‹ CaremeChapitre 37 sur 44 · SUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION

Sujet. Jésus-Christ dit au centenier : JHrai moi' même , tt je le guérirai. Mais le centenier lui répondit : Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez dans ma ^maison.

Ce qui se passa entre Jésus-Christ et le centenier, c'est ce qui se renouvelle encore entre Jésus-Christ et nous , toutes les fois que nous approchons de la sainte Table. Jésus-Christ nous dit : J'irai , et je vous guérirai de vos infirmités spirituelles ; Ego veniam et curaho. Et nous répondons à Jésus-Christ : Seigneur, je ne suis pas digne : Domine^ non sum digmes. Paroles efficaces , qui opèrent dans nous un effet tout opposé à ce qu'elles signifient, et qui font cesser par notre humilité même , Tindignité que nous nous attribuons ; mais qu'arrive-t-il souvent ? c'est que nous nous appliquons ces paroles , Domine ^ non sum dignus , au delà des inlenlions de Jésus- Christ 5 et que par une humilité mal entendue , nous nous servons de notre indignité pour nous éloigner trop aisément et trop long-temps de la communion. Excuse ordinaire qu'il faut examiner dans ce discours. P. 89 — g3.

Division. Sans parler ici des justes, qui par un vrai sentiment d'humilité se reconnoisscnt indignes de recevoir Jésus-Christ , et sans examiner jusqu'où cette humilité doit être portée , et s'il est raisonnable qu'elle aille jusqu'à les éloigner de la communion , parlons précisément des pécheurs qui peuvent dire et qui disent en effet au Sauveur du monde avec plus de sujet que saint Pierre : Retirez-vous do

b'il TAHLE ET ANALYSE

Dioi , parce que je suis un pécheur. Il y cii a dit tiois sortes : pécheurs sincères, (|iu agissent de bonne foi et qui ne sont pas Ironipés; pécheurs avcufçlcs , qui ne se connoissent pas et qui se trompent eux-mêmes; jïécheurs hypocrites et dissimuK's , qui couvrent leur liberlinap^c d'un voile de piélé et qui trompent les autres. Or, dans les pécheuis sincères celte excuse, je ne suis pas dii^ne, est luie raison; mais il faut éclaircir cette raison : première partie. Dans les pécheurs aveugles c'est un prétexte, et il est important de leur ôter ce prétexte : deuxième partie. Dans les pécheurs hypocrites et dissimulés , c'est un abus et même un scandale , et il est nécessaire de combattre ce scandale et cet abus : troisième partie.

Première partie. Dire , je ne communie pas parce que je m'en crois indigne, c'est une raison dans un pécheur sincère , qui ne laisse pas au milieu de ses désordres de conserver le fond de sa religion et: qui traite avec Dieu de bonne foi ; c'est , dis-je , une raison , puisqu'on effet le pécheur, tandis que son péché subsiste, ne peut approcher du sacrement de Jésus- Christ sans hc rendre coupable d'un sacrilège. Mais cette raison a besoin d'être éclaircie , et cet éclaircissement consiste à faire voir que le pécheur sans en demeurer là , doit se souvenir d'ailleurs de l'obligation où il est de sortir au plus tôt de son état })0ur pouvoir être admis à la table du Seigneur, en sorte que la communion soit un motif qui le réduise à la nécessité de se convertir. P. 96 , 97.

En effet, il ne doit jamais séparer ces deux vérités : l'une, que Jésus-Christ nous commande de manger sa chair; et l'autre, qu'il nous défend de la manger indignement. Si le pécheur s'attache à l'une de ces vérités sans y joindre l'autre, il s'égare et il se perd : mais s'il les embrasse toutes deux , il com-

nience à entrer clans la voie de Dieu. Car voici comment il raisonne : je ne puis communier avec mon péché; Jésus^Christ néanmoins m'ordonne de communier : il faut donc que je quitte mon péché, afin de satisfaire tout ensemble et à l'obligation de conimunier et à l'obligation de bien communier. P. 97

Or, comme le pécheur doit se parler de la sorte

à lui-même, c'est ainsi que doivent lui parler les ministres de l'Évangile. Si vous ne vous appliquez qu'à lui remontrer le danger d'une communion indigne , il ne communiera pas, 8i vous ne lui représentez que la nécessité de communier, il communiera indignement. El voilà quelle a été la source de tous les maux qu'a produits la diversité des opinions touchant l'usage de la divine eucharistie. Les uns n'a voient dans la bouche qvie des anathèmes contre les profanateurs de ce sacrement , pour les en éloigner : et les autres ne pensoient qu'à donner aux peuples une haute idée de ce sacrement, pour les y attirer. Mais que falloit-il ? joindre les menaces de ceux-là et les invitations de ceux-ci. P. 99 — 10'2.

