‹ Carlo BroschiChapitre 5 sur 8 · II · texte numérisé non relu

II

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Le lendemain, h six heures, le major Hollyclai était chez moi, et, une demiheure après, nous descendions de voiture à Yincennes avec nos témoins.

— Messieurs, dit à haute voix l'Irlan-

dais... j'ai une déclaration à vous faire : la personne que je soupçonnais n'était point hier soir au bal de l'Opéra ; j'en ai les preuves positives, et la dame que monsieur protégeait... m'était totalement étrangère... Je devais cet aveu à ma conscience et à la vérité.

Maintenant, continua-t-il, en se tournant vers ses témoins et vers les miens, comme j'ai fait mes preuves et que vous savez tous que la vie de monsieur est entre mes mains, je la lui accorde s'il veut me la demander. ,1

Tout mon orgueil se révolta, tout mon sang se souleva à cette arrogante parole.

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— Plutôt mourir, monsieur, que de rien vous devoir; permis à vous de me tuer !

— Mais, jeune homme! je suis sûr de mon coup!

— Alors, permis à vous de m'assassiner...

La colère brilla dans les yeux de l'Irlandais; il arma son pistolet, et s'arrêtant encore :

— Rétractez ce nouvel outrage... Un pardon... une excuse!

— Vous n'aurez rien de moi , que mon sang !! f

— Vous l'entendez, messieurs, cria le major... il le veut... il m'y force... Je le devrais...; mais j'ai eu le premier tort, et je ne l'oublierai pas. Alors visant lentement, il dit tout haut : A l'épaule droite !

Le coup partit, et je tombai, l'épaule droite fracassée.

Quand je revins à moi, j'étais dans mon lit, entouré de tous mes amis, et le médecin assurait qu'il répondait de mes jours.

Le lendemain, je reçus une visite qui me fit grand plaisir : c'était celle de la comtesse; elle était venue avec son

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frère , qui ne resta qu'un instant, et quand nous fûmes seuls : Georges, n'êtes-vous pas bien étonné de me voir?

— Non, je vous attendais I

— Ah! je vous remercie de ce motlà; elle me tendit la main et se mit à fondre en larmes. « C'est ma faute, c'est ma faute ; je ne me le pardonnerai jamais. »

— C'est la mienne, madame , c'est ma folie, mon étourderie.

— Moi qui vous connaissais, ne devais-je pas veiller sur vous?... Mais j'étais bien malheureuse; placée entre

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VOUS et une autre amie... qui m'est bien chère... Pas plus que vous, cependant; car vous souffrez; vous êtes en danger, c'est vous que j'aime le

mieux Et alors elle me dit tout

ce que l'amitié d'une femme peut inspirer de tendre et de saintement passionné. Jamais rien de plus doux, de plus pur, de plus ravissant, n'avait retenti à mon oreille et à mon cœur; pour la première fois, j'apprenais à connaître Julia. Je sentais tout le prix d'une amitié pareille ; c'est moi qui , à mon tour, couvrais ses mains de mes baisers et de mes larmes , qui lui jurais un dévoûment éternel et à toute épreuve.

LA MAITr.liSSE ANO.NYIIE. 1^5

— Eh bien! me dit-elle, en tombant à genoux près de mon lit, si vous dites vrai, si je dois croire à vos sermens, je vous demande une grâce; je vous la demande à mains jointes.

— Laquelle?

— Ne pensez plus à... Elle hésita et reprit... à ccUc inconnue dont l'influence vous a été si fatale; ne cherchez point à découvrir qui elle est.

Je vous le demande pour vous et pour elle! Vos recherches d'ailleurs seraient inutiles ; elle a quitté la France.

— Quand donc?

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— Ce matin, des qu'elle a eu la certitude que vous étiez hors de danger.

— L'autre jour, à l'Opéra... c'était donc elle !

— Oui, mon ami.

— Et cependant je ne crois pas l'avoir vue parmi les dames qui étaient avec vous au château.

— Vous ne l'avez jamais vue; vous ne connaissez ni ses traits ni son rang, ni son nom. Est-ce alors un sacrifice pour vous de l'oublier et de ne plus regarder cette aventure que comme un rêve... un mauvais rêve?

LA MAItRKSSE ANOîïYMlî. 187

— Oui, la fin!... car le commencement était joli...

— Taisez-vous!...

— Un mot encore, et je me tais...

Elle sait donc tout?...

— Hélas! oui.

— Elle me connaît... moi qui ne la connais pas !

— Oui , monsieur...

— Lui avez-vous remis ma lettre?

— J'ai hésité... mais cette lettre était bien... car vos écrits valent mieux que vos actions... Et, ne voulant pas qu'elle emportât une trop mauvaise opinion

de vous, qui êtes mon ami... je lui ai donné ce billet.

— Et qu'a-t-ellc dit... du dernier mot?

— Du pardon que vous lui demandez?...

— Oui!...

La comtesse me regarda attentivement comme si elle eiit voulu juger de l'effet que sa réponse allait produire sur moi ; et elle me dit seulement : Ce pardon..... elle vous l'accorde... à une condition.

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