‹ CaremeChapitre 36 sur 44 · SERMONS CONTENUS DANS CE VOLUME · texte numérisé non relu

SERMONS CONTENUS DANS CE VOLUME

OUJET. Souvenez-vous , homme, que vous étea poussière , et que vous retournerez en poussière.

Voilà le terme où doivent aboutir tous ics desseins des hommes et toutes les grandeurs du monde. Voilà Tunique et solide pensée qui doit pari ou t et en tout temps nous occuper. Elle ne nous plaira pas; mais elle nous sera salutaire, et ce discours vous en fera voiries avantages. Prière au Saint-Esprit. Pag. i 4.

Division. Pensée de la mort, remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions : première partie. Règle la plus infaillible pour conclure sûrement dans nos délibérations : deuxième partie. Motif le plus efficace pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions : troisième partie. Pag. 4 — 6.

Première partie. Pensée de la mort, remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions. Nos passions sont vaines , elles sont insatiables, elles sont injustes: vaines dans leurs objets, insatiables dans leurs désirs, injustes dans les sentimens présomptueux qu'elles nous inspirent, soit à l'égard de nous-

iiu^mcs , soit à IVgartl des autres. Mais pour les réprimer cl pour en amorlir le feu, la pensée de la uiorl , 1" nous en l'ail connoître la vanité, 2** nous l'ait nieltre des bornes à notre cupidité; 3*" fait cesser dans notre estime toute distinction , et par là nous réduit au grand principe de la modestie , (jui est l'égalité que Dieu a mise entre tous les hommes, et nous oblige, qui que nous soyons , à nous rendre au moins justice, et à rendre aux autres les devoirs de la charité. P. 6 , 7.

1* La pensée de la mort nous fait connoître la vanité de nos passions , en nous faisant connoître la vanité des objets auxquels elles s'attachent, qui sont les biens de la vie. Tandis que ces biens nous paroissent grands et estimables, il nous est presque impossible de ne les pas aimer , et en les aimant de n'en pas faire le sujet de nos plus ardentes passions. Mais du moment que nous commençons à les mépriser , nous commençons à nous en détacher : et ce qui nous donne ce mépris des biens de la terre , c'est la pensée de la mort , parce que la mort est la preuve sensible du néant de toutes les choses humaines. J ce jouT'ià^ dit l'Ecriture, c'est-à-dire , au jour de la mort , toutes tes pensées des hommes^ tous leurs projets s^ évanouiront , et par conséquent toutes leurs passions s^éteindront. Or que faisonsnous en pensant à la mort? nous anticipons ce dernier jour, et nous prenons par avance les mêmes sentimens que nous aurons alors. P. 7 — 11.

C'est ainsi que David , jusques au milieu de la cour, réprimoit toutes ses passions. Il demandoit à Dieu qu'il lui fît connoître la fin de sa vie ; et considérant la brièveté de ses jours, il concluoit que tout n'est que vanité , et que c'est bien en vain (jue l'homme se trouble , se fatigue , s'épuise , pour amasser et pour thésauriser, puisqu'il passe comme une ombre, et

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qu'il ne sait qui profilera de ses travaux. Conclusion que nous tirons nous-mêmes aussi-bien que ce saint roi , quand nous pensons à la mort. Si nous ne devions jamais mourir, nous ne voudrions jamais reconnoître la vanité des biens de la vie. Mais quand on nous dit , ou que nous nous disons à nous-mêmes que nous mourrons, toute cette vanité se présente à nous. Les autres considérations chrétiennes renferment tout au plus des témoignages et des preuves de cette vanité : au lieu que la mort en est l'essence même , et qu'elle l'ait celte vanité même. D'où il s'ensuit que la pensée de la mort a une vertu spéciale , non-seulement pour nous la découvrir, mais pour nous la faire sentir. De là cette belle leçon que faisoit TApôtre aux Corinthiens : Le temps est court; réjouissonsnous donc comme ne nous réjouissant pas , possédons comme ne possédant pas , usons de ce mon-de comme n'en usant pas. P. ii — 15.

