‹ CaremeChapitre 6 sur 44 · SECOND SERMON · texte numérisé non relu

SECOND SERMON

POUR

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Pulvis es, et în puîverem reverlerîs.

V ous êtes poussière ^ et vous retournerez en jjous» sière. Genèse, cliap. 3.

Vje sont les mémorables paroles que Dieu dit au premier homme <lans le moment de sa désobéissance ; et ce sont celles que TÉglise adresse en particulier à chacun de nous , par la bouche de ses ministres, dans la cérémonie de ce jour. Paroles de malédictions , dans le sens que Dieu les prononça ; mais paroles de grâce et de salut, dans la fin que TÉ^lise se propose en nous les faisant entendre. Paroles terribles et foudroyantes pour rhomme pécheur , puisqu'elles lui signifièrent Parrêt de sa condamnation ; mais paroles douces et consolantes pour le pécheur pénitent, puisqu'elles lui enseignent la voie de sa conversion et de sa justification. Ainsi , remarque saint Chrysostôme , Dieu en a-t-il souvent usé , et s'est- il servi du même moyen , tantôt pour imprimer aux hommes

la

la terreur de ses jugemens, et tantôt pour leur faire éprouver l'effirace de ses miséricordes.

Je ne sais, chrétiens, si vous avez jamais fait réflexion à ce que nous lisons dans le livre de TExode. Écoutez-le : Papplication vous en paroîtra naturelle , et elle convient parfaitement à mon sujet. Quand Dieu voulut punir PÉgypte , il commanda à Moïse de prendre dans sa main une poignée de cendres; et, en présence de Pharaon ^ de la répandre sur tout le peuple : ToUite manus plenas cineris , et spai^gat ilium Moxjses coram Pha7^aone(i). L'Écriture ajoute que cette cendre ainsi dispersée, fut comme la matière dont Dieu forma ces fléaux qui affligèrent toute PÉgypte , et qui y causèrent une désolation si générale : SUque pulvis supe?' omnem terram yEqypti{i). A en juger par l'apparence , Dieu fait aujourd'hui le même commandement aux ministres de son Égli« se. Il veut que les prêtres de la loi de grâce , Gonmie dispensateurs de ses mystères, prennent la cendre de dessus l'autel , et qu'ils la répandent solennellement sur tout le peuple chrétien : Toilite manus plenas cineris. Mais dans l'intention de Dieu , l'effet de cette cérémonie est , par rappo-rt au christianisme , bien différent de ce qu'elle opéra dans Pancienne loi. Car au lieu que Moïse et Aaron ne répandirent la cendre sur les Egyptiens , que pour leur faire sentir le poids de la colère de Dieu , que pour marquer à Pharaon qu'il ctoit réprouvé de Dieu , que pour dompter l'im-

(i) Exod. 9. — (2) Ibld, BouRD. Carême. I, 5

5o MKRCRKDI DKS CENDRES.

pieté et rendurcisscmeiit de ce monarque, livré dès lors à la vengeance de Dieu : par une conduite tout opposée , les prêtres de la loi nouvelle ne répandent aujourd'hui la cendre sur nos têtes que pour nous attirer les grâces et les laveurs du même Dieu 5 que pour nous mettre en état et nous rendre capables d'en éprouver la bonté , que pour exciter dans nos cœurs les scntimens d'une véritable pénitence. C'est ce que j'entreprends de vous faire voir, et par où je commence à nVacquitter auprès de vous du ministère dont Dieu m'a chargé et que j'ai à remplir pendant tout ce saiut temps du carême.

Vous 5 mes frères , qui , par la miséricorde du Seigneur, avez enfin renoncé au schisme poiu* vous réunir à l'Église ; vous pour qui je suis particulièrement envoyé (i) , que je regarde ici comme le premier objet de mon zèle ( et plaise au Ciel que je puisse vous appeler un jour ma couronne et ma joie ! gaudium meum et corona mea! (2); vous, dis-je, nouvelle conquête de la grâce de Jésus-Christ , apprenez à respecter une de ces cérémonies religieuses dont use l'Église catholique dans le aein de laquelle vous êtes rentrés. Il y en a de plus essentielles : mais sans parler des autres , ou pour juger des autres par celle-ci, comment l'hérésie l'a-t-elle pu rejeter , puisque l'auteur même de cette fatale division où vous fû-

(i) Le p. Bourdaloue fut envoyé par le roi à Montpellier, en faveur des nouveaux convertis , pour y prêcher le carême. (9) Philipp. 4.

