DISTIQUES A NOVEMBRE
Novembre, dont le front penché ressemble au mien, En traînant ton manteau de brume, tu reviens.
Tu reviens: et mon cœur,plus lourd d'un an, t'accueille, Dans ce jardin rempli par la chute des feuilles.
Ah ! lu vas, une fois de plus, morne saison, Amasser la pesante neige aux horizons !
Et, des coteaux flétris au vide de la plairni, Je t'enlendrai gémir tes longues caulilèues.
Et tu me glaceras de tes noirs frissons, toi
Qui fais, sur les chemins, crier les vieilles croix.
O Novembre, par qui, dans leur seizième année, Tant de vierges s'en vont, en pleine fleur fanées :
Novembre, dont les glas, au soir de la Toussaint, Ont longuement pleuré, pareils à des tocsins !
Je le puis maintenant savourer mieux, ton charme Plus que jamais mon cœur est saturé de larmes,
Car un harmonieux enfant, dont je formai L'âme neuve, est parti, peut-être pour jamais.
Et mon âme, à ce seuil de l'hiver, est plus seule Que ne sont, remuant la tête, les aïeules.
Or, je veux justement, Novembre, que, pour lui. Tu m'accordes le long sommeil des lenles nuits,
Afin que, lui montrant mieux la route tracée, Par mon calme, de loin, j'ordonne ses pensées.
Souhaitant qu'il revienne à moi, dans quelque avril, Mûr, et le cœur vibrant de poèmes virils.
Car je le suis, là-bas, tendre comme une mère, Moi qui l'ai dégoûté des choses éphémères...
Mais, tu n'as pas toujours, Novembre, ce front lourd ; Tu sais nous accorder d'inoubliables jours.
On dirait que le clair Octobre se prolonge ; On se sent entraîné sur le chemin des songes.
On trouve souriant même un Carapo-Santo Le chant des paysans fait vibrer les échos.
Dans l'air, dont la clarté redevient caressante, Il flotte un souvenir de vendanges récentes...
Ces jours, où Tan qui meurt attendrit son adieu, Ils pourront me donner des instants radieux.
Puis reviendra, battant mes fenêtres, la pluie : Les chères visions seront toutes enfuies.
Par les champs dépouillés, par les coteaux, le vent. De nouveau, poussera ses grands cris émouvants
Et toujours renaîtra, saintement ignorée,
Ma tristesse, et, tout seul, dans l'ennui des soirées,
Je redirai les vers de cet enfant lointain, Dont les destins encor s'agitent incertains.
Et mon cœur désolé n'aura pour se distraire
Que l'âtre, où le £eu meurt aux braises cinéraires.
A MARIAINO FALGINELLT
Tandis que nous disions des vers, Falcinelli, L'heure s'est échappée et le jour a pâli : Le disque va tomber derrière les collines. J'entends vibrer des sons de cloches cristallines. « Elles semblent pleurer, là-bas, le jour mourant. Mais tout le ciel encor demeure transparent. Nous avons commencé le même divin rêve : Et devant ce couchant notre amitié se lève.
\ BINO BINAZZI
Binazzi, le matin est venu plus léger.
Ce monde où le poète est comme un étranger
Te sourit : laisse là tes ennuis de la veille ;
Chasse l'affreuse nuit et sois tel qu'une abeille
Qui chercherait son miel en oubliant son dard :
Templier d'aujourd'hui, lève ton étendard.
Vois, vers le clair jardin les oiseaux nous convient :
A-ssise est sous nos pieds; les cloches psalmodient.
Des enfants tout à l'heure ont accueilli nos pas,
Et je suis de ceux-là qui ne t'oppriment pas.
Je poserai mon bras sur ton bras, nos paroles
Ne s'égareront point en entretiens frivoles.
Tu me diras tes jours, ton destin traversé.
Je saurai les moments divins de ton passé,
Puis les travaux souvent payés d'ingratitude;
Je saurai ta pensive et dure solitude.
Tu me réciteras, nés longuement, tes vers.
Ah ! qu'ils t'ont consolé, bien qu'ils fussent amers*
La gloire à conquérir est rude, mais qu'importe
Que nous devions un jour forcer sa sombre porte!
Ce qui compte est d'avoir, par son âme, exalté
Des âmes ; c'est d'avoir désiré la Beauté !
Laisse tomber les jours, puisque tu les fécondes,
Laisse les soleils fuir, laisse mourir les mondes.
Je te dirai cela, peut-être, et, Binazzi,
Tu t'en iras, d'un souffle auguste ressaisi,
Et de disciples fiers une troupe serrée
Marchera sur tes pas, en Légion sacrée.