2** La pensée de la mort nous fait mettre des bornes à notre cupidité. Nos passions sont d'elles-mêmes insatiables : quel avare, quel ambitieux, quel voluptueux a dit jamais, c'est assez ? Mais pour vous apprendre à borner vos désirs , je n'ai qu'à vous adresser les paroles de l'Église : Mémento , homo ; souvenez-vous, homme, que vous êtes poussière et que vous retournerez en poussièxe. Ou je n'ai qu'à vous faire la même invitation que les Juifs firent au Fils de Dieu, lorsqu'ils le prièrent d'approcher du tombeau de Lazare : Veni et vide : venez, et voyez ce riche du monde dans la pauvreté et la nudité où la mort l'a réduit. Feni et vide : venez, et voyez ce grand du monde : qu'est devenue à la mort toute sa grandeur ? Feni et vide : venez et voyez cette femme du monde, et tachez à reconnoître quelques traits de cette beauté dont elle prenoit tant de soin. Voilà comment tout finira pour vous. P. j5— 18,

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5" La pnisrc de la inorl nous réduit au grand principe do la modestie qui est IVgalilé , et nous oblige à nous rendre jusiice, et à rendre aux autres les devoirs de la charilé. Sans celle pensée on se laisse éblouir <le certaines distinctions qu'on a dans le monde 5 on s'cntéte de soi-même, on devient fier et jiautain. Mais quand on fait réllcxion que la moit nous égalera tous , on rabat beaucoup de ses fiertés et de SCS hauteurs , parce qu'on voit que d'homme à homme il y a bien j)ru de différence, et Ton tient à l'égard des autres une conduite plus équitable en les traitant avec plus de douceur et plus d'humanité. P. 18—21.

Deuxième partie. Pensée de la mort, régie infaillible pour conclure sûrement dans nos délibérations. Les pensées des hommes sont timides ^ dit le Sage , et nos prévoyances incertaines. Nos pensées sont timides 5 parce que souvent nous ne savons si nous prenons le meilleur parti , ou même un bon parti par rapport au salut. Et nos prévoyances sont incertaines, parce qvie l'avenir nous étant inconnu, nous sommes toujours en doute si nous n'aurons point lieu de nous repentir un jour de ce que nous aurons entrepris, et si notre conscience ne nous le reprochera point à la mort. Mais la pensée de la mort est le moyen le plus efficace et le plus sûr pour nous délivrer'de ces craintes et de ces incertitudes affligeantes , puisque c^est le moyen le plus efficace et le plus sûr pour bien conclure dans toutes les occasions où la conscience et le salut se trouvent engagés. Comment cela ? 1. parce que le souvenir de la mort est line application vive et touchante que nous nous faisons à nous-mêmes de la fin dernière , qui doit être le fondement de toutes nos délibérations; 2. parce qu'en pratiquant ce saint exercice de la pensée de la mort, nous prévenons ainsi tous les remords et tous

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les troubles dont pourroient êlre sans cela suivies nos résolutions. P. 21 — 23.

1. Là pensée de la mort est une application vive et touchante que nous nous faisons à nous-mêmes de la fin dernière , qui doit être le fondement de toutes nos délibérations. Car la pensée de la mort nous rappelle la pensée de l'éternité qui la suit; et pénétrés de cette pensée de réternilé, nous jugeons bien plus sainement des choses. Dégagés alors de mille illusions, nous voyons plus clairement ce qui nous éloigne et ce qui nous approche de notre dernière fin ; et nous concluons plus aisément qu'il faut donc prendre ce qui nous y conduit, et rejeter ce qui nous exposeroit à n'y arriver jamais. Yoilà par ou la pensée de la mort devient pour nous , selon l'Ecriture, un fonds de prudence et d'intelligence. P. 23

Aussi les païens dans les traités et les négociations importantes, tenoient-ils leurs conseils auprès des tombeaux de leurs ancêtres; comme s'ils n'eussent pas cru pouvoir sagement délibérer et résoudre sans le souvenir et la vue de la mort. Or ce qu'ils faisoient par superstition, nous le devons faire par religion. Avez-vous un état de vie à choisir, est-il question de régler l'usage de vos biens, s'agit-il d'un intérêt et d^nn profit à faire , faut-il former une entreprise, vider un procès, terminer un différent ? vaquez à tout cela comme devant un jour mourir, et cette pensée vous préservera de mille fautes que vous y pourriez commettit. Les saints en ont usé de la sorte, et c'est ce qui les a conduits dans les voies droites qu'ils ont tenues sans s'égarer et sans tomber. Si donc nous faisons tous les joi^rs tant de fausses démarches , ne nous en prenons qu'à nous-mêmes et à notre infidélité , qui nous fait éloigner le souvenir de la mort comme un objet fâcheux et désagréable, et qui par

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là lions expose à lovis les égarcincos où nous nous

laissons en I rainer. P. 26 — 29.

