f DIMiNCnE DE LA 1^^ SEMAOE
devoirs tel et Ici allaclieincnt , dont la seule passion est le nœud , et qu'il faudroit rompre ; tant d'assiduités auprès d'un objet vers qui l'inclination vous porte , et dont il faudroit vous séparer ?
Je ne le puis , dites-vous. Vous ne le pouvez? Et moi je prétends , souffrez cette expression , oui 5 je prétends qu'en parlant de la sorte , vous mentez au Saint-Esprit , et vous faites outrai^e a sa grâce. Voulez -vous que je vous en convainque j mais d'une manière sensible 5 et à laquelle vous avouerez que le libertinage n'a rien à opposer ? Ce ne sera pas pour vous confondre mais pour vous instruire comme mes frères , et comme des hommes dont le salut doit m'étre plus cher que ma vie même : jVoîi ut confundam vos (i). La disposition où je vous vois m'est favorable pour cela , et Dieu m*a inspiré d'en profiter. Elle me fournit une démonstration vive , pressante 5 à quoi vous ne vous attendez pas , et qui suffira pour votre condamnation , si vous n'en faites aujourd'hui le motif de votre conversion. Ecoutez-moi ^ et jugez-vous.
Il y en a parmi vous 5 et Dieu veuille que ce ne soit pas le plus grand nombre 5 qui se trouvent au moment que je parle, dans des engagemens de péché 5 si étroits , à les en croire , et si forts , qu'ils désespèrent de pouvoir jamais briser leurs liens- Leur demander que pour le salut de leur ame ils s éloignent de telle personne ^ c'est , di-
(i) 1 Cor. 4.
sent-îls 5 leur demander Timpossible. Mais celle séparation sera-t-elle impossible , dès qu'il faudra marcher pour le service du prince , à qui nous faisons tous gloire d'obéir ? Je m'en liens a leur témoignage : y en a-t-il un d'eux qui, pour donner des preuves de sa fidélité et de son zèle , ne soit déjà disposé à partir, et à quitter ce qu'il aime ? Au premier bruit de la guerre qui commence à se répandre , chacun s'engage , chacun pense à se mettre en route ; point de liaison qui le retienne , point d'absence qui lui coûte , et dont il ne soit résolu de supporter tout l'ennui. Si fen doutois pour vous , je vous offenseroîs ; et quand je le suppose comme indubitable , tous recevez ce que je dis comme un éloge , et vous m'en savez gré. Je ne compare point ce qu'exige de vous la loi du monde , et ce que la loi de Dieu vous commande. Je sais qu'en obéissant à la loi du monde , vous conserverez toujours la même passion dans le cœur , et qu'il y faut renoncer pour Dieu ; et certes il est bien juste qu'il y ait de la différence entre l'un et l'autre , et que j'en fasse plus pour le Dieu du Ciel que pour les puissances de la terre. Mais je veux seulement conclure de là 5 que vous en imposez donc à Dieu quand vous prétendez qu'il n'est pas en votre pouvoir de ne plus rechercher le sujet criminel de votre désordre , et de vous tenir ^ au moins pour quelque temps , et pour vous éprouver vousmême 5 loin de ses yeux et de sa présence. Car encore une fois vous retiendra-t-il , quand Thon-
nciir vous appellera ? et avec quelle promptitude vous verra-t-on courir et voler au premier ordre que vous recevrez , et que vous vous estimerez heureux de recevoir ! Quiconque auroit un moment balancé, seroit-il digne de vivre? oseroit-il pnroître dans le monde ? n'en deviendroit-il pas la fable et le jouet?
Ah ! chrétiens , disons la vérité , on a trop affoibli 5 ou même trop avili les droits de Dieu. S'il s'agit du service des hommes , on ne reconnoît point d'engagement nécessaire ; tout est sacrifié , tout le doit être , puisque l'ordre de Dieu le veut ainsi. Mais s'agit-il des intérêts de Dieu même ? on se fait un obstacle de tout , on trouve des difficultés partout, et l'on manque de courage pour les surmonter. Ceux mêmes qui de^ vroient s'opposer h ce relâchement , les prêtres de Jésus -Christ , malgré tout leur zèle , se lai.ssent surprendre à de faux prétextes , et sont euxmêmes ingénieux à en imaginer , pour modérer la riirueur de leurs décisions. On écoute un mondain , on entre dans ses raisons, on les fait valoir, on le ménage , on a des égards pour lui, on lui donne du temps ; on dit que l'occasion , quoique prochaine , ne lui est plus volontaire , quand il ne la peut plus quitter sans intéresser son honneur; et on lui laisse à décider , tout mondain qu'il est , si son honneur y est en effet intéressé , et intéressé suffisamment pour contrebalancer celui de Dieu : on veut qu'il puisse demeurer dans cette occasion , ou du moins qii'on
ne puisse l'obliger à eu sortir 5 s'il n'en peut sortir sans se scandaliser lui-même , et on s'en rapporte à lui - même 5 ou plutôt à sa passion et h son amour-propre , pour juger en effet s'il le peut. On cherche tout ce qui lui est en quelque sorte favorable, pour ne le pas rebuter ; c'està-dire , qu'on l'autorise dans son erreur , qu'on l'entretient dans son libertinage , qu'on le damne et qu'on se damne avec lui. Car j'en reviens toujours à ma première proposition. En vain attendons-nous une grâce de combat pour vaincre la tentation , lorsque la tentation est volontaire , et qu il ne tient qu'à nous de la fuir. En vain même l'aurons-nous , cette grâce de combat dans les tentations nécessaires 5 si nous ne sommes en effet disposés à combattre nous-mêmes : comment? surtout comme Jésus-Christ , par la mortification de la chair. Vous Valiez voir dans la seconde partie.