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DEUXIÈME PARTIE

Etablir le précepte de l'aumône, etn^enpas déterminer la matière, c est dans le sentiment du docte chancelier Gerson , troubler les âmes foibles et scrupuleuses , et autoriser sans le pré-

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tendre lésâmes ii)sensiblcs et dures. C'est dis-je^ troubler les âmes l'oll)les et scrupuleiiscs , en les jetant dans Tembarras d'une décision dont elles sont par elles-mêmes incapables; et c'est autoriser les âmes insensibles et dures , en leur laissant de vains prétextes pour éluder la loi de Dieu, et Toblii^ation qu'elle leur impose. C'est , ajou toit ce grand personnaj^e, assii^Mierau pauvre une dette sur le riche , mais une dette sans londs , une dette litigieuse^ ime dette dont le pauvre se verra immanquablement frustré 5 et dont le riche croira toujours être en droit de se défendre. Or, il est important et nécessaire d'obvier à de tels inconvéniens ; et voici ce que la théologie me fournit de règles et de principes . pour en rfrrêter les dangereuses conséquences. Elle m^apprend que dans les nécessités communes des pauvres , c'est le superflu des riches qui doit faire la matière de l'aumône. Voilà d'abord ce qu'elle suppose ; et en le supposant , elle se fonde sur les maximes les plus constantes de la raison et de la foi. Car elle s'attache à la parole expresse de saint Paul , qui veut que dans le christianisme l'abondance des uns soit le supplément de l'indigence des autres: Vestra autevi abundantia inopiam illoruni suppléai (i). Or 5 ce que l'Apôtre appelle abondance, n'est rien autre cliose que le superflu même dont je parle. Elle s'en tient au consentement unanime des Pères , qui s'expliquant sur ce superflu , l'ont toujours regardé comme un bien qui

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appartient aux pauvres , comme un bien dont les riches sont seulement les dépositaires et les distributeurs 5 comme un bien qu'ils ne peuvent retenir dans les nécessités publiques sans commettre la plus criminelle injustice 5 et selon Pcxpression de saint Ambroise , sans se rendre coupables de vol. Car c'est ainsi que s'en déclare ce saint docteur , dont la morale d'ailleurs est des plus exactes et d'un caractère moins outré ; JSon enim majus crimen est habenti tollere , quàin ciim abundas indigenti denegare. Oui , disoit ce Père 5 vous devez élre persuadé que ce n'est pas un moindre crime , de refuser au pauvre votre superflu 5 que de lui enlever son bien même. Elle s'appuie sur le raisonnement de saint Thomas , tiré de la nature même des choses, et de l'ordre primitif où Dieu les avoit créées. Car dans la première intention de Dieu, dit le docteur angélique , c'çst-à-dire avant que le péché eût dépouillé l'homme de cette justice originelle quitenoit dans une règle si parfaite ses affections et ses désirs , tous les biens de la terre étoient communs; et si Dieu dans la suite des temps en a ordonné le partage, ce n'est que pour corriger le désordre du péché et pour réprimer la cupidité de Thomme. Or 5 ce partage , reprend saint Thomas, ne seroit pas l'ouvrage de Dieu, si le superflu des tins ne devoit être communiqué aux autres.

Et en effet , chrétiens , à le bien prendre , Dieti n'a rien fait de superflu dans le monde ; et ce que nous appelons superflu , n'est point en soi ni

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absolument siiperflti ; ou si vous voulez. • ce qu'il est pour le riche, il ne Test pas pour le pauvre. Pour le riche, cVst superflu; pour le pauvre, c'est nécessaire. Mystère de providence , et d'une providence infiniment sage : mj'stère que le grand Apôtre dcveloppoit aux Corinthiens , en leur faisant remarquer comment Dieu par là avoit voulu rétablir cette bienheureuse égalité de l'état d'innocence : f^estra autem abundantla illorwn inopiam suppléât , ut fiât œqiialitas , sicut scriptiim est ^ qui multum^ non abundavit ; et qui modicum , non minoravit (i). Que votre abondance , ce sont toujours les paroles du Maître des nations , que votre abondance supplée à la disette de vos frères , afin que tout soit égal , conformément à ce qui est écrit de la manne , qui se partageoit de telle sorte parmi le peuple , que l'un n'en avoit ni plus ni moins que l'autre , soit qu'il en eût * beaucoup ou peu recueilli. Saint Thomas porte encore la chose plus loin ; et il soutient qu'il est même de Favantage du riche que Dieu l'ait ainsi ordonné. Pourquoi ? parce que si le riche avoit du superflu , dont il ne fût ni comptable , ni redevable aux pauvres , ce superflu non-seu!ement ne seroit plus un don de Dieu , mais une malédiction 5 puisque ce seroit un des plus grands obstacles du salut. Car il est vrai que rien n'est ni ne doit être plus dangereux pour le salut, que la superfluité du bien ; surtout d'un bien abandonné à la discrétion et au gré de ramour-propre