2. En prati(|uant le saint excreiee du souvenir de la mort, nous prévenons lous les remords et tous les Iroubics dont ponrroient être sans eela suivies nos résolutions. Cet autre avantage est une eonséquenee du premier. Quand on se demande à soi-même : quels senlimens aurai-je à la mort de ce (jue j^enlreprends aujourd'hui ? on entend, pour ainsi dire, au fond de soi-même la répense de la mort, qui nous marque intérieurement ce qui doit être alors le sujet de nos repentirs : repentirs, non passagers et variables comme ceux que nous avons par rapport aux choses de la vie et en raisonnant selon les principes de la vie, mais repentirs éternels. Que fais-je donc pour m'en garantir? je préviens par la pensée tous ces repentirs de la mort; et au lieu de les réserver à ma dernière heure , je me les rends utiles pour l'heure présente. C'est en quoi la prudence des justes triomphe de la témérité des impies. P. 29 — 33.

TROisii:ME PARTIE. Pcnséc de la mort, motif le plus puissant pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions. C'est de la ferveur de nos actions que dépend la sainteté de notre vie; et l'obstacle au contraire le plus eomuiun à notre sanctification , c'est un certain fonds de lâcheté et de tiédeur qui ne nous est que trop naturel. Or pour nous retirer de cet état de tiédeur, il n'y a qu'à penser souvent, 1° à la j)roximité de la mort; '2" à l'incertitude de la mort. P. 33—55.

I. Proximité de la mort, premier motif qui confond notre lâcheté. Motif que le Fils de Dieu nous a tant proposé dans l'Evangile, en nous disant : marchez , parce que la nuit vient ; veillez, parce que le Fils de l'homme est déjà à la porte ; négociez et faites profiter vos talens^ parce que le maître va arriver

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tenez vos lampes allumées , parce que TÉpoux approche. En effets quand nous aurions des siècles entiers à vivre , nous devrions toujours servir Dieu d'une manière digne de Dieu : mais combien devonsnous encore redoubler nos soins, lorsque nous touchons de si près à notre terme , et que Jésus-Christ nous le fait entendre si expressément ? Qu'un ange de la part de Dieu vînt nous apprendre que nous mourrons dès demain ^ il n'y a rien qu'on ne fît pour se préparer. Or ce que nous ferions alors, pourquoi ne le faisons-nous pas dès maintenant, puisque dès maintenant nous pouvons mourir? P. 35 — Sg.

Exemple du saint roi Ezéchias, et conclusions qu'il tiroit de la proximité de la mort. Apprenons de là cette méthode si solide , de faire chaque action comme si c'étoit la dernière de notre vie. P. 3g — 4^*

2. Incertitude de la mort , second motif qui confond notre lâcheté. Si nous savions quand et à quel jour novis devons mourir , plus de bonnes œuvres dans la vie; on remettroit tout à la mort : mais Dieu nous cache cette heure de la mort, afin que nous nous tenions en garde à toutes les heures. Car quelle pensée est plus capable de nous renouveler sans cesse en esprit , que celle-ci : peut-être ce jour sera-t-il le dernier de mes jours ? Plein de celte idée , on devient laborieux , prompt , ardent y infatigable , patient , charitable , fidèle à tous ses devoirs. P. 4^ — 44«

En quoi surtout nous sommes lâches , c'est dans l'exercice de la pénitence» Or rien ne doit plus aious engager à faire promptement pénitence et à nous convertir , que l'incertitude de la mort. Mourez dans votre péché , vous êtes perdu ; et si vous y demeurez encore , que savez-vous si vous n'y mourrez pas ? Ce qu'il y a de certain pour nous dans la mort , c'est (jue la mort nous surprendra : car le Fils de rhomme \icudra , dit Jésus-Christ .^(^nand vous n'y penserez

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pas. NVsl-rr donc [)as niic nx(r(}nic folie , de vivre* dans \in élal oii Toii est exposi* à loulcs les vengeances de J)ien , et de larder à en sortir ? Cependant y faisons-nous , je ne dis pas tonte la réflexion nécessaire , mais r[nel(|ne réllexion ? Heureux qui n'allend l)as à y penser , lors(ju'il ne sera plus temps d'y penser! P. 45 — /ij.

