‹ Carmina sacraChapitre 35 sur 36 · ABSOUTE · texte numérisé non relu

ABSOUTE

Ah I soirs vibrants, et quelle ardente ivresse en nous Un Sage dominait ce chœur d'aèdes fous... Nous regardions briller sa lointaine fenêtre : Et lui, veillant de loin sur nos batailles. Maître Stéphane Mallarmé, pacifique, aux doux yeux, Transmutait toute chose en or mystérieux. Seul, une main pensive appuyée à sa tempe, Aux lueurs qu'épandait magiquement sa lampe, Ou prodiguant pour nous, enjeux aériens, Son esprit délicat, dans ces chers entretiens

Dont nos âmes seront à jamais obsédées,

Il marquait, d'un doigt pur, la courbe des Idées.

Avec lui nous t'aimions, Paul Verlaine, versant,

Martyr des passions, ton lamentable sang,

Puis, la chair fatiguée et'l'âme anéantie,

T'en allant demander sa vigueur à l'Hostie.

Elle te relevait : tu retombais encor,

Mais pour te redresser vers le ciboire d'or !

Tu fus malade . . . Hélas ! plus ou moins nous le sommes

Tous, dans cette cité misérable des hommes.

Qui donc autour de nous, et pour trop d'abandon,

N'a pas à souhaiter quelque divin pardon ?

D'un compagnon d'antan reçois ici l'Absoute...

Oui, que la paix céleste, en toi pénètre toute,

Et que tu puisses, clair, et tes vains désirs morts,

Aimer du grand Amour, sans terme et sans remords

iMÉDITATION ROMAINE

A Joseph Parnin.

Oh 1 s'égarer tout seul par la Voie Appienne, Plein de mélancolie ou de recueillement, Et, des mortes splendeurs de la Rome païenne, A la chrétienne aller, comme insensiblement.

Surtout lorsque le soir va les teinter de rose, Contempler ces champs nus, au vide interminé, Que, par instants, domine un profil grandiose D'aqueduc, à la fois solide et ruiné.

Seul toujours, aspirer sous la sublime flamme Des blancs étés, qui font poudroyer les chemins, Afin de se grandir héroïquement Pâme.

La tristesse et la paix des horizons romains.

Ou, penché vers le Tibre, aux eaux lourdes et fauves, Évoquer ces longs jours d'histoire qu'il a vus Fuir, après les Gâtons et les Scipions chauves, Sans en garder pour nous, même un reflet confus.

Sol à jamais sacré, qui n'est fait que de tombes, Labyrinthes massifs du profond Palatin, Arcs triomphaux, dressé^> après les hécatombes Des peuples que la Ville immole à son destin.

Obélisques sur qui le Temps brisa ses griffes Et que la Croix surmonte, elle invincible à tout ; Basiliques, fonds d or, monuments des Pontifes, Qui méditent assis ou bénissent debout !

De ces choses trouver la secrète harmonie, La recueillir, malgré la rumeur des passants ; S'agenouiller dans quelque antique Diaconie. Où traînent des odeurs de cires et d'encens.

Par les mourants juillets, du haut du Janicule, Alors que le soleil décroît sur les gazons. Suivre d'un long regard cette lueur qui brûle Aux dômes éloignés, aux vitres des maisons.

Escorté, pas à pas, par des Ombres illustres, Fuyant partout les bruits profanes et grossiers, Longuement s'accouder sur l'appui des balustres. Ou marcher, seul encore, à Ir-avers les sentiers.

Et, dans son cœur roulant ce quel auguste Rome Y verse de noblesse et de détachement, Méditant la grandeur avec le rien de l'homme, Qui sont ici venus s'inscrire également.

Tandis que le couchant fait flamber sa fournaise, Qui s'éteindra bientôt au fond du ciel pâli, Voir se dorer là-bas, tes pins, Villa Borghèse, Ou s'empourprer les tiens, ô Villa Pamphili.

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