La mort de Jésus-«Christ a été eUe-même le plus
grand de tous les miracles ^ parce qu'au lieu que les autres hommes meurent par foiblesse , il est mort par son absolue puissance. Comment cela ? 1 .^ C'est qu'étant exempt de tout péché et même absolument impeccable^ il étoit naturellement immortel; 2."* c'est qu'en vertu de son sacerdoce , étant par excellence le souverain pontife de. la loi nouvelle, il n*y avoit que lui qui pût et qui dût offrir à Dieu le sacrifice de la rédemption du monde et immoler la victime qui y étoit destinée. Ce fut donc lui-même qui se sacrifia; et c'est en ce sens qu'il disoit : Nemo totiit animam 7neam à me s secl ego porto eam à me ipso. Aussi mourut-il en poussant un grand cri vers le ciel : ce qui montre qu'il ne mouroit pas par défaillance de nature 5 et ce qui fit conclure au centenier qu'il étoit Dieu. Il est vrai que ce Dieu mourant a eu ses langueurs; mais ses foiblesses me^mes et ses langueurs étoient autant de miracles. S'il sue dans le jardin, c'est d'une sueur de sang ; si quelques momens après sa mort on lui perce le côté, il en sort du sang et de l'eau. P. 281 — 285.
4.'' Jésus- Christ , par l'infamie de sa mort , est parvenu à la plus haute gloire; et expirant sur la croix, il a triomphé par sa croix même de l'infidélité du monde. Au seul nom de Jésus crucifié tout fléchit le genou, comme Dieu l'avoit révélé à saint Paul dans un temps où tout sembloit s'opposera un effet si merveilleux. Nous avons vu nos princes et les premiers de nos princes s'humilier devant sa croix. Elle a passé du lieu infâme des supplices sur le front des monarques et des empereurs : elle a vaincu l'idolâtrie et détruit le culte des faux dieux. Tout cela selon la prédiction qu'en avoit faite le Sauveur lui-même ; et ne sont-ce pas là les plus sensibles marques de la Divinité ? Nous avons peine à comprendre l'obstination ôt l'aveuglement des pharisiens après tant de miracles
qu'ils avoicnl vus : nous en voyons aclucllcmcnl nu encore [)lus grand, je veux dire le triomphe de la croix ; el noire loi malgré ce miracle est toujours languissante et chancelante. Pour bien profiter de ce mystère, pleurons et tremblons dans l'esprit d'une salutaire componction , au lieu de trembler et de pleurer par le sentiment d'une dévotion passagère et superficielle. Il faut que Jésus-Christ mourant fasse un miracle en nous, et c'est le miracle de notre conversion. Pécheurs, c'est pour vous que son sang coule , et voilà ce qui vous doit remplir de confiance. Il a converti ses bourreaux ; pourquoi ne vous convertira-t-il pas ? Approchez du trône de sa grâce , qui est sa croix ; mais approchez-en avec des cœurs contrits et humiliés. Donnerez- vous pour cela , Seigneur, à ma parole assez de bénédiction ; et puis-je espérer qu'entre ceux qui m'écoutent il y en aura d'aussi touchés que le centenier ? P. 285 — 291.
Deuxième partie. C'est dans le mystère de la croix que Dieu a fait éclater plus hautement sa sagesse. Les pensées de l'homme et celles de Dieu étant aussi opposées qu'elles le sont depuis le péché , il ne faut pas s'étonner que l'homme ait souvent entrepris de censurer les œuvres du Seigneur. Ce qui doit plus nous surprendre , c'est- que l'homme se soit scandalisé contre Dieu des bienfaits mêmes de Dieu. Le mystère d'un Dieu crucifié paroîlau mondain une folie ; et moi je dis avec TApOtre, (|ue c'est par excellence le mystère de la sagesse de Dieu II falloit deux choses : 1.*" satisfaire Dieu offensé; 2.^ réfornner l'homme perverti et corrompu. Or, pour parvenir à ces deux fins , point de moyen plus efficace et plus infaillible que la croix du Sauveur. P. 291 — 293.