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avec un pouvoir sans réserve d'en disposer. Il a donc été de la miséricorde et de la providence de Dieu sur les riches , de leur ôter un pouvoir dont infailliblement ils abuseroient ^ et de ne leur donner le superflu que pour en faire part aux pauvres. Tels sont les principes des théologiens. Mais quoi qu'il en soit , chrétiens , de toutes ces réflexions , on convient , et c'est un sentiment universel 5 que le superflu est la matière de l'aumôr ne 5 et que vous êtes indispensablement obligés de l'employer selon que les nécessités des pauvres le demandent. Or 5. ces nécessités . poursuivent les docteurs , ne manqueront jamais dans le monde ; et il y en aura toujours assez pour épuiser tout ce superflu , quand les riches, touchés de leur devoir y satisferont avec une entière fidélité.

Mais qu'est-ce que ce superflu ? Voilà l'importante et l'essentielle question qu'il s'agit maintenant de bien résoudre. Si je consulte la théologie 5 que me répond-elle ? que sous ce terme de superflu 5 elle comprend tout ce qui n'est point nécessaire à Tentretien honnête de la condition et de Pétat ; et c'est là qu'elle s'en tient. Mais c'est de là même que l'ambition , que le luxe , que la cupidité , que la volupté empruntent des armes pour combattre le précepte de Taumône. Car de cette définition du superflu , naissent les prétextes , non- seulement pour secouer le joug et pour s'affranchir de la loi, mais pour la dé- Uuire et l'anéantir ; et si nous ne les renversons^

CCS faux prétextes 5 c/est ne rien lairc. Ecoulez donc ce qu'opposent les avares et les ambitieux du siècle. Ils n'ont point , disent-ils , de superflu, et tout ce qu'ils ont leur est nécessaire pour subsister dans leur état , et selon leur état : mais voici ma réponse ; et je dis qu'il faut examiner sur cela deux cboses. En premier lieu , quel est cet état ; en second lieu , ce qui est nécessaire dans cet état. Quel est cet état ? est-ce im état cbrétien , ou est-ce un état païen ? est-ce un état réel 5 ouest-ce un état imaginaire? est-ce un état borné , ou est-ce un état sans limites ? est-ce un état dont Dieu soit l'auteur , ou est-ce un état que se soit fait une passion aveugle ? car voilà le nœud de toute la difficulté. Si c'est un état qui n'ait point de bornes , un état qui ne soit fondé que sur les vastes idées de votre orgueil, un état dont le paganisme même auroit condamné les abus, et dont le faste immodéré soit le scandale et la honte du christianisme, ah ! mon cher auditeur , je conçois alors comment il peut être vrai que vous n'ayez point de superflu ; comment il est possible que le nécessaire même vous manque. Car pour maintenir ces sortes d'états, à peine dos revenus immenses suffiroient-ils ; et bien loin d'en avoir de trop, on n'en a jamais assez. C'est, dis-je , ce que je comprends : mais ce que je ne comprends pas, c'est qu'étant chrétien comme vous Fêtes , vous apportiez une telle excuse pour vous dispenser de l'aumône. En effet , si ces sortes d'états prétendus éfoient autorisés • et s'il étoit

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permis de les maintenir, que deviendroit donc le précepte de Tanmône? ou plutôt, que deviendroient les pauvres en faveur de qui Dieu Ta porté ? où Irouveroit-on pour leur entretien du superflu dans le monde , et faudroit-il que Dieu sans cesse fît des miracles pour y pourvoir ?

