quand il fut en-

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iviS dans Jt^nisalcin , tonl ce qn'il y avoit de malade^^i, d*avengles , de paralytiques, parut devant lui, et îl les guérit. Ainsi guérira-t-il loules nos infiimilés spirihielles. Disons-lui connue David : Sana nie , Domine , et sanahor : guérissez-moi , et je serai guéri : ou comme le cenlcnier , tantùnidicverbo: prononcez seulement une parole , et vous rendrez une santé parfaite »! mon ame. P. Q\i) — 221.

Deuxième partie. Idée d'une communion sacrilège dans la manière dont Jésus-Christ fut reçu des pharisiens et de leurs partisans, 1.° ils ne le reçoivent que par respect hnmaîn : Tvmehant vero pteôein ; 2.° dès que le Fils de Dieu paroît dans Jérusalem , ils conspirent et forment des desseins contre lui : Cotiegeriint concitiam adversùs Jesum; 3.*' ils contredisent ses miracles, et ils s'aveuglent pour ne les pas connoître : Videntes autem rnirahUia quœ fecit , indignatisitnt. Mais commentest-ce aussi que Jésus- Christ vient à eux ? Comme un ennemi redoutable. Que de rapports avec la communion des pécheurs! P. 221 — 224.

1.*^ Les pharisiens ne reçoivent le Fils de Dieu que par respect hunaain et par politique ; et c'est ce que font encore certains pécheurs endurcis, qui veulent seulement garder les apparences et sauver le dehors de la l'eligion. C'est un magistrat, c'est un père de famille, c'est une femme de qualité, c'est un homme de rÉglise , qui se décrieroicnt , s'ils ne se présentoient pas comme les autres à la sainte table. Ils communient donc , mais comment ? par une espèce de contrainte. Timebant vero ptebem. P. 224, 225.

2.° De là ces hommes perdus de conscience et impies conjurent contre Jésus-Christ dans le cœur, au même temps qu'ils reçoivent son sacrement : de même que les pharisiens conspirèrent contre lui en le recevant dans Jérusalem. On forme des projets pour

satisfaiic

salisfaire ses passions brutales , et le jour mt^ino de la conimunion devient un jour d'excès et dcdébauclie. On déclame tant contre de légères imperfections qu'on remarque dans quelques âmes dévotes qui fréquentent les sacremens , et l'on ne dit pres(|ue rien de ces chrétiens sacrilèges qui profanent le corps de Jésus- Christ : mais c'est contre evix qu'il faudroit employer le zèle évangélique. P. 225 , 226.

3.° Par un dernier tour de ressemblance avec les pharisiens , ils traitent d'illusions tous les miracles de Jésus-Christ, je veux dire tous les effets de grâce qu'opère la communion quand elle est bien faite. Je n'ai donc point de peine à comprendre pourquoi Jésus- Christ pleure sur eux comme il pleura sur Jérusalem. Il voit que le même sacrement qu'il a institué pour la sanctification des âmes va faire leur réprobation, P. 226 , 227.

Mais si cela est, ne vaudroit-il pas mieux ne point communier du tout que de communier indignement ? Autre désordre. L'un ne vaut pas mieux que l'autre ; car l'un et l'autre est un mal : mais entre l'un et Tauhe il y a un milieu, qui est de communier et de bien communier. P. 227 — 23o.

Sujet. Marie Magdeteine prit donc une livre d'huile de parfum qui était d'un grand prix , ia répandit sur {es pieds de Jésus , et tes essuya do ses cheveux*

Je vous ai déjà proposé Magdeleine comme un modèle de pénitence : mais peul-être n'y a-t-il eu que trop de pécheurs que cet exemple n'a pas converlis BouRD. Carême, UI. oJ

Mille obstacles lesarrùlcnt ; non pas (|irils renoncent ahsolumenl à la [)énilenee , mais îls la clifFèrenl. Oi je veux vous faire voir les suites nialheiirenses de ce retardement , et Ta (Freux danger où il vous expose. P. 201 — 255.

Division. Trois choses sont d'une nécessité absolue pour se convertir à Dieu : le temps, la grâce et la volonté. Or le pécheur qui difl'ère sa conversion ne ])eut se répondre dans l'avenir , ni du temps de la péuitence , première partie : ni de la grâce de la pénitence , seconde partie : ni de la volonté de faire pénilence , troisième partie. P. 233.