C'est le langage qu'ont tenu les Pères, surtout saint Chrysostôme et saint Augustin. Ils inspiroient tout à la fois de la crainte et de la confiance : et ce qu'ils disoient en général est encore plus vrai par rapport à ce saint temps de la Pàque. Il faut dire à un pécheur ; ne communiez pas dans votre péché ; autrement vous serez un profanateur du corps de Jésus-Christ. Mais aussi , faut-il ajouter , ne manquez pas à communier ; autrement vous serez un déserteur du sacrement de Jésus-Christ et vous violerez le précepte de l'Eglise Par ce précepte, 1 Eglise n'a point prétendu dresser un piège aux pécheurs, ni les exposer à commettre des sacrilèges : mais elle a voulu les obligei* au contraire, et les for-

iviG TAP.l.K ET ANALYSE

cer en quelque sorte à se purifier au moins de lonips en temps par la p<'nilence. C'est pour cela qu'elle punissoil autrefois si sévèrement ces chrcliens scandaleux, qui laissoient passer la Pàque sans s'acquitter de leur devoir; et c'est par là môme cpi'elle cngageoit tant de pécheurs à rompre leurs eiigagemci\s criminels et à se réconcilier avec Dieu. P. 102 — 107.

Cependant pour avoir séparé deux vérités qu'on ne devroit jamais proposer l'une sans l'aulre ,* voici toujours les deux écueils où l'esprit du siècle a conduit. Pourvu qu'on persuade à un pécheur d'approcher des autels, on croit avoir beaucoup gagné : et d'ailleurs, pourvu qu'on fasse entendre à un pécheur qu'il n'y a point de communion pour lui , tandis qu'il est dans 1 habitude de son péché, on pense avoir tout fait. Do là les uns abusent de la communion, et les autres l'abandonnent. C'est pour les pécheurs, ô mon Dieu, comme pour les jusles, que votre sacrement est institué ; mais du reste pour quels pécheurs? pour les pécheurs pénitens. P. 107 — 110.

Deuxième partie. Dire, je ne communie pas parce que je m'en crois indigne , c'est un prétexte dans le^ pécheurs aveugles, qui se fialtant d'avoir de la religion se trompent eux-mêmes, et il est important de leur ôter ce prétexte. Prétexte d'un prétendu respect, à quoi j'oppose trois réflexions: 1. C'est un vain respect; 2. c'est un faux respect; 5. c'est un respect qui n'a nulle conformité avec celui qu'ont fait paroître les vrais chrétiens, quand ils se sont séparés du sacrement de Jésus-Christ selon les règles et Tespnt de l'Église. P. 110, 111.

1. Vain respect, pourquoi? parce qu'il n'opèi-c rien. Si c'étoit un respect solide et chrétien , on travailleroit donc à se mieux disposer, et à se rendre moins indigne de Jésus-Christ. Mais on conserve toujours le môme attachement au monde, et sous cette

apparence de respect, on couvre un amour du monde dont on ne veut point se déprendre , et qui fui renoncer au sacrement. P. 1 1 1 — 1 13.

Du moins les conviés de l'Jbvangile qui s'excuscient, dirent les vraies raisons qui les arrêtoient ; mais les mondains dont il est ici question , affectent de ne se pas connoître , et se cachent à eux-mêmes la cause de leur désordre. Et ce qui doit les convaincre que, par rapport h eux, ce respect dont ils se prévalent n'est qu'un prétexte , c'est que , pour communier rareuient , ils n'en communient pas plus dignement. Or , leur ôter ce prétexte , ce n'est pas les porter à la communion tandis qu'ils mènent une vie loute mondaine, mais c'est les obliger à parler juste , et à convenir qu'ils s'éloignent de Jésus-Christ, non parce qu'ils respectent son sacrement, mais parce qu'ils ne veulent pas s^assujeltir aux saintes lois que la religion leur prescrit pour en approcher. P. 113 — 116.