Mais n'entrons point , je le veux , chrétiens, dans la discussion de vos états. Supposons-les tels que vous les imaginez , tels que votre présomption vous les fait envisager : voyons seulement ce qu'il y a dans ces états , ou de nécessaire pour vous ou de superflu. Or , j'appelle au moins superflu, ce qui vous est , je ne dis pas précisément inutile , mais même évidemment préjudiciable. Car pour ne rien exagérer, je ne prends de ces états que ce qui sert à en fomenter les déréglemens , les excès, les crimes, et cela me suffit pour y trouver du superflu. J'appelle superflu ce que vous, donnez tous les jours à vos débauches , à vos plaisirs honteux : renoncez à cette idole dont vous êtes adorateur , et vous aurez du superflu. J'appelle superflu , femme mondaine , ce que vous dépensez , disons mieux , ce que vous prodiguez en mille ajustemens frivoles, qui entretiennent votre luxe , et qui seront peut-être un jour le sujet de votre réprobation ; retranchez une partie de ces vanités, et vous aurez du superflu. J'appelle superflu ce que vous ne craignez pas de risquer au jeu qui ne vous divertit plus, mais qui vous attache , mais qui vous passionne , mais qui vous dérègle , mais surtout qui vous ruine et qui vous

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ilaniiie : sacriiicz ce jeu , et vous aurez du superflu. Quoi donc , vous avez de quoi fournir à vos passions, et à vos passions les plus déréj^^lces tout ce qu'elles demandent ; et vous prétendez ne point avoir de superflu pour tout ce qu'il vous plaît , et vous n'en avez point pour les pauvres ! Voila ce que le devoir de mon ministère m'oblii^e à vous représenter , et ce que je vous conjure de vouloir bien vous représenter à vous-mêmes.

Mais ne puis-je pas me servir de ce superflu ^ pour m'agrandiret pour accroître ma fortune ? Ah ! chrétiens , voici Técueil et la pierre de scandale pour tous les riches du siècle. Ce désir de s'agrandir , de s'élever 5 de parvenir à tout, sans jamais borner ses vues , et sans jamais dire , c'est assez. Mais enfin ce désir est-il criminel ? car il faut parler exactement et dans la rigueur de Técole. Hé bien, |y consens, parlons dans la rigueur de l'école ; elle me sera avantageuse et je ne crains point qu'elle affoiblisse la vérité que je vous prêche. Je ne dis rien de ceux qui , revêtus des bénéfices et des dignités de l'Eglise, vour droiént employer le superflu des revenus ecclésiastiques à se faire une fortune et à se distinguer dans le monde : ils savent mieux que moi quels anathèmes l'Eglise a fulminés contre ce désordre; ils savent que le relâchement de la morale n'a point encore été jusqu'à favoriser là-dessus en aucune sorte leur ambition et leur convoitise ; ils savent avec quelle sévérité les théologiens les Bioins étroits et les plus îndulgens ont raisonné

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sur remploi de ce superflu, qui même , indcpendaniment des pauvres , n'appartient point aux riches bénéfîciers ; et ils n'ignorent pas que tout usage profane qu'ils en font , est de l'aveu de tous les docteurs et incontestablement un sacrilège. Que si vous me demandiez à quoi leur sert donc cette multiplicité de bénéfices , qu'ils recherchent avec tant d'ardeur, et qu'ils poursuivent avec tant d'empressement , puisqu'elle ne fait qu'augmenter le poids de leurs obligations , sans leur pouvoir être de nul avantage par rapport à ces fins humaines d'accroissement et d'élévation , c'est sur quoi je n'aurois garde ici de m'étendre , et j'aimerois mieux m'en rapporter à leurs consciences 5 qfie de faire une censure de leur conduite , dont vous serieîj peu édifiés , et dont peut-être ils seroient encore moins touchés. Ainsi revenons au point et à la question générale.

Est-ce im désir injuste et criminel que de vouloir agrandir son état ? Non , chrétiens , il ne l'es^t pas toujours ; ou si vous voulez , il ne l'est pas en soi. Mais prenez bien garde aux conditions requises, afin qu'il ne le soit pas; et voyez si de tous les désirs que l'on peut former, il y en a un plus dangereux et communément plus pernicieux. Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre état , mais comment ? selon les lois de votre religion. Par exemple , qu'il vous soit permis d'acheter cette charge , si vous avez le mérite nécessaire pour Texercer , si vous êtes capable d'y glorifier Dieu , si c'est pour l'utilité publi/^.

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que : car pourquoi vous élcvcrcz-vous aux dépens du public et de Dieu même ? Or , combien de ricbes néanmoins voyons-nous tous les jours ainsi s'élever ! 11 étoit de Tinlérét de Dieu , que cet homme qui n'a ni conscience , ni probité , n'eût jamais le pouvoir et raiitorité entre les mains ; et toutefois parce qu'il étoit riche , il a su monter aux premiers ranj^^s et parvenir à tout. L'ignorance et l'incapacité de celui-ci dévoient l'exclure de toutes affaires et de toute administration ; mais parce qu'il étoit opulent, sa présomption l'a porté a vouloir être assis sur les tribunaux de la justice pour décider et pour juger. Cependant, si Pun et l'autre ne se fût point mis en tête d'agrandir son état , ils auroient eu l'un et l'anitre du superflu ; et c'est de ce superflu qu'ils auroient accompli le précepte de l'aumône. Mais cette morale nous conduiroit trop loin.

