DEUXIÈME PARTIE
Quelque emportés que nous soyons dans nos passions 5 et quelque déréglés que nous pussions être dans nos mœurs , nous avons , chréliens , une conscience ; et il nous est même si naturel non-seulement d'en avoir une , mais d'en suivre les mouvemens , que jusque dans l'état et le désordre du péché, quand nous secouons le joug de la conscience , par une conduite bien surpreliante , mais qui n'a rien néanmoins de contradictoire , nous nous faisons une conscience pour n'en point avoir , et pour pécher avec plus de liberté. Conduite, remarque judicieusement saint
Bernard , dans rexcellorit traite qu'il a composé sur cette matière , conduite d'où nous apprenons qu'il faut distinguer en nous deux sortes de consciences ; Tune que Dieu nous a donnée , et Tautre dont nous sommes nous-mêmes les auteurs : Tune, pure et droite , parce qu'elle est Touvraj^e de Dieu ; l'autre fausse et pleine d'erreurs , parce que nous la formons, dans nous , et qu'elle vient de nous. Prenez garde , s'il vous plaît. Conscience droite , dont nous ne saurions nous défaire , et que nous ne pouvons corrompre. Fausse conscience 5 mais qui , par la raison même qu'elle est fausse , ne peut jamais être tranquille; ou du moins dont la tranquillité ne peut être constante in à répreuve de certains états , de certaines conjonctures , où elle est immanquablement et nécessairement troublée : voilà ce que je vous donne encore comme un préjugé secret et domestique , mais sûr et infaillible du jugement de Dieu. Celle-là 5 dans sa droiture et dans son intégrité; celle-ci , dans ses variations et dans son instabilité : celle-là 5 dans la pureté de ses lumières; celle-ci., jusque dans son aveuglement : l'une etl'autre, parleursreprocheset leurs anxiétés. Suivez-moi toujours, mes cbers auditeurs. Ces deux articles, paroù je vais finir, comprennentce qii'ily a dans la religion de plus solide et de plus touchant. Il a été de la sagesse et de Tempire de Dieu , disoit David , d'établir sur les hommes un législateur; et ne puis-je pas dire que sans autre légis- , lateur et sans autre loi, nous avons une cous-
JUGEMENT DERNIER. !25l
ciciice qui suffit pour nous tenir lieu de loi , et qui nous domine avec plus d'empire que tous les léfjislateurs ? QuVst-ce que la conscience? uu jugement , répond saint Bernard , que nous faisons de nous-même^, et que malgré nous nous prononçons contre nous-mêmes. Car il n'est pas en notre pouvoir , tandis que nous avons une conscience ^ de ne nous pas juger; il ne nous est pas libre de pécher et de ne nous pas condamner. Or ce jugement forcé de nous-mêmes est déjà le préliminaire du jugement Dieu, puisqu'il n'est forcé que parce que c'est Dieu même qui le fait en nous indépendamment de nous ; ou plutôt , parce que c'est Dieu même qui se sert de nous pour exercer sur nous sa plus souveraine et sa plus absolue domination.
Ne savez -vous pas, dit -il à Caïn au moment qu'il médiloit le meurtre de son frère , et que saisi de l'horreur d'une si noire perfidie il a voit peine à s'y résoudre , ne savez -vous pas que si vous faites bien , vous en aurez la récompense ; et que si vous faites mal , votre péché se présentera d'abord devant vous ? Nonne si benè egeris 5 recipies ? sin aidem malè , statini in foribus peccatuîîi aderit (i)? C'est-à-dire , comme l'expliquent saint Jérôme et après lui tous les interprètes 5 ne savez vous pas que le jugement de votre péché suivra de près votre péché même ; et qu'à riastant que vous l'aurez commis , sans aller plus loin , et sans attendre davantage , vous
(i) Geues. 4.
252 LU^DI DE LA 1''^ SEMAllNE.
cri trouverez dans vous-méme la coiidaînrialîon et le chàliincul ? Ne savcz-vous pas que ce péclic ne sera pas plulùt sorti de voire cœur , où votis l'aurez conçu et enfanté 5 qu'il se tournera contre vous 5 qu'il se lera voir à vous pour vous troubler, pour vous edrajer , pour vous tourmenter? Siatitn inforibus peccattuti adcîût. C'est ce qu'cj)rouva Caïn , et l'effet répondit à la menace. A peine a-t-il satisfait son ressentiment et sa passion 5 à peine a-t-il porté ses mains parricides sur l'innocent Abel , que le voilà livré à sa conscience, qui 5 comme un juge inexorable , disons mieux, qui 5 comme un impitoyable bourreau , lui fait souffrir le plus cruel supplice. Il tombe , dit le texte sacré , dans un abattement qui paroît sur son visage , mais qui n'est encore qu'une légère figure du trouble de son ame et des remords dont son cœur est déchiré. Il entend la voix de Dieu qui le poursuit. Qu'avez-vous fait ? lui dit le Seigneur ; le sang de votre frère crie vengeance' contre vous. Celte voix de Dieu qui lui parle, cette voix du sang d'Abel qui crie contre lui 5 ce n'est rien autre chose, disent les Pères, que la voix intérieure de sa conscience qui lui reproche son crime. Ah ! mon péché est trop grand , conclut-il lui-même , pour en espérer la rémission. Il en convient, il ne s'en défend pas ; bien loin de penser à se justifier , il est le premier à se condamner et à se punir. Car il se relire , selon l'expression de l'Ecriture , de devant la face du Seigneur, il est fugitif et vagabond
sur la terre , il se regarde comme un homme maudit; et ce que nous remarquons dans Texemple de ce fameux réprouvé , l'image de tous les réprouvés , c'est encore ce qui se passe tous les jours dans la conscience des pécheurs.