Première partie. Témérité du pécheur qui diffère sa conversion , et qui s'assure pour cela du temps , et du temps de la pénitence. Rien n'est moins dans la disposition de riiomme que le temps futur. S'assurer donc de ce qui n'est nullement en notre pouvoir, n'esl-ce pas une folie ? Des Irois différences qui partagent le temps , c'est-à-dire du passé, du présent et de l'avenir, il n'y a proprement que le présent qui soit à nous, et sur quoi nous puissions compter. Il n'y a donc aussi que le présent , où nous puissions nous promettre de nous conveitir. C'étoit la belle et importante leçon que faisoit l'Apôtre aux Hébreux , en leur disant : mes frères , exhortez-vous les uns les autres , tandis que dure ce temps que l'Ecriture appelle aujourd'hui ; parce que vous devez être persuadés que ce qui s'appelle aujourd'hui est pour vovis le temps des miséricordes du Seigneur. Donea hodie cogiiominatur, P. 234 — 238.

Ainsi le pécheur qui remet sa conversion , outre l'injure qu'il fait à Dieu, trahit ses propres intérêts, et se contredit lui-même , puisqu'il ne veut pas se convertir dans le temps où il le peut, qui est l'heure présente , et qu'il le veut pour un temps où il ne sait s'il le pourra ; car tout est incertain dans le futur.

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Incertain s'il sera ; incertain combien il durera ; incertain quelle issue il aura , funeste ou heureuse , subite ou prévue. Hé , mon frère, conclut saint Jérôme , que vous prenez mal vos mesures , de vouloir faire dans un temps incertain une pénitence certaine l Vous me répondrez , dit saint Augustin , que Dieu a promis au pécheur pénitent la rémission de son péché : j'en conviens. Mais a-t-il promis au pécheur qui diffère le lendemain pour faire pénitence? JDans quel prophète trouvez-vous que parce que c'est vin Dieu de miséricorde il doive prolonger voire vie? Il a considéré dans le monde deux sortes de pécheurs : les uns foibles et pusillanimes ; et les autres vains et léméraires. Il a dit aux premiers : ne craignez point ; car quelques crimes que vous ayez commis , au moment que vous les pleurerez , je les oublierai ; mais il a dit aux seconds : tremblez ; car quelque authentique que soit ma promesse , elle ne s'étend point jusqu'à vous répondre de l'avenir.

Il n'y a donc rien de certain dans le futur , que son incertitude même : il n'y a rien de certain , sinon que nous y serons surpris. Le Sauveur du monde nous l'a dit en termes formels : Quâ horâ non putalis. Après une parole si positive , a jouterai- je au désordre de mon péché le désordre de la plus criminelle et de la plus insensée témérité ? Combien l'espérance de ce lendemain que j'attends a-t-elle perdu d'ames ! Et quand je l'aurois , sera-ce un temps de pénitence et de conversion ? Car tout temps n'est pas un temps de pénitence; Autrement le Prophète, et Dieu lui-même , ne nous diroit pas : Cherchez le Seigneur pendant que vous le pouvez trouver ; voici le temps favorahte , voici le jour de salut. P. 242 — 245.

Si nous sommes attaqués d'une maladie , nous ne

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remet Ions pas à faire deiiiain pour noire fjiiérisoii ce que nous pouvons faire anjoiircriiui ; mais s'agitil de noire anie ? j'y mellrai ordre , disons-nous , et j'aurai du lemps. Souvenons-nous qu'il y a des lemps el des momens que le Père céleste s'est réservés , et dont il ne nous apparlient pas de disposer. Souvenons-nous que comme il ne lui a pas plu d'envoyer en tout temps un Rédempteur et un Messie pour le salut du monde , il ne lui plaît pas de convertir en particulier chaque pécheur dans tous les temps. Souvenons-nous de ce que dit le Sauveur des hommes en pleurant sur Jérusalem : Parce que tu n'as pas connu la visite du Seigneur , parce que tu n'as pas profité de ce jour marqué pour toi , in hâc die iuâ ^ tu seras abandonnée. Or nous le connoissons, chrétiens, ce temps de la visite de notie Dieu , et c'est celui-ci. Mais qu'arrivera-t-il si vous écoulez l'esprit du monde ? Vous sortirez de cette prédication avec quelques bons désirs , mais désirs vagues et sans conséquence : et si votre conscience vous presse , après vous être défendus par mille prétextes, vous renverrez à un autre temps ce qui doit avoir la préférence dans tous les temps , je veux dire votre con version • P. 245—248.

