M. Barrés
Fart pour l art, a plus forte raison la considération du but de l'œuvre échappera-t-elle à cette prison.
A quoi sert l'œuvre d'art ? A quoi finalement est-ce qu'elle aboutit ?
J'essayais, dans le cours de cette étude, de montrer que le rôle de l'art se précise à force d'imprécision.
A lui est dévolue la charge de l'unité. A lui les missions subtiles de sympathie entre les forces opposées. A lui les solutions charitables et reposantes. A lui le soin d'éveiller les sensations de pitié au sein de la plus rigide légalité. A lui de stimuler l'esprit scientifique et de lui faire faire ces écarts hors de la logique intellectuelle, auxquels toute décou» verte est attachée. A lui de trouver le son d'un mot qui convainc, là où nul argument n'a porté. A lui de transformer le geste épuisant du travail en yn rythme plein de vigueur. A lui de susciter la bonté et de la mélanger à la vie comme le levain à la pâte.
, L'œuvre d'art retombe donc bien sur l'humanité comme la pluie retombe sur la terre. Elle a donc bien son utilité.
Mais ce mot une fois écrit, comme la malveillance du monde est grande, il importe que je prenne quelque précaution.
On a émis de fortes âneries sur l'utilité de l'œuvre d'art. M. Valéry Larbaud les résume fort bien, dans sa récente étude sur V Enfance de Dich
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C'est la grande erreur de bien des demi-lettrés, de demander à tous les livres un système complet du monde, la solution des problèmes sociaux, une règle de conduite, — et quoi encore ? ou bien, tout simplement un bulletin de vote : socialiste ? réactionnaire ? anarchiste ? Whitman, qui aux trois questions répond également oui, et Dickens qui répond non, embarrassent singulièrement cette critique électorale.
On ne saurait mieux dire. Quand j'écrivais tout à l'heure que je ne conçois pas comme doué d'intérêt le récit d'une anecdote écrite par un homme qui serait privé de toute conception systématique du monde, je n'entendais pas que cette anecdote dût à son tour contenir un système. Le ricochet serait puéril.
J'exige d'un écrivain que sa réflexion ait fécondé toutes les notions que la vie lui a offertes ; mais je le tiens quitte de sa solution toute mâchée ; mon estomac n'est pas si débile qu'il ait besoin de secours étrangers. Si j'ai faim de solutions, l'école de Marx ou M. Leroy-