Or n'est-ce pas là , reprend éloquemment saint Auguslin , le jugement de Dieu déjà commencé? ces agitations , ce saisissement du pécheur à la vue de ses crimes , cette horreur de lui-même en les commettant, cette honte et même ce désespoir de les avoir commis , ce soin de les couvrir et de les tenir cachés , ces alarmes secrètes mais pleines d'effroi 5 ces agonies mortelles , convaincu qu'il est de ce quil a fait et de ce qu'il mérite : que nous présage tout cela . disons mieux , que nous démontre tout cela, sinon un jugement, mais un jugement redoutable dont nous sommes menacés , et qui , dès maintenant et en partie , s'exécute dans nous-mêmes?
Oui , c'est par nos propres consciences , que Dieu déjà nous fait notre procès , et il n'a pas besoin pour nous juger d'un autre tribunal. Ce sont nos propres consciences qui lui fournissent contre nous des témoignages et des preuves; et quand ma conscience me reproche que je suis un criminel , que j'ai péché contre la loi , que ce que je fais est injuste , c'est comme si Dieu me disoit ce que le maître de l'Evangile dit à ce mauvais serviteur : De ore tuo te judico (i) , je vous condamne par votre bouche. Il s'ensuit donc , qu'à
(i) Luc. 19.
ïîî.î LUNDI m: la i^'^ semal\£.
prciulro la cliose dans un sens , et dans un sens trcs-naUirel , le jugement de Uieu à notre égard est déjà fait , et qu'il n'est point nécessaire que nous attendions pour cela ce dernier jour, où le Fils de riiomme 5 assis sur le frone de sa gloire, portera des arrêts de vie et de mort. Car ce jugement extérieur et public que Dieu fera de nous à la Hn des siècles, n'ajoutera rien à ce jugement secret et intérieur de nos consciences , que l'appareil et la solennité; et supposé la justice que nous nous serons rendue , et que nous nous 1 cndons malgré nous dans le fond de Tame , il ne restera plus , ce semble, au Sauveur du monde , que de produire au jour ce que nous aurons caché dans les ténèbres.
C'est pourquoi TApolre , parlant du jugement dernier, l'appelle si souvent le jour de la manifestation des cœurs , le jour de la révélation , où le livre des consciences sera ouvert ; comme si tout le jugement de Dieu devoit consister à ouvrir ce livre , et à nous faire voir que nous sommes déjà jugés par nous-mêmes et dans nousmêmes. Mystère que saint Augustin avoit bien compris , lorsque expliquant ces paroles de Jésus- Christ , Qui non crédit jam judicatus est (i) ^ celui qui ne croit pas est déjà jugé , il en tire cette admirable conséquence , Nondum apparuit judiciitni ^ et faclum est judicium ^ le jugement de Dieu ne paroît pas encore , et il ne paroîtra qu'à la consommatioa des temps; mais
(i) I Jonu. 3.
sans paroître, il est néanmoins déjà fait pour nous. Nous le prévenons , ou plutôt nous n'en attendons ^ pour ainsi dire , que la publication , parce que nous en trouvons déjà dans nous l'instruction et la décision : Nondum apparuif judiciiim 5 et jam factiim est judicium. Ah ! mes chers auditeurs , avec quelle attention ^ avec quelle crainte, avec quel respect ne devons-nous donc pas écouter la voix de la conscience , puisque c'est la voix de Dieu même , non-seulement qui nous menace , mais qui nous juge !