CÉRÉMONIE DES CENDRES. 5l

tes malheureusement engagés ^ reconnoît que les cérémonies peuvent aider la piété des fidèles ; qu'il est non-seulement bon 5 mais nécessaire d'en conserver quelques-unes ; que pour n'être plus dans la loi de Moïse , il ne s'ensuit pas qu'il les fiiille toutes abolir; qu'il est juste que par des signes extérieurs J'on montre les sentimcns de religion qu'on a dans le cœur ; et que d'ôter tout ce qui s'appelle cérémonie , c'est meltre parmi le troupeau une confusion monstrueuse? Or, entre les cérémonies , quelle autre a dû moins blesser l'Église protestante que la cérémonie des cendres? Qu'a-t-elle de superstitieux ? qu'a-t-elle qui ne soit autorisé par TÉcriture ? quel souvenir nous est plus utile que celui de notre foiblesse, de notre néant, et n'est-ce pas la ce qu'elle nous remet devant les yeux ? Cependant cette cérémonie , dont la simplicité et la sainteté dévoient édifier , a été un scandale pour ces ministres que vous avez suivis. Ils l'ont réprouvée, et ils vous l'ont fait réprouver comme eux , parce qu'ils ne la connoissoient point assez , ou parce qu'ils ne vous la faisoient point assez connoître. Mais oublions lé passé , et bénissons Dieu du présent. Bénissons-le même par avance de l'avenir , qui nous promet l'entier accomplissement de ce grand ouvrage que le Seigneur a commencé. Nous nous unirons tous ; et tous de concert nous conspirerons à le soutenir, à le perfectionner, à le consommer. Qu'il me soit permis d'en faire ici le vœu solennel et public ; ce ne sera pas en vain. Oui , mon Dieu y

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votre œuvre s'achèvera , votre nom sera glorifié , voire loi observée ^ voire Éqlise reconnue : vous verserez sur mes auditeurs vos grâces les plus .ibondantes , vous les verserez sur moi , et elles donneront de Tefficace à mes paroles. C'est pour cela même encore que je m'adresse à Marie , et que je lui dis: j^ve^ Maria.

Il ne suffit pas pour la foi de croire de cœur, si l'on ne confesse de bouche ; c'est ce que saint Paul nous déclare en termes exprès , et à quoi j'ajoute^ suivant la doctrine du même apôtre , qu'il ne suffit pas pour la pénitence d'avoir un cœur contrit et humilié , si le pécheur au même temps n'offre à Dieu en forme d'hostie , une chair mortifiée et crucifiée avec ses désirs corrompus. Tel est 5 dit saint Grégoire pape, le devoir de l'homme qui 5 se trouvant composé d'une ame et d'un corps 5 d'une ame spirituelle et toute céleste , d'un corps terrestre et tout matériel, doit selon l'un et l'autre honorer Dieu , s'il veut rendre à Dieu ce culte raisonnable en quoi consiste l'intégrité de la religion.

Excellent principe que je suppose d'abord , et d'où je conclus que la pénitence chrétienne , prise dans toute son étendue , est donc un double sacrifice que Dieu exige de nous. Sacrifice de l'esprit^ et sacrifice du corps : sacrifice de l'esprit , par rhumilité de la componction ; et sacrifice du corps, par l'austérité même extérieure de la satisfaction : sacrifice de l'esprit , sans lequel , comme nous

renseigne le maître des gentils 5 le sacrifice du corps ne sert à rien ou presque à rien , ni ne peut jamais apaiser Dieu ; et sacrifice du corps 5 sans quoi le sacrifice de l'esprit n'est souvent qu une illusion et un fantôme devant Dieu. En sorte que Tunion de ces deux sacrifices est absolument nécessaire pour rendre parfait Pholocauste dont je parle , et d'où dépend l'entière réconciliation de riiomme pécheur avec Dieu.

Je m'attache à cette pensée qui me conduit naturellement à mon sujet : et parce que ces deux sacrifices que la pénitence doit faire à Dieu, trouvent en nous deux grands obstacles , dont le premier est l'esprit d'orgueil , et le second l'esprit de mollesse ; l'esprit d'orgueil , incompatible avec l'humilité de la péiiitence ; l'esprit de mollesse , essentiellement opposé à l'austérité de la pénitence : je veux 5 pour ne vous rien dire aujourd'hui qui ne soit utile et pratique , vous apprendre à les surmonter par le souvenir de la mort que nous retrace l'Église dans la cérémonie des cendres. C'est tout le dessein de ce discours , que je réduis à deux propositions. Il faut , par une pénitence solidement humble , anéantir devant Dieu l'orgueil de nos esprits ; et c'est à quoi nous oblige la vue de ces cendres , qui sont pour nous les marques et comme les symboles de la mort : ce sera le premier point. Il faut , par une pénitence généreusement austère , sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos coq3S ; et c'est à quoi nous engage l'imposition de ces cendres 5 qui nous

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annoncent, ou plutôt qui nous font déjà sentir lincvilablc nécessité de la morl : ce sera le second point. Iluniilialion de Tcsprit sous le joug de la ])énitcnce , niorti(icalion de la chair dans Texercice de la pénitence : deux Fruits du saint usage que nous devons faire de ces cendres consacrées par la bénédiction des prêtres , et de la pensée de la mort que nous rappelle luie cérémonie si toucliante. Donnez-moi votre attention.

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