Deuxième partie. Témérité du pécheur qui diffère sa conversion , parce qu'il se répond de la grâce. Dieu est fidèle ; et parce qu'il est fidèle , nous pouvons compter sur lui et sur sa grâce. Mais il nes'ensuit pas que nous puissions compter sur lui et nous assurer de sa grâce à son préjudice même. Or se promettre cette grâce pour se maintenir dans l'habitude du péché, i."" c'est vouloir que Die«i soit fidèle à celui qui le méprise ; 2.° c'est vouloir qu'il soit fidèle aux dépens de tous ses intérêts , et le cambatlre par le plus aimable de ses attributs, qui est sa nûséricorde ; 3/ c'est vouloir (jue sa fidélité le rende ,

tout Dieu qu'il est , prévaricateur et fauteur de nohe iniquité. P. 248 , 249.

1.° C'est vouloir que Dieu soit fidèle à celui qui le méprise. Car n'est-ce pas le mépriser que de résister actuellement à sa grâce ? Mais malheur à vous qui méprisez , dit le Seigneur, parce que vous serez méprisé. Nous voulons nous convertir quand nous serons rebutés du monde , ou que le monde sera rebuté de nous. Nous voulons nous convertir quand la néccvssilé et une crainte servile nous y forcera. ICst-ce traiter Dieu en Dieu , et se conlentera-t-il que nous lui donnions les restes du monde et un cœur infeclé de vices et de passions ? Non , sans doute ; et . pour l'honneur de sa grâce dont il est jaloux , il saura l)ien punir nos mépris. Il nousrejetera , il nous dira , comme à ces Juifs dont il est parlé au premier chapitre d'Isaïe : Retirez-vous : je ne vous connois plus 5 et vos sacrifices me sont à charge. P. 249—

2.° C'est combattre Dieu par ses propres armes , et se servir du plus aimable de ses attributs , qui est sa miséricorde, contre lui-même. Car si le pécheur ne comptoit pas sur la miséricorde de Dieu , s'il savoit que Dieu fût un maître aussi prompt que terrible dans ses vengeances , il ne tarderoit pas à se convertir. D'où vient donc qu'il remet ? c'est qu'il se repose sur l'idée d'un Dieu patient et toujours prêt à donner sa grâce. Ah ! Seigneur, s'écrie là-dessus saint Ambroise, que n'éclatez-vous, et que ne prenez-vous votre cause en main ? Vous seriez alors servi comme vous devez Pêtre. Mais que dis-je ? ajoute le même Père; je parle en homme , Seigneur, et vous agissez en Dieu. Selon mes pensées , il vous seroit plus avantageux de perdre des rebelles ; mais selon les vôtres , il vous est plus glorieux de suspendre vos coups , et d arrêter votre justice. Vous

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ce|)cnclaiit , pécheur , concluoit ce fiaint évéqiie , n'éles-vous pas bien coupable de vouloir moins faire pour un Dieu bon que pour un Dieu inflexible ? P. 253—255.

3.° C'est vouloir rendre Dieu prévaricateur et fau leur de noire iniquité. Car il le seroit évidemment s'il supportoit les pécheurs avec cette patience qui tient de l'insensibilité , et si , malgré leur rébellion , sa grâce leur étoit toujours promise. Et voilà sur quoi Terlullien se fondoit pour appuyer ses senlimens , quoique erronés , touchant la pénitence. Or tout cela ne doit-il pas engager Dieu à refuser sa grâce au pécheur , qui d'une année à l'autre use toujours de nouveaux délais pour retarder sa conversion ? P. 255 , 256.