Cependant si cette voix secrète que Dieu nous fait entendre , sans se montrer encore à nous , toute secrète qu'elle est , nous saisit néanmoins si vivement, et nous cause tant de frayeur et d'épouvanle 5 que sera-ce quand Dieu éclatera? Quand , au son de la trompette fatale qui réveillera les morts , et qui des quatre parties du monde rassemblera tous les hommes , il nous appellera nous-mêmes devant son tribunal ? Quand , assis sur le trune , non point seulement de sa majesté , mais de sa justice ; au milieu de ses minisires et armé de son tonnerre , il se présentera lui-même à nous comme un Dieu irrité, comme un Dieu ennemi, comme un Dieu vengeur ? Quand aux yeux de tout Tunivers , également attentif à l'écouter et à nous considérer , il tirera de notre cœur notre condamnation pour la rendre juridique et solennelle , et que , par un dernier jugement , il viendra confirmer , et pour user de cette expression , sceller l'arrêt que nous aurons tant de fois déjà porté
l'jC) LUNDI DK LA I'<' SLMAINE.
ronlre nous ? Cest là , dit le Sayc , que les pr- ( heurs senliront plus que jamais tout le poids de leurs péchés. C'est là qu'ils en {gémiront plus amèrement que jamais : Et erunt (jeinentes (i). C'est là qu'ils en verront avec plus d'horreur que jaluais 5 et loute l'énormité , et toute la honte : Et eriint in contunielid inler moi^tuos in peiyeiuuni (2). C'est là qu'ils en craindront plus que jamais les suites affreuses , P^enient in cogitatione peccatorum suoruni timidi (3); qu'ils eu seront accahlés , qu'ils en seront désolés , Usqicc ad siipremiirn desolaoïuiiur (4); t^t que la cons' cience , si grièvement blessée et si souvent méprisée 5 témoin et juge , mais témoin alors et juge public 5 vengera pleinement sur eux et authenliquement ses droits : Ettraducent illosex adverso iniquitates ipsorum (5).
Conscience droite dont nous ne pouvons dès cette vie même , ni toujours , ni absolument nous défaire. Ceci est remarquable. Car il ne dépend pas de- nous d'avoir ou de n'avoir pas cette lumière que Dieu fait luire sur nous, et, comme parle le Prophète , qu'il a gravée dans nos âmes en nous imprimant ce caractère de raison qui est une partie de nous-mêmes : Signatiim est supei^ nos lumen vultûs tui y Domine (6). Il ne dépend pas de nous de l'effacer, ce divin caractère. Dès qu'il a plu à Dieu de nous donner cette droiture d'esprit , comme la première grâce et le fondement
(i) Sap 4. — (2) Il^id — (3) Ibid. — (4) ll^id, — (5) Il?id, -. (6) Ps. 4.
de toutes les autres grâces 5 quoi que nous fassions j nous avons à compter avec nous-mêmes , et il ne nous est plus libre de vivre dans cette indépendance où le libertinage voudroit bien parvenir, mais où il ne parviendra jamais tandis que cette raison subsistera.
En vain voulons- nous éteindre ce rayon qui nous éclaire ; en vain faisons - nous des efforts pour secouer le joug de la conscience , pour en étouffer la voix qui nous importune , pour en émousser les pointes qui nous piquent, pour nous endurcir contre ses remords et nous affermir contre ses reproches. C'est un censeur qui nous suit partout 5 qui nous accuse partout , qui nous condamne partout : nous le trouvons au milieu de nos plaisirs , et il y répand l'amertume ; nous le trouvons dans les plus nombreuses compagnies, et , malgré le tumulte et le bruit du monde , il nous fait entendre ses cris; nous nous disons mille fois à nous-mêmes , pour nous rassurer , comme les impies : Paix , paix, Dicentes ^ pax^ pax (i); et mille fois la conscience nous répond : Point de paix; guerre et mort : Et non erat pax. Or de là , concluoit saint Augustin , j'apprends , Seigneur, ce que je dois craindre de votre justice. Car je me dis à moi-même , ajoutoit ce Père : Si je ne puis éviter le jugement de ma conscience ^ dont les lumières , quoique pures , ne sont néanmoins encore qu'obscurité et que ténèbres com^ parées à celles de Dieu , comment me défendrai je
(t) Jen»m, 6.
de ce jugement où sera employée contre moi toute la sagesse 5 toute la vérité, toute la science , et, ce qui doit bien plus me faire trembler , toute ta sainteté de Dieu même ? Jugement inévitable ; rien qui puisse me dérober au pouvoir du Juge qui me poursuit. Jugement irrévocable ; rien qui lui fasse changer Tarrét qu'ail aura une fois prononcé. Jugement éternel ; autant que Dieu sera Dieu , et il le sera toujours , autant sera-t-il mon juge ; et autant qu'il sera mon juge, autant me tiendra4-il toujours dans sa puissance et toujours soumis à ses coups.