Je veux , chrétiens , qu'il vous soit permis d'agrandir votre état , pourvu que vous vous conteniez dans les termes d'aune modestie raisonnable et sage, et que ce désir n'aille pas jusqu'à Tinfini. Pourquoi ? non -seulement parce qu'il n'est rien de plus opposé à l'esprit du christianisme que de vouloir toujours s'élever , et que cela seul , dit saint Bernard . est un crime devant Dieu , mais parce qu'il s'ensuivroit de là , que le commandement de Faumône ne seroit plus qu'un commandement chimérique et en spéculation. Car il est évident que les riches ayant droit alors , comme ils l'auroient , d'épargner tout , de ménager tout,

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de releiiir tout , il n'y aiiroit plus de superflu dans le monde ; et qu'ainsi le précepte de Paumone ne seroit plus que Pombre d'une ancienne loi , qui obligeoit nos pères , tandis que la simplicité du siècle bornoit leurs vues et les fixoit à un état ; mais qui dans la suite auroit perdu toute sa force, depuis que la science du monde nous a inspiré de plus hautes idées , et appris à bâtir de grandes fortunes. Or , dites-moi, mes chers auditeurs , si cette conséquence est soutenable.

Je veux qu'il vous soit permis d'agrandir votre état, pourvu en même temps que vos aumônes grossissent 5 proportion , et que vous posiez pour principe qu'elles font une partie et une partie essentielle de votre état. Mais ce que je veux surtout, retenez bien cette maxime , c'est qu'il ne vous soit point permis d'agrandir votre état , qu'après que vous aurez pourvu aux nécessités des pauvres , et qu'autant que les nécessités des pauvres pourront s'accorder avec cette nouvelle grandeur. Est-il rien de plus juste? Quoi, mon frère , vous travaillerez par de continuelles et de longues épargnes à vous établir et à vous pousser dans le monde , pendant que les pauvres souffriront ? xiu lieu de les soulager , vous n'aurez point d'autre soin que d'amasser et d'acquérir ; et vous insulterez, pour ainsi parler, à leur misère, en leur faisant voir dans votre élévation Péclat et la pompe qui vous environne ?Non , mon Dieu , direz-vous si vous êtes chrétien , il n'en ira pas de même. Je sais trop à quoi m'engage

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la cljaritc que je dois à mon prochain. Il n'est pas nécessaire que je sois plus riche ni plus grand ; mais il est nécessaire que vos pauvres subsistent Mon premier devoir sera donc de les secourir , et tandis que je les verrai dans Tindigence , je ne regarderai le superflu de mes biens que comme \m dépôt que vous m'avez confié pour eux. Voilà comment vous parlerez : et si la nécessité des pauvres devenoit extrême , non-seulement vous y emploîrez le superflu , mais le nécessaire même de votre état : pourquoi ? parce que vous devez aimer votre prochain préférablement à votre état; et s'il faut rabattre quelque chose de votre état , pour conserver votre frère , c'est à quoi vous devez consentir et vous soumettre , afin que votre frère ne périsse pas. Ainsi l'enseigne toute l'école.

Et quand je dis nécessité extrême du prochaiti^, e n'entends pas seulement nécessité extrême par -apport à la vie ; j'entends nécessité extrême par rapport aux biens, à f honneur, à la liberté. Je m'explique. Vous savez que ce malheureux doit languir des années entières dans une prison , si 'on ne contribue à sa délivrance ; vous savez que cette jeune personne va se perdre , si l'on ne s'empresse de l'aider : c'est du nécessaire même de votre état que leur doit venir ce secours; par quelle raison ? parce que ce sont là des nécessités extrêmes. Telle est ma pensée ; et ce que je pense n'est point ce qui s'appelle morale sévère , puisque c'est la morale même de ceux

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qu^on a le plus soupçonnés et accuses de relâchement.