Troisième pajrtie. Témérité du pécheur qui diffère sa conversion , parce qu'il se répond de sa volonté. De toutes les choses du monde , celle dont nous pouvons le moins nous répondre , c'est notre volonté propre. S'il falloit risquer le salut, disoit saint Bernard, je croirois bien moins hasarder du côté de la grâce de Dieu , qui ne dépend pas de moi , que du côté de ma volonté qui en dépend. Mais si ma volonté dépend de moi , n'en puis-je pas disposer ? Oui , reprend saint Bernard , et c'est justement pour cela même que je dois craindre : car si Dieu m'avoit ôté ce pouvoir et qu'il se fût absolument rendu maître de ma volonté , je serois en assurance ; mais comme il a voulu que cette volonté dépendît de moi qui suis la fragilité et l'inconstance même , voilà ce qui me fait trembler. P. 256 , 257.

Le pécheur se flatte qu'après quelques années il aura assez d'empire sur son cœur pour le dégager de l'esclavage du péché , et il reconnoît que dès maintenant il lui est presque impossible d'en sortir : contradiction évidente. Si vous êtes trop foible mainte-

liant pour rompre vos engagemens criminels , comment les romprez-vous quand vous vous serez toujours affôîbli davantage? P. 257, 258.

Ce qui nous donne encore plus lieu de nous défier de cette pénitence de l'avenir , c'est que ces pécheurs qui diffèrent remettent communément leur conversion jusqu'à la fin de la vie , et souvent jusqu'au jour même de la mort. Or est-on en état alors de taire une bonne pénitence ? A-t-on assez de présence d'esprit pour y bien penser ? Est-on assez maître de soi-même pour changer tout-à-coup de sentimens, et pour devenir ce qu'on n'a jamais été ? P. 258^260.

Attachons-nous plutôt au salutaire conseil de l'Apôtre 5 et au commandement qu'il nous fait de ne pas recevoir en vain le don de Dieu , qui nous est aujourd'hui présenté. Le temps est favorable , la grâce abondante , la disposition même de nos esprits et de nos cœurs avantageuse. Allons donc , et ménageons des momens si précieux. Disons à Dieu comme David: Dixi, nunc cœpi. C'est , Seigneur , un dessein formé; je veuxêlre à vous, et sans retardement je vais me mettre en devoir d'exécuter la sainte résolution que vous m'inspirez. P. 260 — 262.

Sujet. Les Juifs demandcjit des miracles , et les Grecs cherchent la sagesse. Pour nous , nous prêchons Jésus- Christ crucifié, qui est un sujet de scandale aux Juifs , et qui paraît une folie aux gentils ; mais qui est la force de Dieu et la sagesse de Dieu à ceux qui sont appelés, soit d'enire les gentils y soit d'entre les Juifs,

Si jamais les prt'dicalciirs poiivoienl avec quelque sujet apparent rougir de leur minisière , ne seroit-ce pas en ce jour où ils prêchent la passion et la mort (lu Dieu qu'ils annoncent ? Cependant l'Apôtre naeltoit loule sa f>loire dans la croix de Jésus - Christ, ])arce (fu'il regardoil le myslèrc d'tui Dieu crucifié comme le miracle tout ensemble et de la force de Dieu et de la sagesse de Dieu. C'est aussi sous cetlc idée que je veux vous le représenter. P. 260 — 265.

Division. Il ne s'agit point ici de pleurer la mort de Jésus-Chiist : mais il s'agit d'y reconnoîlre le dessein de Dieu , ou plutôt l'ouvrage de Dieu. En deux mois , vous n'avez peut-être jusques à présent considéré la mort du Sauveur (|ue comme le mystère de son humilité et de sa foiblesse ; et moi je vais vous montrer que c'est dansée mystère qu'il a fait paroître toute l'étendue de sa puissance : première partie. Le monde jusques à présent n'a regardé ce mystère que comme une folie ; et moi je vais vous faire voir c|ue c'est dans ce mystère que Dieu a fait éclater plus liaulement sa sagesse : seconde partie. P. 260 — 267.

Première partie. C'est dans le mystère de sa croix que Jésus-Christ a fait paroître toute la puissance d'un Dieu. Qu'un Dieu fasse des prodiges dans l'univers , il n'y a rien en cela de surprenant : mais qu'un Dieu souffre et qu'il meure , voilà ce qui doit nous .saisir d'étonnement. Celte mort néanmoins, bien loin d'ébranler noire foi, la doit confirmer. Car si Jésus- Christ est mort, il est mort en Dieu, i.*" Un homme cjui meurt après avoir prédit lui-même clairement et expressément toules les circonstances de sa mort ; 2.* un homme qui meurt en faisant actuellement des miracles 5 pour montrer qu'il n'y a rien que de surhumain et de divin dans sa mort ; 3." un homme dont la mort bien considérée est elle-même le plus gi and de ious les miracles ; ^i»' un homme qui , par

rinfamie de sa mort , parvient à la plus liaulc gloire , et qui, expirant sur la croix , triomphe par sa croix même de l'infidélité du raionde: n'esl-cepas un homme qui meurt en Dieu , ou si vous vofilez, en Homme-Dieu? Or, c'est ainsi que Jésus-Christ est mort. V. 268 — 270.