Mais après tout , à force de se pervertir , ne peut-on pas se faire une fausse conscience ; et du moins la fausse conscience n'affoiblit - elle pas alors 5 ou même ne détruit- elle pas entièrement ce préjugé que nous pouvons tirer de nous - mêmes pour connoître le jugement de Dieu? Ecoutez ma réponse : car je conviens du principe ; mais sur ce principe je raisonne bien autrement que vous, et je prétends qu'il en doit suivre une conséquence loute contraire. 11 est vrai que , par l'aveuglement où nous jette le péché , Ton se fait tous les jours dans le monde de fausses consciences ; mais je dis que ces fausses consciences sont elles-mêmes les plus sensibles et les plus tristes préjugés du jugement de Dieu. Gomment cela ? Ah I chrétiens, que le temps ne me permet-il dte donner à cette vérité toute l'étendue qu'elle demande ? mais il y faudroit un discours entier. En effet , ces fausses consciences que nous nous fai-
sons 5 et qui se forment en nous par la corruption du péché 5 ne sont jamais^ ou presque jamais , dos consciences tranquilles ; et Texpérience surtout nous apprend qu'elles ne sont point à Téprcuve , ni des frayeurs de la mort, ni de certaines conjonctures dans la vie , où . malgré nous , leur apparente et prétendue tranquillité est nécessairement troublée. Or , cela même , dans la pensée de saint Augustin, est une des plus fortes conjectures et une des plus incotitestables preuves du jugement de Dieu que je vous prcclie , et de sou extrême sévérité.
Car s'il n'y a voit point de jugement à craindre , ou si ridée de ce jugement pouvoil être effacée de mon esprit , en sorle qu'il n'en restât nulle vue, îiul souvenir , nulle créance , dans quelque aveuglement que ma conscience se fût plongée , il me seroit aisé dy trouver la tranquillité et la paix ; quelque grossières que fussent mes erreurs; bien loin de troubler mon repos , elles Taffermiroient. Ne pensant jamais quil y a un juge au-dessus de moi et un tribunal où je dois répondre , je vivrois sans inquiétude ; et le dernier de mes soins seroit de m'éclaircir et de m'instruire si ma conscience est droite ou non , si je suis dans la bonne voie ou sr je n'y suis pas, si je me flatte, si je me trompe, si je m'égare ; parce que je ne verrois pas le danger que Ton court en se flattant , en se trompant , en s'égarant. Voilà la situation où je serois. D'où vient donc quil n'en va pas ainsi? d'où vient q^:ic celte fausse conscience ne peut être calme ,
2(jO LLi^'UI DE LA 1^^' SKMALNK.
cl (ju elle est au contraire une source de remords que nous combattons inutilement et que nous ne pouvons étouffer? D'où vient qu'à travers les nuaj^es épais de rinlérét ou de la passion qui la forment 5 il s'ccliappe toujours certains rayons de lumière qui 5 malgré nous , nous font entrevoir ce que nous voudrions ignorer ? En un mot , d'où vient que la conscience aveugle et corrompue ne remporte jamais tellement sur la saine conscience 5 que celle-ci 5 quoique d'une voix foible , ne réclame encore contre le mal que nous faisons , et qu'au moins ^ par des doutes affligeans et par des syndérèses importunes , elle empêche la prescription de l'erreur qui nous fait agir ? Pourquoi tout cela 5 chrétiens? parce que nous ne sentons que trop qu'il y a un jugement de Dieu ^ où les ténèbres de nos consciences doivent être dissipées et nos erreurs confondues.
C'est pour cela même, dit saint Grégoire pape , belle jet solide remarque 5 c'est pour cela que plus le jugement de Dieu est proche 5 plus la fausse conscience devient chancelante et timide dans son erreur. Pendant le cours de la vie, elle peut se soutenir en quelque manière ; et plus elle est fausse 5 plus elle paroît ferme et paisible. Mais aux approches de la mort toute sa fermeté se dément , la vérité reprend Tascendant sur elle 5 et c'est là qu'elle commence à se réveiller , à s'examiner , a se défier d'elle-même , à s'agiter. Ainsi , par exemple , tandis que vous êtes dans une santé florissante 5 vous jouissez tranquillement du bien d'au-
fruî 5 et vous le retenez sans scrupule ; vous avez pour cela vos raisons dont vous êtes convaincu , ou dont vous croyez l'être ; vous avez consulte des gens habiles ou prétendus tels , et vous vous en reposez sur eux ; malgré l'injustice , vous comptez sur votre bonne foi , vous demeurez en paix : ainsi , dis-je 5 le présume-t-on 5 tandis qu'on ne pense qu'a goûter les douceurs de la vie 5 et que l'aiguillon de la mort ne se faiî;, pas encore senlir ; car jusque là quelquefois s'étend le règne de la fausse conscience. Mais qu'il survienne une maladie dangereuse , et qu'on se trouve pressé des douleurs de la mort , c'est alors que cette conscience tout-à-coup se déconcerte ; c'est alors qu'elle tombe dans les incertitudes et les perplexités les plus cruelles ; c'est alors que ces raisons sur quoi l'on s'appuyoit , ne paroissent plus si convaincantes ; que les conseils quon a suivis , deviennent suspects ; que cette bonne foi dont on se flattoit , semble douteuse ; qu'on ne trouve plus celte possession si légitime et si valide , et qu'on prend bien d'autres idées touchant le devoir rigoureux et indispensable de la restitution ; pourquoi? parce que le jugement de Dieu , qui n'est pas loin, change tout le système des choses et les met dans une évidence où elles n'ont jamais été. Si c'étoit une conscience droite et conforme à la loi de Dieu , elle se soutiendroit à la vue même du jugement de Dieu ; ou, s'il n'y avoit point de jugement, quoique fausse et erronée , elle seroit tranquille à la mort même. Mais ce qui
iGî LUNDI DE LA 1'^ SEMAINE.