LE MEllCHEDl DES CENDRES.

Stijet. Fous êtes poussière , et vous retournerez en poussière.

Paroles mémorables que Dieu dit au premier homme dans le moment de sa désobéissance , et que l'Eglise nous adresse dans la cérémonie de ce jour. Paroles de malédiction dans le sens que Dieu les prononça ; mais paroles de grâce et de salut dans la fin que l'Église se propose en nous les faisant entendre. Dieu commanda à Moïse de répandre de la cendre sur les Egyptiens ; et c'est ce que font encore aujourd'hui les prêtres par l'ordre de Dieu j mais dans un esprit différent ; car Moïse ne répandit la cendre sur l'Egypte , que pour faire sentir à ce peuple le poids de la colère de Dieu ; et les prêtres ne répandent sur nous la cendre , que pour nous attirer les grâces de Dieu ^ et pour nous porter à la pénitence 5 comme j'entreprends de vous le montrer dans ce discours. Courte instruction aux nouveaux catholiques sur la cérémonie des cendres. P. 48 — 52.

Division. La pénitence chrétienne prise dans toute son étendue , est un double sacrifice que Dieu exige de nous ; sacrifice de l'esprit , et sacrifice du corps : sacrifice de l'esprit par rhitmililé de la componction ,

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et sacrifice du corps par raustéritc même extérieure (le la satisfaction. Nous avons dans nous deux grands obstacles à ces deux sacrifices, l'esprit d'orgueil et l'esprit de mollesse. Mais par où les pouvons-nous surmonter? par le souvenir de la mort que nous retrace l'Église dans la cérémonie des cendres. Il faut par une pénitence solidement humble anéantir devant Dieu l'orgueil de nos esprits ; et c'est à quoi nous oblige la vue de ces cendres , qui sont pour nous les marques et comme les symboles de la mort : première partie. Il faut, par une pénitence généreusement austère, sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos corps ; et c'est à quoi nous engage l'imposilion de ces cendres, qui nous annoncent, ou plutôt qui nous font déjà sentir l'inévitable nécessité de la mort : deuxième partie. P. 52 — 54-

Première partie. Il faut, par une pénitence solidement humble, anéantir devant Dieu l'orgueil de nos esprits; et c'est à quoi nous oblige la vue des cendres, qui sont pour nous les marques et comme les symboles de la mort. L'orgueil fut le premier principe du péché, et c'est le premier obstacle à la pénitence. Mais pour humilier cet orgueil, il n'y a qu'à faire remonter l'homme à son origine, et qu'à lui faire considérer sa fin. Or, voilà ce que fait lo souvenir de la mort et la vue des cendres. Quand un homme sans naissance, mais élevé à une haute forlune , \ient à s'enorgueillir, le moyen de réprimer son orgueil et de lui remeltre devant les yeux l'obscurité et la bassesse de son extraction ? Mais si déplus, pénétrant dans l'avenir, on lui faisoit voir sa ruine prochaine , ce seroit bien de quoi rabattre l'enflure de son cœur. Double vue dont l'Église se sert aujourd'hui : car en nous présentant les cendres, elle nous avertit que nous sommes cendres nous-mêmes et que nous retouincrons en cendres. P. S/j— 5;.

i)l8 TAHLE ET ANALYSE

Kxaminoiis la chose plus en ilt^rciiL Pounjuoi *lcs cendres ? parce que rien ne doit mieux nous faire comprendre ce (|ue c'est que la mort, et l'humiliation exirême où nous réduit la mort. Oui , ces cendres ont quelque chose de plus touehanl que tous les raisonnemens du monde pour humilier l'honinie, en Un faisant connoître son ncant. Elles nous apprennent que toutes ces grandeurs dont le monde se glorifie , ne sont que vanité et que mensonge. Ouvrez le tombeau d\in grand : qu'y trouverez-vous ? un j)eu de cendres : rien davantage. Elles nous apprennent combien nous sommes injustes , quand nous affectons avec tant d'ostentation cerlaines distinctions dans le monde, puisque nous devons tous être un jour égalés et confondus dans la cendre. Elles nous apprennent que, malgré les vastes desseins que forme l'ambitieux , la mort le réduira bientôt, à quoi? à une poignée de cendres. Elles nous apprennent que non-seulement la mort détruira ce fantôme de grandeur après lequel nous courons , mais que notre mémoire même périra , et qu'il ne sera plus parlé de nous. En un mot, elles nous apprennent que, quelque enraciné que soit notre orgueil, il ne lient qu'à nous de trouver dans nous-mêmes notre humiliation , puisque cette partie de nous-mêmes dont nous sommes si idolâtres , ce corps n'est au fond que le plus abject de tous les êtres , et qu'un sujet de corruplîon. P. 5n — 63.