Ah ! chrétiens , qiiHl y a de vérités dont on n'est pas encore persuadé dans le christianisme ! Je vois bien ^ reprend saint Augustin dans ses commentaires sur le psaume trente-huitième ( et j'avoue 5 mes frères , que voici le seul prétexte qui seroit capable de m'arrêter , et que j'aurois peine à combattre , si ce saint docteur ne l'avoit luimême détruit); je vois ce que vous m'allez opposer. Vous dites que vous avez une famille et des enfans à pourvoir ; d'où vous concluez que vous pouvez donc garder votre superflu ; Video quid dicturus es : filiis servio. Mais je vous réponds , ajoute ce Père , que sous une apparence de piété , cette parole n'est qu'une vaine excuse de votre iniquité : Sed hœc vox pietatîs excusatio est iniquitatîs. Non , chrétiens , ce prétexte , tout spécieux qu'il est , ne vous justifiera jamais devant Dieu. Soit que vous ayez des enfans à établir ou non 5 du moment que vous avez du superflu , vous le devez aux pauvres, selon les règles de la charité : car ces règles sont faites pour vous, et elles n'ont rien d'incompatible avec vos autres devoirs. Vous devez pourvoir vos enfans? nxais vous ne devez pas oublier les membres de Jésus - Christ, Si Dieu vous avoit chargé d'une plus nombreuse famille , vous sauriez bien partager vos soins paternels entre tous les sujets dont elle seroit composée. Or, regardez ce pauvre comme un enfant de surcroît dans votre maison.

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E;(Ccllontc praliqiie , d'adopter l(\s pauvres qui vous représentent Jésns-Cljrist ^ et de les niellrcî au nombre de vos en fans !

Mais enfin , ajoutez- vous , les tenips sont mauvais , chacun souffre ; et n'est-il pas alors de la prudence de penser à Tavenir , et de £i[arder son revenu ? C'est ce que la prudence vous dicte ; mais une prudence réprouvée , ime prudence charnelle et ennemie de Dieu. Tout le monde souffre et est incommodé , j'en conviens ; mais après tout , si j'en jugeois par les apparences , peut-être aurois-je peine à en convenir, car jamais le faste , jamais le luxe fut-il plus grand quil est aujourd'hui? et qui sait si ce n'est point pour cela que Dieu nous châtie , Dieu , dis-je , qui, selon TEcriture , a en horreur le pauvre superbe ? Mais encore ime fois , je le veux , les temps sont mauvais ; et que concluez-vous de là ? si tout le monde souffre , les pauvres ne souffrent-ils point ; et si les souffrances des pauvres se trouvent jusque chez les riches, à quoi doivent être réduits les pauvres mêmes ? Or , à qui est-ce d'assister ceux qui souffrent plus , si ce n'est pas à ceux qui souffrent moins ? Est-ce donc bien raisonner de dire que vous avez droit de retenir votre superflu , parce que les temps sont mauvais , puisque c'est justement pour cela même que vous ne le pouvez retenir sans crime , et que vous êtes dans une obligation particulière de le donner?

Cette morale vous étonne , et vous paroît n'aller à rien moins qu'à la damnation de tous les n-

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elles. Il me suffit de vous répondre avec le chancelier Gerson, que ce n'est point cette morale qui damne les riches , mais que ce sont les riches qui se damnent , pour ne vouloir pas suivre cette morale. Aussi le Fils de Dieu n'attribue point la réprobation du mauvais riche de l'Evangile à une autre cause. De conclure que tous les riches sont damnés , c'est mal penser de son prochain; c'est vouloir entrer dans les conseils de Dieu , et juger des autres avec témérité et avec malignité. Faisons notre devoir, mes frères , dit saint Augustin , et il ne nous arrivera jamais de tirer de pareilles conséquences. Quand nous serons charitables et miséricordieux , nous trouverons qu'il y en a d'autres qui le sont aussi -bien que nous 5 et qui le sont plus que nous. Quoi qu'il en soit , mon cher auditeur, n'abusez point du superflu de vos biens; et puisque Dieu vous le demande pour servir à voire salut , ne le faites pas servir à votre perte éternelle. Souvenez -vous qu'il le faudra laisser im jour 5 ce superflu ; et qu'après vous être rendu odieux dans le monde en le réservant , après vous être attiré la haine de Dieu , vous le quitterez à la mort : au lieu qu'en le consacrant à la charité, vous le ménagez pour lé Ciel. Souvenez-vous que rien même n'engagera plus Dieu à verser sur vous ses bénédictions temporelles , qu'un saint usage de vos biens en faveur des pauvres. La parole de Jésus-Christ y est expresse : donnez , et vous recevrez. Achevons. Précepte de l'aumône , matière de l'aumône , c'est de quoi je vous ai par-

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lé. En voici Tordre , et c'est le sujet de la dernière partie.

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