2. Faux respect, parce qu'il n'est pas accompagné de deux conditions essentielles qu'il doit avoir ; l'une est la douleur, l'autre le désir. Douleur d'être séparé du corps de Jésus-Christ : car si j'honore Jésus-Christ autant que je dois l'honorer, je dois regarder comme mon souverain mal dans cette vie d'en être séparé, surtout si j'ai encore à me reprocher que c'est moi-même qui m'en sépare par mon infidélité, et si je comprends tout le malheur d'une si triste séparation. Mais avec quelle insensibilité les mondains se voient-ils séparés du Dieu de leur salut ! Désir de recevoir Jésus- Christ : car le respect peut bien m'engager quelquefois à me retirer de la communion ; mais il ne doit jamais éteindre en moi, ni même diminuer le désir de la communion. Ainsi le comprenoient les premiers fidèles. Que fait le mondain ? Confondant avec la communion le désir

5^8 TABLE ET AISALYSE

(le la coniniunion , il renonce égalcincnl à rnn el a Taulre, el n'a plus pour le sacrement de Jésus-Christ qirnne indiirérence de cœur dont il devroit être effrayé. Et voilà ce (|ue saint Chrysostôme reprochoit au peuple d'Anlioelie avec tant de force. P. 1 16 —

3. Respect , qui n'a nulle conformée avec celui des» premiers siècles de l'Église : car dans ces siècles ilorissans diT cliristianisme , tandis qu'un pécheur dcmeuroit séparé du corps de Jésus-Christ , il éloit dans les exercices d'une pénitence laborieuse à laquelle il se condamnoit ; mais toute la pénitence d\in mondain se termine à ne plus communier. P. 122,

TroisîîliMe partie. Dire , je ne communie pas parce que je m'en crois indigne, c'est dans les pécheurs hypocrites et dissimulés un abus, et même un scandale. Dans toutes les contestations qui se sont élevées sur le relâchement ou la sévérité de la discipline, certains libertins du monde n'ont presque jamais manqué à se déclarer pour le parti sévère, non pas afin de l'embrasser et de le suivre dans la pratique , mais communément par un intérêt secret, et pour couvrir leurs desseins. Ainsi, pour ne parler que de la communion , n'est-il pas étrange que tant de gens engagés dans les plus honteux désordres aient paru les plus zélés à déclamer contre la fréquentalion du sacrement de nos autels? Ce zèle peut partir d'un bon principe dans de vrais fidèles : mais d'où peut- il venir dans des libertins», si ce n'est de quelque intérêt particulier qu'ils y envisagent ? Que prétendent-ils donc ? Se mettre en possession d'être libertins et d'abandonner les sacremens avec impunité, et même en quelque manière avec honneur , tellement qu'on ne puisse plus les distinguer des chrétiens les plus réguliers el les plus exacts, puis-

qu'ils agissent et qu'ils parlent comme eux. P. i'2r>

Or, je prétends que ce langage qu'ils tiennent est un scandale, puisqu'il va à deux choses également pernicieuses : 1. à décrier indifféremment les bonnes et les mauvaises communions ; 2. à détourner les âmes non -seulement de la communion , mais universellement de tout ce qu'il y a de saint dans la religion. P. 126 — 128.

1. Je dis à décrier indifféremment les bonnes et les nriauvaises communions : car s'il est loisjours dangereux, en blâmant la fausse piété , de décréditer la vraie , beaucoup plus l'est-il de la part d'un liberlin qui se soucie peu de confondre l'une avec l'autre, et qui n'attaque l'une que parce qu'il est secrètement ennemi de l'autre. Comme donc les enfans d'Héli éloignoient les hommes du sacrifice; comme les pharisiens n'entroient pas dans le royaume de Dreu , et empêchoient encore les autres d'y entrer, ainsi retire-t-on des autels une infinité de justes. P. 128 — i3o.

2. Je dis a détourner les âmes non-seulement do la communion, mais de tout ce qu'il y a de saint dans la religion. Car, dit saint Chrysostôme, sup-^ posé ce principe d'une humilité mal conçue , il faudra tout quitter. Vous n'êtes pas digne de communier, dites-vous ; et êtes- vous digne d'entrer dans le temple de Dieu ? Êtes-vous digne de prier et d'in voquer Dieu ? Êtes-vous digne d'en tendre la parole de Dieu ? P. i3o — 132.