Cependant vous me demandez pourquoi l'on nous met ces cendres sur la lêfe. C'est que la tête est le siège de la raison, et qu'on veut par là nous avertir que la mort doit être le sujet le plus ordinaire de nos rétlexions, afin de nous entretenir dans cette humilité qui est déjà le commencement de la pénitence, r. 63, 64.

Aussi est-ce le souvenir de la mort qui, de tout

temps , a plus retenu les hommes dans l'ordre , et les a mis comme dans la nécessité d'être humbles. De là vient que parmi toutes les nations, Grecs , Romains 5 Juifs 5 le souvenir de la mort et l'usage de la cendre ont été une des principales circonstances des pompes les plus solennelles, et que mainlenant encore 5 dans la consécration des papes , on fait passer devant les yeux du nouveau pontife quelques étoupes que le feu consume. De là vient que les peuples les plus barbares se sont fait un devoir de conserver les cendres de leurs ancêtres : ces cendres leur apprenoient à se mépriser , à se modérer , à se régler. De là vient que Moïse , sortant de l'Egypte , se contenta d'emporter les cendres du patriarche Joseph , afin qu'elles servissent à contenir le peuple dont il étoit le conducteur. De là vient qu'il obligea les Israélites, après leur idolâtrie , à boire la cendre du veau d'or qu'ils avoient adoré. De là vient enfin que quelques princes chrétiens, pendant leur vie même, ont vovilu avoir dans leurs palais et devant leurs yeux , les uns la bière destinée à leur sépullure , et les autres le crâne d'un mort. P. 64 — 66.

Or, soit pour les grands , soit pour les petits , quand une fois l'humilité , par la pensée de la mort , a pris possession d'un cœur, il est aisé d'y faire entrer la componction de la pénitence : car du moment que je suis disposé à m'humilier , je suis disposé à m'accuser, à me condamner, à me punir moi-même. Et voilà pourquoi l'Eglise , après nous avoir fait considérer deux sortes de cendres, celle de notre origine , et celle de notre corruption future , nous en impose vine troisième , savoir, la cendre de la pénitence. r. 66 , 67.

Car que fait le pécheur quand il reçoit aujourd'hui ia cendre par les mains du prêtre ? Il se présente à Dieu comme un pénitent humilié , couvert de ccn-

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(1res, et résolu dr. salisfairc à sa juslicc. El il faiif loujoiirs rcconnoîlrc (|uc ce souvenir de la nioil vA La vue (le ces cendres est un admirable riKjyen pour préparer à la pc'iiilence les pécheurs les plus orgueilieux. Ne ful-ce pas ainsi (pie saint Anibroise dompti la (îerlé de Thi^odose , et qu'a[)rès la sanglante journ(3e de Tliessalonique, il le rangea à l'ordre de la pénitence et de la rigoureuse discipline qui s'ohservoit alors ? Si Ton tenoit aux grands le nieme langage qu'il tint à cet empereur, ils en seroient touchés , et ils penseroient à se convertir. P. 67 — 71.