reffraie à celte deniièrc heure, c'est sa fausseté opposée à la vérité de ce jugement redoutable dont la mort doit être suivie. Ce qui Teffraie, c'est la présence d'un Juye souverain de qui seul dépend 5 ou tout notre bonheur , ou tout notre malheur ; à qui seul nous devons tous rendre compte , mais qui ne rend compte a nul autre qu'à luimême de ses arrêts; d'un Juge équitable qui pose tout dans la plus juste balance , et qui punit précisément 5 ou qui récompense selon les œuvres ; d'un Juge éclairé , qui lit dans le fond des cœurs pour en connoître les plus secrets sentimens, qui voit tout et qui n'oublie rien , qui tient tout marqué dans son souvenir avec des caractères ineflaçablcs , par conséquent à qui rien n'échappe , pas une pensée , pas un désir , pas une parole , pas une œillade , pas un geste , pas un meuve-, ment ; d'un Juge tout - puissant , qui , bien audessus des juges de la terre, lesquels n'exercent leur justice que sur le corps , peut avec le corps perdre l'ame , et la perdre pour jamais ; d'un Juge inflexible , que rien ne touche, ni inclination, ni compassion , ni égard, ni considération, ni crainte, ni espérance ; voilà ce que le plus aveugle et le plus endurci pécheur ne peut voir de près avec assurance ; voilà ce qui le surprend, ce qui l'interdit, ce qui le confond.
Concluons par rexcellente réflexion de saint Bernard , qui renferme tout le fruit de ce discours. De trois jugemens que nous avons à subir, celui du monde , celui de nos consciences et celui de
Dieu. Saint Paul méprisoit le premier , il se répoudoit du second ^ mais il redoutoit le troisième. II méprisoit le premier, quand il disoit ; Peu m'importe que le monde me juge. II se répondoit du second , quand il ajoutoit : Ma conscience ne me reproche rien. Et il redoutoit le troisième , quand, tout apôtre qu'il étoit , il craignoit d'être réprouvé : Subierat Pauius jadiciummundi qiiod aspernabatur , judiciurn sut c/iio cjloriabatur ; sed restabat judiciurn Dei qitod r^everebahir. Or, quoi qu'il qm soit à notre égnrd , et du jugement du monde, et du jugement de notre conscience, craignons au moins, mes chers auditeurs, et craignons toujours le jugement de Dieu. Et parce que cette crainte est un don de Dieu , demandons-la tous les jours à Dieu. Car il n'est rien de plus naturel que de craindre ; mais il n'est rien de plus surnaturel ni de plus divin , que de craindre utilement pour le salut , ce qui faisoit dire au Prophète royal : Confiqe timoré tua carnes meus (i); Seigneur, pénétrez ma chair de voire crainte ; de votre crainte , ô mon Dieu , et non pas de la mienne ; car la mienne me seroit inutile et même préjudiciahle : elle me troubleroit sans me convertir, au lieu que la votre me convertira et me sanctifiera en me troublant. Or voilà celle dont j'ai besoin , et que je vous demande comnie une de vos grâces les plus exquises , sachant bien qu'elle vient de vous et non pas de moi :: Confige timoré tuo.
(î.) Psalm. 1 18.
36 f LUNDI DE LA I^'^ SExMAINK.
Craignons le jugement de Dieu , et craîgnonsle , quel{[ue juste et dans quelque état de perfection que nous puissions être ; car les saints euxmêmes le craignoient , et ils étoient saints parce qu'ils le craignoient. Ne nous en rapportons pas aux libertins du siècle , qui vivent dans Tignorance et dans Foubli des choses de Dieu. Mais croyons-en ceux qui furent éclairés des pliLS pures lumières de la vraie sagesse. Consultons les Jérôme et les Hilarion ; il nous feront là-dessus des leçons touchantes. Tenons-iious-en toujours à ce parallèle , et disons-nous à nous-mêmes : Si ces hommes qui furent des modèles et des miracles de sainteté , ont craint le jugement de Dieu, comment dois-je le craindre , moi pécheur 5 moi couvert de crimes? s'ils Pont craint dans les déserts et les solitudes , comment dois-je le craindre 5 moi qui me trouve exposé à tous les scandales et à toutes les tentations du monde ? s'ils Tout craint dans les exercices et dans la ferveur d'une vie si austère et si pénitente , comment dois-je le craindre dans une vie si commune , si lâche , si imparfaite ? Pour peu que nous ayons de christianisme et de foi , cette comparaison nous persuadera et nous édifiera.