Appliquons-nous, ministres de Jésus-Christ , et travaillons de concert à convertir les pécheurs, et: à perfectionner les âmes fidèles , pour préparer au Seigneur un peuple parfait. L'Église ne sera jamais bien sanctifiée que par le bon usage de la commulîion. P i52.

BoirPD. Ca/y'rni'. I. l"^

ii.'io TABLE ET ANALYSE

Llî PREMIER VENDREDI DE CAllÊME.

SUR L'AUMuNE.

Sujet. Quand vous faites Vaiunône , ne faites pas sonner de la trompette devant vous , comme font les hypocrites dans les synar/ogues et dans (es places publiques pour être honorés des hommes.

Si le Fils de Dieu condamne ces âmes vaines qui cherchent dans leurs aumônes à se distinguer, c'est encore avec bien plus de raison qu'il doit condamner ces âmes dures qui laissent souffrir les pauvres sans les assister. Car ce désordre est, en effet, plus condamnable que l'autre; et c'est ce qui m'engage à vous parler en général de l'aumône. Compliment à Monsieur, frère unique du roi. P. i35 — 156.

Division. On parle assez de l'excellence de l'aumône ; mais on n'aime gvière à entendre parler du précepte et de la nécessité de l'aumône : on la regarde comme une œuvre de surérogation ; et je dis, 1. que l'aumône n'est point un simple conseil, mais un précepte; 2. que ce précepte n'est point un commandement vague et indéfini, mais déterminé à une certaine matière; 3. que ce précepte doit être ob- .vervé avec ardeur, et selon les règles de la charité. Précepte de l'aumône , première partie ; matière de l'aunaône , deuxième partie ; ordre de l'aumône , troisième partie. P. i36, iSj.

Première partie. Il y a un précepte de l'aumône. Preuve : Dieu au jugement dernier , comme il est expressément marqué dans l'Evangile, condamnera les réprouvés pour n'avoir pas fait l'aumône. Or , Dieu ne réprouvera jamais les hommes pour avoir omis de simples conseils. P. i58, i3g.

Sur quoi est fondé ce précepte de Taumône ? 1 . Sur

DES SERMONS. 53 r

kl souverainelé de Dieu; 2. sur rindigence du pauvre. P. iSg.

1. Souveraineté de Dieu, premier fondement sur quoi est établi le précepte de l'aumône. Dieu est le souverain maître de vos biens , et par conséquent vous lui en devez le tribut. Or, ce tribut il ne veut pas le recevoir par lui-même , mais il l'afFecte aux pauvres. L'aumône n'est donc pas seulement un devoir de charité à l'égard des pauvres, mais un devoir de dépendance à l'égard de Dieu : et c'est ainsi que nous devons entendre cette parole du Saint-Esprit, Honorez le Seigneur de vos hiens. D'où il s'ensuit qu'un riche qui refuse au pauvre Taumône, est un sujet rebelle qui refuse à son souverain le tribut qu'il lui doit. P. 140—142.

De là même suivent encore deux autres conséquences. La première , qu'il est essentiel à l'aumône d'être faite dans un sentiment d'humilité , puisque c'est un aveu que l'homme fait à Dieu de sa dépendance. Ainsi Abraham voyant trois pauvres et se disposant à leur rendre les devoirs de l'hospitalité , commença par adorer Dieu. La seconde conséquence est, que l'aumône doit être proportionnétî aux biens et à leur quantité : car Dieu exige de vous ce tribut selon toute l'étendue de votre pouvoir; el ce n'est point aumône, disoit Ambroise, que de donner peu, lorsqu'on a beaucoup reçu. P. 142 — 145.

Quel est néanmoins le désordre? c'est qu'on mesure tout, hors l'aumône, sur le pied de ses revenus. On veut être servi, nourri, vêtu, logé, meublé à proportion de ses biens, et souvent bien au delà. 11 n'y a que l'aumône où l'on ne se pique de nviUe proportion. En sorte que ce sont plus les pauvres mêmes qui fournissent à l'entretien des pauvres , que les riches. P. i/|5— -147.

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