Mais il ne s'agit pas seulement de la conversion des grands : il s'agit de la lujlre ; et le désordre est que malgré l'anéantissement où la mort doit nous ih3duire 5 el malgré l'aveu solennel que nous en faisons dans celle cérémonie des cendres , nous n'en sommes , ni pkis humbles , ni plus détachés de nousmêmes. (>ombien de chrétiens ont reçu la cendre avec des cœurs ambitieux ! Combien de femmes l'ont reçue avec toutes les marques de leur vanité ! Terre , terre . écoutez ta voix du Seigneur , et hii- Diiliez-vous sous sa toute-puissante main, P. 71

DEXixiiiME PARTIE. 11 faut par une pénitence généreusement austère sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos corps; et c'est à quoi nous engage l'imposition de ces cendres , qui nous annoncent , ou plutôt, qui nous font déjà sentir l'inévitable nécessité de la mort. C'est une illusion de croire que la pénitence soit une vertu purenaent intérieure. Le penser de la sorte , ce seroit démentir toute l'Ecriture 5 et en particulier l'apôtre saint Paul. Il est vrai que l'hérésie a rejeté toutes les pratiques extérieures de la pénitence : mais quoi que l'hérésie en ait pu dire, il n'y a point de parfaite pénitence sans la mortification du corps ; el [)uis(pie le corps a part au pé-

vhé 5 il est juste qu'il ait part à la peine du péché.

Or, à cette-loi de pénitence s'oppose vme autre loi que nous portons dans nous-mêmes , qui est l'amour déréglé de nos coips. Amour qui dans le soin de notre corps , nous fait d'abord chercher le nécessaire 5 et qui du nécessaire , nous fait ensuite aller au commode , du commode au superflu , et du superflu au criminel. Au lieu que la vraie pénitence nous fait premièrement renoncer au criminel que nous avouons nous-mêmes criminel ; de là nous retranche le superflu que nous prétendions innocent ; ensuite nous prive même du commode dont nous avions cru ne nous pouvoir passer ; enfin nous ôte , non pas le nécessaire , mais l'attachement et l'attention trop grande au nécessaire. Sans cela les sainLs ne comprenoient pas qu'on pût être pénitent : mais ce que les saints ne comprenoient pas, est devenu un des secrets de la dévotion du siècle. Cependant l'Apôtre l'a dit : On ne peut bien réparer le péché, qu'en crucifiant cette chair de péché qui est l'ennemie de Dieu. P. 77 — 80.

Considérons les cendres qu'on nous met sur la lête et souvenons-nous de la mort : c'est assez pouinous détacher de l'amour de notre corps; comment cela ? en nous faisant connoître là-dessus : i* notre aveuglement ; 2** notre injustice , notre aveuglement, lorsque nous idolâtrons un corps qui n'est que poussière et que corrviption , et qui doit être bientôt dans le tombeau la pâture des vers. Notre injustice : injustice envers Dieu , d'aimer plus que lui un corps sujet à la pourriture ; injustice envers notre ame , celte ame immortelle , de lui préférer un corps qui doit mourir ; injustice envers ce corps même , de l'exposer pour des voluptés passagères , à des souffrances éternelles, Si le corps et Tame d'un réprouvé ^ schn\

la supposilion de saint Clirysoslomc , vcnoicnl à élre confrontés Tiin avec l'autre, et (|u'ils passent s'accuser Tnn l'autre , quels reproches ne se fcroient-ils pas? P. 80 — 83.

C'est ce qui a toujours produit dans les âmes bien converties une sainte haine de leurs corps , et ce qui a tant de fois opéré dans le christianisme des miracles de conversion. Exemple de saint François de Borgia. P. 83, 84.

Celte haine de notre corps est encore bien plus vive 5 quand on pénètre dans le mystère de ces cendres que l'Eglise nous présente , et qu'on remonte à l'origine d'une si sainte pratique ; quand on pense qu'elles ont toujours été le symbole de la pénitence ; quand on considère de quelles austérités et de quelles macérations elles étoient accompagnées sviivant les règles de l'ancienne discipline ; car enfin , doit dire aujovird'hui un* pécheur touché de ses désordres , ces pénitens de la primitive Eglise n'étoient pas plus criminels que moi , et si l'Eglise a pu adoucir les peines qu'elle avoît ordonnées pour chaque espèce de péché , elle n'a rien relâché des peines prescrites par le droit divin , et Dieu lui-même nous assure qu'il ne s'en relâchera jamais qu'en faveur de la pénitence.' Il faut donc que ce soit la pénitence qui m'acquitte auprès de lui. Si nous entrons dans ce saint temps du carême bien pénétrés de ces sentimens , le jeûne ne sera plus pour nous un joug trop pesant : nous l'entreprendrons avec joie , nous le continuerons avec ferveur , et nous l'achèverons avec constance. P. 84 — 88.

LE PrxEMIEll JEUDI DE CARÊME.

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