Craignons le jugement de Dieu y mais craignons-le souverainement ; car il ne sert à rien de le craindre , si nous ne le craignons préférablement à tout , comme il ne sert à rien d'aimer Dieu 5 si nous ne Taimons par-dessus tout. Et voilà y mes frères • notre désordre ; nous craignons
le
le jugement de Dievi , mais nous craignons encore plus les maux de la vie. Car la crainte des maux de la vie nous rend soigneux ^ vigilans 5 actifs ; et la crainte du jugement de Dieu ne nous fait faire aucun effort ni rien entreprendre. Craignons le jugement de Dieu , mais craignops encore plus le péché 5 puisque c'est le péché qui le doit rendre si formidable , ou , pour mieux dire , craignons le jugement de Dieu pour fuir le péché 5 et fuyons le péché 5 pour ne plus tant craindre le jugement de Dieu.
Craignons le jugement de Dieu , mais ne nous contentons pas de le craindre ; servons-nous de cette crainte pour corriger les erreurs de notre esprit 5 pour modérer les passions de notre cœur, pour résister aux attaques de la concupiscence , pour nous détacher des vains plaisirs du siècle , en un mot pour réformer toute notre vie , suivant la belle maxime de saint Grégoire de Nazianze : Hœc time y et hoc timoré eruditus ani-^ 7num à concupiscentiis quasi frœno qiiodam re^ Irahe. Quand notre conscience nous fera des reproches secrets , et que par de pressans remords elle nous avertira que nous ne sommes pas dans Tordre , et que nous nous damnons ; rentrons en nous-mêmes 5 et disons à Dieu : Ah! Seigneur, comment pourrai- je soutenir votre jugement ^ puisque je ne saurois même soutenir celui de ma raison et de ma foi ? Quand nous nous trouvons engagés dans une occasion dangereuse , figuronsnous Dieu qui nous voit et qui de sa main va lui^
TipuRD. Carême. I, 23
iGG LUNDI DE LA 1^^ SEMAINJÎ.
nicme écrire notre arrêt connue celui de l'impie IJaltazar : ce ne sera point nne imajjination , mais une vérité. Quand la tentation nous attaquera , et que nous sentirons notre volonté ébranlée , armons-nous de cette pensée , et demandonsnous : Que voudrois je av^oir fait, lorsqu'il faudra comparoître devant le tribunal de Dieu ? Quand la passion voudra nous persuader que ce péché H^est pas si grand qu'on le pense , et qu'il n'est pas probable que le salut dépende de si peu de chose 5 faisons la réflexion de saint Jérôme : Mais Dieu en jugcra-t-il de la sorte ?
Craignons le jugement de Dieu , et que cette crainte de Dieu nous excite à le fléchir et l'apaiser. Car, comme dit saint Augustin , il n'y a point d'autre appel de notre juge irrité qu'à notre juge gagné. Voulez-vous vous sauver de lui , ayez recours à lui : Neque enim est quo fugias à Deo iraio 5 nisi ad Deuni placatum : vis fugere ab ipso ^ fuge ad ipsum. Or nous le pouvons aisément tandis que nous sommes sur la terre. Car ce Dieu , tout irrité qu'il est contre nous , s'apaise par nos larmes ^ s'apaise par nos bonnes œuvres ,. s'apaise par nos aumônes ; et nous avons tout cela entre les mains.
Enfin craignons le jugement de Dieu ; et craignons surtout de perdre cette crainte , qui est une ressource pour nous dans nos désordres et comme un port de salut. Car cette crainte se p3ut perdre : et elle se perd tous les jours , particulièrement dans le grand monde. Les soins tem-
porels l'étouffent , les conversations la dissipent, les petits péchés Taffoifalissent , le libertinage la détruit ; et la perte de cette grâce est le commencement de la réprobation. En effet que peut-on espérer d'une ame 5 et de quel moyen se peuton servir pour sa conversion , quand elle a perdu la crainte du jugement de Dieu , et que les plus terribles vérités du christianisme ne font plus d'impression sur elle ? C'est en craignant Dieu , mais d^une crainte chrétienne , qu'on se dispose à l'aimer ; et c'est en l'aimant d'un amour efficace et pratique , qu'on parvient à la gloire que je vous souhaite , etc.
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SERMON
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Responderimt Jesu quidam de scribis et pharisaeis , dicentes : Magister , voliimus à te signum videre. Qui respondens , ait illis : Generalio niala et adultéra sigiium quœrit , et signum non dabitur ei wisi signum Jonae proplietae.
Quelques-uns des scribes et des ^pharisiens dirent à Jésus : Maître , nous voudrions hien voir quelque prodifje de vous. Jésus leur répondit : Cette nation méchante et adultère demande un prodiije^ et il Hbi) en aura point d^ autre pour eUe que celui du prophète Jonas. Saint fllatth. 5 chap. 12.
