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SUR L'AUMONE

Cùm ergo facîs eleemosynam , nolî tuba canere aiîte te , sîcut hypocrîtae faciunt in synagogîs et in vîcîs , ut honorificenlur ab hominibus.

Quand donc vous faites l'aumône , ne faites pas sonner de la trompette devant vous , comme font les hypocrites dans les synagogues et dans tes pla^ ces publiques pour être honorés des hommes. Saint Matthé , chap. 6.

Monseigneur (i) ,

Si TEvangile condamne ces âmes vaines qui corrompent les plus saintes œuvres par une inten* tion criminelle , et qui cherchent dans leurs aumônes à contenter leur orgueil et à se distinguer ; c'est encore avec bien plus de raison et plus do rigueur , qu'il doit condamner ces âmes dures ,

(i) Monseigneur , frère unique du roi,

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qui laissent impitoyablement souffrir lant (le pauvres , et qui les voient presque réduits aux dernières extrémités sans se meltre en peine de les assister dans leurs misères et de pourvoir à leurs besoins. Car ce désordre n'est-il pas plus condamnable que l'autre ? Et que serviroit, chrétiens , de vous apprendre quelles vues vous devez vous proposer en faisant l'aumône , lorsque vous n'êtes pas même instruits, ou que vous paroissez au moins dans la pratique si peu persuadés du devoir indispensable qui vous engage à la faire ?

Quand la loi de Dieu ne nous l'ordonneroit pas, faudroit-il une autre loi que les sentimens naturels ? Et voilà 5 monseigneur , les heureuses dispositions que votre altesse royale a reçues en naissant, et qu'elle a si bien cultivées. Si les princes sont les images de Dieu , et si la miséricorde est un des premiers caractères de la divinité , je puis dire que nous voyons dans votre altesse royale les plus beaux traits de cet excellent modèle. Car nous y voyons , monseigneur , lui prince bienfaisant ,dont l'inclination prédominante est d'obliger et de faire des grâces ; un prince libéral et magnifique , qui prend plaisir à dispenser ses dons, et qui met sa grandeur à les répandre , non moins sur les petits que sur les grands mêmes ; un prince prévenant et affable , qui par des manières toujours engageantes , par un accueil toujours ouvert et un visage où la douceur est peinte , inspire à ceux qui rapprochent autant de confiance , que la pompe de sa cour , l'éclat de sa

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noîssaiice , la dignité de sa personne leur imprinient de respect et de vénération ; un prince charitable et compatissant , toujours prêt à écouter les humbles supplications des affligés, et toujours disposé à prendre en main leur cause et à défendre leurs intérêts. Ce ne sont point la , monseigneur, de ces éloges étudiés que la flatterie donne aux princes , et qui quelquefois expriment plutôt ce qu'ils doivent être que ce qu'ils sont : je ne dis rien que n'ait dit cent fois avant moi , que ne dise encore tous les jours comme moi et aussi hautement que moi , tout ce peuple qui m'écoute et dont vous possédez les cœurs. Justç et glorieuse possession , où vous a maintenu just qu'à présent^ et où vous maintiendra , cette grandeur d'ame qui paroît en tout , cette générosité de sentimens, cette bonté de naturel, tant d'au* très qualités que nous admirons , et s'il m'est permis de le dire , monseigneur , pour m'acquitter de mon ministère et pour votre édification , qui ne doivent pas seulement servir à faire de votre altesse royale , un prince selon le coeur des hompies , mais un prince vraiment chrétien et selon le cœur de Dieu. J'aurai donc l'avantage , monseigneur , en parlant de Taumône et du soin des pauvres , d'entrer dans vos vues et de seconder votre zèle. Les Pères semblent avoir épuisé sur ce sujet leur éloquence ; saint Jean Chrysostôme ne faisoit presque pas un discours au peuple , qu'il ne recommandât la charité et la miséricorde chrét.icune , et c'est ce qui le fit appeler le prédicateur

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de raumone. Avant que de proposer mon dessein, implorons le secours du Ciel , et adressons-nous pour Tobtenir à la Mère de miséricorde , en lui disant : Ave Maria.

Rien n'est plus ordinaire dans le christianisme que d'entendre parler de Texcellence et des avantages de l'aumône ; mais on n'est guère accoutumé 5 ou du moins on ne se plaît guère à entendre parler du précepte et de la nécessité de l'aumône. Ceux qui ne la font pas , n'en ont communément nul scrupule , et ne s'en accusent jamais au tribunal de la pénitence ; et ceux qui la font , dit saint Jean Chrysostômc ^ la regardent volontiers comme une œuvre de surérogation , et non point comme une obligation étroite et rigoureuse. Ils la font ; mais au même temps ils ont une secrète complaisance de faire au delà de leurs devoirs ; ils se flattent de cette pensée , et ils aiment à s'y entretenir , soit pour se conserver la liberté de ne pas donner , soit pour s'attribuer tout le mérite de ce qu'ils donnent. C'est néanmoins une vérité incontestable , que la loi de Dieu nous oblige à soulager les pauvres par nos aumônes ; et cette loi, chrétiens, est si sévère, qu'il n'y va pas moins que de notre salut éternel. Dieu ne veut point vous ôter le mérite de votre charité , quand vous faites l'aumône ; mais il n'est pas juste aussi que vous lui ôtiez, ou que vous prétendiez lui ôter le pouvoir qu'il a , et qu'il aura toujours , de vous la commander : comme il ne vous refuse point l'un,

AUMuNE. r3j

VOUS ne pouvez lai contester rautre ; et pour vonîj inspirer là-dessus toute la soumission nécessaire j il faut vous bien convaincre de trois choses. En premier lieu , que l'aumône n'est point un simple conseil , mais un précepte. En second lieu ; que ce n'est point un commandement vague et indéiini , mais déterminé à une certaine matière. En troisième lieu , que ce précepte doit être observé avec ordre et selon les règles de la charité. Or, voilà les trois points qui vont partager ce discours. Je dis donc qu'il y a un précepte de l'aumône ; et mon dessein est de vous faire voir sur quoi il est fondé ; ce sera la première partie. Je dis qu'il y a une matière affectée et destinée de Dieu pour l'aumône , et je prétends aujourd'hui vous la déterminer ; ce sera la s^econde partie. Enfin , je dis qu'ail y a un ordre à garder dans l'aumône , et je veux vous le faire connoître ; ce sera la conclusion. Trois points de morale que je vais développer selon les principes les plus communs de la théologie : car ne pensez pas que j'affecte ici une sévérité particulière et outrée. Quand il s^agit d'obligation de conscience , surtout de péché mortel , nous ne devons dire que ce qu'il y a de vrai ^ et d'incontestablement vrai. Précepte de l'aumône , matière de l'aumône , ordre de l'aumône , c'est tout le sujet de votre attention,.

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