1.° Point de moyen plus efficace et plus infaillible que la croix de Jésus- Christ pour satisfaire Dieu offensé. Dieu ne pouvoit être satisfait que par un Houi-
me-Dîeu ; el qu'a~l-il fait cet Homme-Dieu, ou plulot que n'a-t-il poiul fait ? En quoi consisloit rolïensc de Dieu ? en ce que l'homme avoil afrecté d'être semblable à Dieu, Eritis sicutdii: et moi, dit l'Homme-Dieu , pour satisfaire mon Père, je m'abaisserai au-dessous de tous les hommes , Ego auteni siuit vermis etnon fioino. L'homme s'étoit révolté conlre Dieu; et moi, dit l'Homme- Dieu, je me ferai obéissant jusques à la mort et jusqnes à la mort de la croix : Factus ohediens uscjue ad mortem , mortem auiem crucis* L'homme, par une înlempérance criminelle , avoit mangé du fruit défendu; et moi, dit l'Homme - Dieu, je me ferai un homme de douleurs : Virum dotorum. Pouvons-nous concevoir une réparation plus authentique? P. 2g3 — 296.
Ce n'est pas assez. Car j'ajoute que ce Sauveur des homnies nous a fait parfaitement comprendre trois choses auxquelles se doit rapporter toute la sagesse de Thomme, et dont la connoissance étoit pour vous et pour moi essentiellement attachée au mystère de Jésus-Christ mourant sur la croix ; savoir , ce que c'est que Dieu , ce que c'est que le péché , ce que c'est que le salut. Qu'est-ce que Dieu ? Un être pour la gloire duquel il a fallu qu'ilyeût vin Homme-Dieu humilié et anéanti jusqu'à la croix. Yoilà l'idée que je m'en forme , et qui passe tout ce que j'en pourroîs d'ailleurs imaginer. Qu'est-ce que le péché ? Un mal pour l'expiation duquel il a fallu qu'un Homme-Dieu se fît anathëme , et devînt un sujet de malédiction. Voilà ce que le mystère de la croix me prêche. Qu'est-ce que le salut de l'homme? Un bien qui seul a coûte la vie d'un Dieu. Voilà la grande leçon que me fait ce divin Maître expirant sur la croix. Or un mystère qui mie donne de si hautes idées de Dieu , qui m'inspire une horreur infinie pour le péché, et qui me fuil priser mon salut préférablcment à tous les autres
/i^JO TABLE KT ANALYSE
biens, ne doit-il pas ôlrc un myslcrc de sagesse ?
2.** Point de moyen plus effîeaee et plus infaiilibU; (pie la croix de Jésus-Christ pour réformer Thommc, perverli et corrompu par le péché. H y a trois sources du péché, selon saint Jean ; la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair, et l'orgueil de la vie. Trois concupiscences dowt voici les remèdes, que le Fils de Dieu nous a apportés du Ciel, et qu'il nous présente dans sa passion : le dépouillement de toutes choses et la nudité où il meurt , contre l'amour des richesses , qui est la concupiscence des yeux ; ses humiliations, contre l'ambition, qui est l'orgueil de la vie ; ses souffrances , contre la sensualité , qui est la concupiscence de la chair. Que seroit-ce que le mionde et quel ordre y verroit-on , reprend le savant Pic de la Mirande , si les hommes vivoient selon les exemples que Jésus-Christ leur a donnés et les leçons qu'il leur a faites dans sa passion? P. 299 — 3o2
Mais pourquoi falloit-il que Jésus-Christ sans être sujet à nos maux en éprouvât les remèdes dans sa personne ? Il le falloit pour nous les adoucir et pour nous en persuader l'usage. S'il eût choisi pour nous sauver les douceurs de la vie , quel avantage notre amourpropre , «source de toute corruption , n'auroit-il pas lire de là, et jusques à quel point ne s'en seroit-il pas prévalu ! P. 3o2 — 3o4.
Mais pourquoi corriger des excès par d'autres excès , les excès de l'homme par les excès d'un Dieu ? Et moi je dis , quelle sagesse d'avoir corrigé des excès de malioe par des excès de perfection , des excès d'iniquité par des excès de sainteté, des excès d'ingratitude par des excès d'amour ! P. 3o4.
En voilà trop pour confondre un jour notre raison dans le jugement de Dieu : et n'est-il point déjà commencé pour nous ce jugement ? Car dès nujour-
il'hui ce Sauveur mourant s'est mis en possession (le juger le monde : Nunc judicium est mundi. Sa croix sera produite contre nous à la fin des siècles : Tune parehit signum Filii hominis. Pensée terrible pour un mondain ! c'est la croix de Jésus- Christ qui me jugera. Tout ce qui ne s'y trouvera pas conforme portera le caractère et le sceau de la réprobation. Au contraire, pensée consolante pour une ame fidèle et juste : c'est la croix de Jésus-Christ qui décidera de mon sort; cette croix en qui j'ai mis ma confiance , cette croix dont je vais adorer l'image devant cet autel , et dont je veux être moi-même une image vivante. P. 3o4 — 3o6.