Madame (i)^
v>iE fut une curiosité , mais une curiosité présomptueuse, une curiosité captieuse et maligne, qui porta les pharisiens à faire cette demande au Sauveur du monde. Curiosité présomptueuse , puisqu'au lieu d'engager le Fils de Dieu , par une
(i) La reine
RELIGION CHRÉTIENNE* 26g
humble prière , à leur accorder comme une grâce ce qu'ils demandoient , ils parurent l'exiger , comme s'ils n'eussent eu qu'à le vouloir, pour être en droit de l'obtenir : Magister^ voiumus. Curiosité captieuse , puisque 5 selon le rapport d'un autre évangéliste , ils ne lui firent cette proposition que pour le tenter , et que pour lui dresser un piège : Tentantes euni , signinn de cœlo quœ- 6a7zi(i). Curiosité maligne, puisqu'en cela même ils n'avoient point d'autre dessein que de le perdre 5 déterminés qu'ils étoient à tourner contre hii ses miracles mêmes , dcînt ils lui faîsoient autant de crimes , et dont enfin ils se servirent pour le calomnier et pour l'opprimer. Car de là vint que le Fils de Dieu ne leur répondit qu^avec un zèle plein de sagesse d'une part, mais de l'autre plein d'indignation ; qu'il ne satisfit à leur curiosité que pour leur reprocher au même temps leur incrédulité ; qu'il les traita de nation méchante et infidèle ; Genei^atio mata et adultéra ; enfin qu'il les cita devant le tribunal de Dieu , parce qu'il prévoyoit bien que le prodige qu'il alloitleur marquer , mais auquel ils ne se rendroient pas , ne serviroit qu'à les confondre : Fiin Ninivitœ sin^gent in judicio adversiis generattoiiem istani (2).
Voilà , mes chers auditeurs , le précis de notre Evangile ; et dans l'exemple des pharisiens , ce qui se passe encore tous les jours entre Dieu et nous. Je m'explique. Nous voudrions que Dieu
(i) Luc. ir. — {7.) Matlh. 12.
2^0 MKllCUKDI DE LA 1^^ SEMALXK.
nous fît voir des miracles , pour nous confirmer dans la foi ; et Dieu îuius en fait voir actuellement dont nous ne profitons pas , à quoi nous sommes insensibles ; et qui, par Pabus que nous en faisons , rendent notre endurcissement d'autant plus criminel quil est volontaire , puisqu'il ne procède aussi-bien que celui des pharisiens , que de notre perversité et de la corruption de nos cœurs. Or c'est ce que notre divin Maître condamne aujourd'hui dans ces prétendus esprits forts du judaïsme ^ et ce qui doit , si nous tombons dans leur infidélité , nous condamner nousmêmes. Tertullien a dit un beau mot , et qui exprime parfaitement le caractère de la profession chrétienne ; savoir , qu'après Jésus-Christ , la curiosité n'est plus pour nous de nul usage , et que désormais elle ne nous peut plus être utile , beaucoup moins nécessaire ; parce que ^ depuis la prédication de l'Evangile , le seul parti qui nous reste , .est celui de croire , et de soumettre notre raison , en la captivant sous le joug de la foi : Nobis curiositaie opus non est post Christum , nec inquisitione post Evangelium. C'est ainsi qu'il s'en expliquoit. Mais pour moi j'ose enchérir sur sa pensée , et j'ajoute , que quand il nous seroit permis dans le christianisme de faire de nouvelles recherches , quand nous aurions droit de raisonner sur notre foi et sur les mystères qu'elle nous révèle , nous trouvons dans Jésus- Christ et dans son Evangile / non-seulement de quoi convaincre nos esprits , mais de q^iioi cour
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tenter pleinement notre curiosité. Pourquoi? parce (jue Jésus-Christ nous a fait voir dans sa personne des prodiges si éclatans et d'une telle évidence , que nul esprit raisonnable n'y peut résister ; et que si nous n'en sommes pas touchés , ce ne peut être que Peffet d'une mauvaise disposition , dont nous serons responsables à Dieu , et qui ne suffira que trop pour attirer sur nous toutes les rigueurs de son jugement.
