‹ Carmina sacraChapitre 19 sur 36 · ULTIMA VERBA · texte numérisé non relu

ULTIMA VERBA

A Francesco Mosca.

0 jeunes gens, espoir de l'antique Ausonie, — Si vous me pardonnez ce langage un peu vieux Héritiers et gardiens de son divin génie; Vous qui lui referez des jours prestigieux.

Je vous ouvre en ces vers ma veine généreuse, Ardente à s'épancher, d'un flot égal et plein; Par un matind'été de la Toscane heureuse, Au rythme des fléaux qui séparent le grain.

Accueillez, accueillez cette voix amicale ! Elle môle sa note aux souffles infinis De la Nature, au cri strident de la cigale : Oui , recueillez ma voix, ô disciples bénis.

Vous le savez, mon âme est fidèle et vous porte : En moi je vous sens tous unis, fils dispersés; Et j'embrasse avec vous, dans ma tendresse forte, Vos frères qui viendront, et vos frères passés.

Ici mes souvenirs sont plus fervents encore, Sous le rayonnement prolongé des soleils. Ce juillet embrasé, qui féconde et dévore, Il met de son ardeur dans mes mâles conseils.

Ne vous étonnez pas si, tout vibrant d'oracles, Devant les épis d'or, réternel firmament, Les horizons, remplis de glorieux spectacles. Ce poème parfois sonne auguralcment.

ORPHICA 119

Enfants, tous vous l'ont dit, votre patrie est belle. Elle garde pour nous les trésors du grand Art : Les peuples transportés s'inclinent devant elle; Elle enchante le monde avec son clair nectar.

Gracieuse à jamais, elle est, encor, robuste : C'est d'un geste vaillant qu'elle tend son flambeau; E't quand un lutteur las touche sa terre auguste, Use lève plus fier, il ressurgit plus beau.

Elle a le don heureux des paroles chantantes : Qui Ta vue une fois ne peut pas l'oublier ; On rêve de ses nuits doucement éclatantes, Que parfume une odeur de rose et de laurier.

Moi, dans chacun de vous je trouve un jeune frère. Combien de nos héros, dans vos champs, endormis ! Nos deux sangs ont mêlé leur pourpre vive et fière; Et vous me souriez, ô radieux amis.

Il est vrai que l'espace aujourd'hui nous sépare ; Mais contre mon amour l'espace est impuissant. Vous accourez encoa'e au son de ma cithare : Je vous parle au milieu d'un éternel présent.

Vous vousserrezautour de moi pour mieuxm'entendre. Comme hier votre voix va répondre à ma voix, Car vous la trouvez noble, harmonieuse et tendre : Elle a fait bondir l'âme, en vos seins, tant de fois.

Reconnaissant j'ai dit : ô Ciel tu me les donnes! Vous apportiez la joie au chanteur opprimé; El si quelqu'un jamais m'a tressé des couronnes, N'est-ce pas l'un de vous que j'ai beaucoup aimé?

J'ai su les partager, vos ardeurs inquiètes : Mon présent qui décroît cherchait votre avenir. Un grand cœur maternel est dans les vrais poètes : Quand vous étiez amers je n'ai pas pu dormir.

ORPHICA 123

•ue vous veniez d'Ombrie ou veniez de Sicile, lus sévères ou plus allègrement joyeux : vec vous j'ai plané loin d'un temps imbécile, [on génie expirant reprit flamme à vos yeux.

[ûrissez, puisqu'enfîn toute jeunesse passe; aites revivre en vous les aïeux immortels ; ransmettez à des fils la beauté de la race ; onservez les foyers et gardez les autels.

outant de vous revoir dans ma vie incertaine, ai murmuré : sans doute, il en doit être ainsi; ai crié : vous dont l'œstre a réveillé ma veine, u revoir dans la joie éternelle, et merci I

V^otre mémoire eu moi demeurera, féconde ; Pour m'exalter le cœur je vous évoquerai... Tels étaient mes adieux. Mais déjà dans ze monde Quelque chose me dit que je vous reverrai

J'irai : je parcourrai la belle Péninsule, Vous cherchant, dans Tespoir du cordial accueil. Quand le matin flamboie ou quand l'occident brûh Vous me verrez soudain aborder votre seuil.

Puissé-je y retrouver l'ancienne tendresse ! Oui, que je ne sois pas devenu l'étranger, Et qu'un de vous encore, en souriant, me tresse La couronne, et me tende un vin sobre et léger.

ORPHICA 123

insi j'apparaîtrai dans les hautes Abruzzes; ans Naples, la chantante, et Torre del Greco: lys où le soir d'or est plein de cornemuses, Il l'on entend sonner des flûtes dans l'écho.

i me promènerai par la grecque Apulie;

ar la Sardaigne ardente au vent chargé de sel:

! saurai la douceur et la mélancolie

es lacs Lombards, qui sont comme un fluide ciel

t, partout, acclamant le pèlerin lyrique, 'entoureront, restés à mon âme tous chers, 3s fils, les héritiers de l'Ausonie antique, rave et pure Sybille, assise entre deux mers !

Nos entretiens seront poétiques et sages.

Heureux si quelque brise erre en de longs cyprès.

Si le souffle du large effleure nos visages,

Si de sonores flots viennent mourir tout près...

C'est l'espoir que je berce en moi lorsque je veille, Et qui, dans mon sommeil, me hante, rêve ardent; L'espoir qui me poursuit et me chante à Toreille. Gardez mon souvenir, amis, en attendant

Vivez pieux. Pour moi saluez votre mère, Puisqu'elle vous forma sur ses chastes genoux; Et, parmi les hasards qui font la vie amère, Entendez dans la nuit mon cœur battre pour vous

ORPHICA 125

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