1.° Jésus-Christ es! mort après avoir prédit toutes les circonstances de sa mort. A l'entendre parler de sa passion long- temps avant sa passion même, on diroit qu'il en parle comme d'un événement déjà arrivé; tant il est exact à en marquer jusqu'aux moindres particularités. Nous allons à Jérusalem, disoilil à ses apôtres ; et c'est là que le Fils de l'homme sera livré aux gentils; qu'il sera outragé , insulté, fouetté, crucifié; qu'on lui crachera au visage, et qu'il mourra dans l'opprobre. Ilyavoitdéjà des siècles entiers que les prophètes avoient prédit cette mort et toutes ses circonstances, afin, dit saint Chrysostôme, que la prophétie , témoignage invincible de la divinité, rendît toutes les ignominies de la croix non-seulement vénérables, mais adorables. Cependant la preuve étoit encore bien plus sensible et plus convaincante dans la prédiction immédiate qu^en faisoît Jésus-Christ luiniéme. Aussi tout ce qu'il avoit marqué des livres de Moïse et des prophètes , comme se rapportant à lui , s'exécuta-til bientôt après et à la lettre dans la sanglante catastrophe de sa passion et de sa mort. Argument si solide et si fort qu'il n'en fallut pas davantage pour la conversion de ce fameux eunuque, trésorier de la reine d'Ethiopie. En serions-nous moins touchés ? P. 270 — 27^1.

2.° Jésus-Christ est mort en faisant des miracles. 11 fait trembler la terre, il ouvre les sépulcres , il ressuscite les morts, il déchire le voile du temple, il obscurcit le soleil. Miracles confirmés par le témoignage des apôtres. Quel intérêt auroient-iLs eu à rap-

poricr de faux miracles, pnisqiril ne leur en revenoit point d'autre fruit que les plus cruelles persécutions? De plus, le style seul dont les évangélisles ont écrit riiisloire de Jésus-Christ fait bien voir qu'ils ne parloient pas en hommes passionnés. D'ailleurs, si ces miracles eussentété supposés, les Juifs ne se seroientils pas inscrits contre ? Je conviens que les pharisiens malgré ces miracles ne laissèrent pas de persister dans leur incrédulité : mais les soldats se convertirent , et c'est en cela même , reprend saint Chrysostôme , que paroît la toute-puissante vertu de ce Dieu mourant. Car mourir en sauvant les uns et en réprouvant les autres, en convertissant ceux-là par miséricorde, et laissant périr ceux-ci par justice , n'est-ce pas faire éclater jusque dans sa mort les plus essentiels attributs de Dieu? Il n'y eut qu'un seul miracle que Jésus- Christ ne voulut pas faire dans sa passion : c'étoit de se sauver lui-même. Mais pourquoi ne le fit-il pas ? Parce que ce seul miracle eût détruit tous les autres, et arrêté le grand ouvrage qu'il avoit entrepris. Quand même il l'auroit fait ce miracle , ses ennemis n'y auroient pas plus déféré qu'à celui de la résurrection Ae Lazare. Je dis plus ; et Jésus-Christ , dans la conjoncture où je le considère, pouvant , comme il est indubitable , se sauver lui-même et ne le voulant pas , n'a-t-il* pas fait quelque chose de plus grand et plus au-dessus de l'homme que s'il l'eût en effet voulu ? Enfin, cette douceur envers ses ennemis , cette charité héroïque 5 cette paix et cette tranquillité qu'il fit paroître dans sa passion; tous ces miracles de patience, dans un honnme d'ailleurs d'une conduite irréprochable et pleine de sagesse , n étoient-ils pas plus miraculeux que s'il eût pensé à se retirer des mains de ses bourreaux et qu'il se fût détaché de la croix ? P. 27.5

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