.C'est l'importante matière que j'ai entrepris de traiter dans ce discours. Et le puis-je faire ^ Madame j avec plus d'avantage , qu'en présence de Votre Majesté 5 dont les sentimens et les exemples doivent être pour tout cet auditoire autant de preuves sensibles et convaincantes de ce que je veux aujourd'hui lui persuader ? Car quel effet plus merveilleux peutavoir la religion chrétienne, que de sanctifier , au milieu de la cour et jusque sur le trône , la plus grande reine du monde ; et cela seul ne doit-il pas déjà nous faire conclure que celte religion est nécessairement l'ouvrage de Dieu et non pas des hommes ? Plaise au Ciel, chrétiens, qu'un tel miracle né serve pas un jour de témoignage contre nous ! mais ne puis-je pas bien vous faire la même menace qïic nous fait à tousle Fils de Dieu dans notre Evangile 5 en nous proposant l'exemple d'mie reine : liegiiia surget m j udicio (i). Le Sauveur du monde parloit d'une reine infidèle, et je parle d'une reine toute chrétienne. Cette reine du midi n'est
(i) MaUh. 12,
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taiil vanléc , que pour être venue entendre la sajjosse de Salomon : Quia venit audlre sapienticmi Saloniojus (i); mais, Madame, outre que vous écoulez ici la sagesse même de Jcsus-Christ et sa parole, que n'aurois-je point à dire de la pureté de votre foi , de Tardeur de votre zcle pour les inléréts de Dieu, de la tendresse de votre amour pour les peuples , des soins vij^ilans et empressés de votre charité pour les pauvres, de ces ferventes prières au pied des autels , (Je ces longues oraisons dans le secret de l'oratoire, de tant de saintes pratiques qui partagent une si belle vie, et qui font également le sujet de notre admiration et de notre édification ! Cependant , Madame , Votre Majesté n'attend point aujourd'hui de moi de justes éloges , mais une instruction salutaire; et c'est pour seconder sa piété toute royale , que je m'adresse au Saint-Esprit, et que je lui demande , par l'intercession de Marie, les lumières nécessaires : ^ve , Maria.
Ce n'est pas sans raison que les pharisiens de notre Evangile, dans le dessein , quoique peu sincère , de connoître Jésus-Christ , et de savoir s'il étoit Fils de Dieu , lui demandèrent un prodige qui vînt de lui et dont il fût l'auteur : Magister^ volumiis à te signum videre. Car il faut convenir , dit saint Augustin, qu'il y a des prodiges de deux différentes espèces ; les premiers qui viennent de Dieu , et les seconds qui vieu-
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lient de Thomme : les uns qui excitent Tadmiration , parce que ce sont les témoignages visibles de l'absolue puissance du Créateur ; et les autres qui ne causent que de Thorreur , parce que ce sont les tristes effets du dérèglement de la créa ture : ceux-là que nous révérons, et que nous ap^ pelons miracles; et ceux-ci que nous regardonc comme des monstres dans l'ordre de la grâce. Faites-nous voir un prodige qui vienne de vous , disent les pharisiens à Jésus-Christ. Que fait ce Sauveur adorable? Ecoutez-moi : en ceci consiste tout le fond de cette instruction. De ces deux genres de prodiges ainsi distingués , il leur en fait voir un qui n'avoit pu venir que de Dieu , et qui fut un miracle évident et incontestable ; je veux dire la foi des Ninivites convertis par la prédication de Jonas. Mais au même temps il leur en découvre un autre bien opposé , et qui ne pouvoit venir que d'eux-mêmes , savoir le prodige ou le désordre de leur infidélité. Or , nous n'avons, mes cliers auditeurs, qu'à nous appliquer ces deux sortes de prodiges , pour nous rcconnoître aujourd'hui dans la personne de ces pharisiens , et pour être obligés , par la comparaison que nous ferons de leur état et du nôtre , d'avouer que le reproche du Fils de Dieu ne nous convient peut-être pas moins quà ces faux docteurs de la loi ; que dans le sens qu'il l'entendoit , peut-être ne sommes-nous pas moins qu'eux une nation corrompue et adultère ; et qu'il pourroit avec autant de raison nous appeler à ce jng^-
2j\ mi:iu:rkdi dk la f^ skatalne. menl redoutable où il les cita en leur adressant ces paroles : /^iri Ninivitœ siirgejit in jiidicio curn (jenci^alione istd.
Car je prétends, et, en deux propositions, voici le partage de ce discours , comprenez-les: je prétends que Jésus-Christ dans Télablissement de sa religion, nous a fait voir un miracle plus authentique et plus convaincant que celui des Ninivites convertis , et c'est le grand miracle de la conversion du monde et de la propagation de l'Evangile • que j'appelle le miracle de la foi : ce sera le premier point. Je prétends que nous opposons tous les jours à ce miracle un prodige d'infidélité, mais d'une infidélité bien plus monstrueuse et plus condamnable que celle même des pharisiens : ce sera le second point. Deux prodiges encore. une fois 5 Tun surnaturel et divin ; c'est le monde sanctifié par la prédication de l'Evangile : l'autre trop naturel et trop humain , mais néanmoins prodige , c'est le désordre de notre infidélité. Deux titres de coiidamnation que Dieu produira contre nous dans son jugement , si nous ne pensons à le prévenir, en nous jugeant dès à présent nous-mêmc^r Miracle de la foi : prodige d'infidélité. Miracle de la foi, que Dieu nous a rendu sensible, et que nous avons continuellement devant les yeux. Prodige d'infidélité, dont nous n'avons pas soin de nous préserver, et que nous tenons caché dans nos cœurs. Miracle de la foi , qui vous remplira d'une confusion salutaire , en vous faisant connoître rexcellence et la grandeur de votre reli-
gioa. Prodige dinfidélilé, qui peut-être , si vous n'y prenez garde, après avoir été la source de votre corruption 5 sera le sujet de votre éternelle réprobation. I/un et l'autre demande une attention particulière.