FRANÇAIS ALLEMANDS
Quelles sont donc les raisons pour lesquelles la langue française ne progresse plus dans ces pays ?
Il y a à cela deux causes principales. D'abord la France fait peu de commerce. En 1907, les importations de la France en Bulgarie n'atteignaient que 1 1 millions de francs, celles des deux pays de langue allemande atteignaient 68 millions (Autriche 39, Allemagne 29). Naturellement, les commerçants se voient de plus en plus obligés de savoir l'allemand et ils préfèrent faire apprendre à leurs enfants cette langue qui leur sera d'une utilité journalière, que le français qui leur servira beaucoup moins.
De plus, nous trouvons, surtout en Bulgarie et en Serbie, un grand nombre d'Autrichiens et d'Allemands et très peu de Français (quelques dizaines à Sofia)...
M. Tony-Réveillon est moins précis dès qu'il s'agit de passer aux remèdes :
Vendre de la camelote, comme en vendent les Allemands, multiplier les tournées de commis-voyageurs, encourager, voire d'une façon officielle, conférenciers académiques et troupes théâtrales à parcourir les Balkans, fournir de livres les sections de V Alliance française, etc. Voilà tout.
Je n'en fais pas grief à l'auteur de cette étude. Le remède est moins aisé à découvrir que le mal. Il est, en outre, difficile à un homme de bonne volonté, que sa seule bonne volonté informe, d'opérer un choix critique entre les solutions.
En réalité, comme l'indiquait déjà la première étude parue dans iEffort sur ce problème, il y a erreur sur la question. Il faut agir avec le problème de notre influence comme avec la fameuse question des Humanités. A force de les prendre l'une et l'autre par l'extrémité des
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rayons, on se condamne à tourner sans cesse à égale distance du centre où se trouvent la vie et la cause initiale.
En dépit des apparences extérieures, ces deux crises ont en effet une explication commune. Elles sont concentriques. Le chiffre des prêts de livres à la bibliothèque de Philippopoli, et l'emploi du temps dans les classes de nos lycées, sont deux aspects plus ou moins approchés d'une même situation générale.
Le problème des Humanités, le problème de l'Irrédentisme, se ramènent tous deux à la question sociale.
Voilà ce qu'il faudrait qu'arrivent à comprendre tous nos modernes Agathon, depuis les plus documentés jusqu'aux plus naïfs, . Il nous sera facile de montrer sous peu que la crise — très effective — de la Sorbonne est susceptible de conclusions infiniment plus étendues et plus révolutionnaires que ne font mine de le croire MM. Massis, de Tarde et la sourde clique qui s'agite dans certain salon.
Je me borne aujourd'hui à l'examen des remèdes suggérés par M. Tony-Réveillon pour parer à la crise du français hors de France.
Exporter notre camelote ne nous est pas possible, faute de houille et d'ouvriers. Devons -nous le regretter ?
Voilà quinze ans que nos consuls nous crient : Faites comme les autres ; faites de la mauvaise marchandise.
Grâce à Dieu, leurs conseils commencent à porter fruits.
Nos fabricants se sont en effet aperçus qu'il est plus facile et plus rémunérateur de fabriquer de la camelote que de l'article soigné. Seulement...
Seulement il est arrivé ceci, qu'à égalité de non-valeur, la camelote britannique, américaine ou allemande revenait tout de même meilleur marché que la nôtre. Alors...
Alors nos fabricants, ne trouvant pas à écouler cette dite camelote chez les barbares, se sont résolus à en faire bénéficier le peuple français. Une formidable enceinte de droits douaniers ne le défendait-elle pas contre la menace des camelotes barbares ?
Voilà qui s'appelle un syllogisme bien conduit. Et si vous niez la
vertu du syllogisme appliqué aux conditions de la raison pratique, promenez-vous sur le sol français et voyez ce que la puissance d'un seul syllogisme a réussi à y faire pousser.
Bazars parisiens. Nouvelles Galeries, Planteurs de différents pays tropicaux, maisons de machines à coudre, d'épicerie, de laiterie, de confection, de petit salé, floraison de clochetons en fonte moulée, de façades en stucs violemment coloriés, de lampes au strontium» formidable entassement de marchandises en trompe-l'œil, énorme volerie dont des Cours des Comptes privées suivent scrupuleusement le plus misérable décime à la piste.
Que vient-on encore nous parler de la firme Ali-Baba and C*' avec ses quarante pauvres actionnaires ? Nos enfants veulent d'autres contes.
La coupole de M. Dufayel équilibre d'une rive à l'autre, dans l'horizon parisien, celle du Panthéon, Les quatre dômes que ce bon M. Cognacq a, bravant l'honnêteté, placés sous k protection de la Samaritaine et peinturlurés, en son honneur, d'un bleu suave, enfoncent la coupole de l'Institut et écrasent les toits proches du Louvre.
Heureux citoyen de la plus athénienne des républiques, de là vient que tu achètes couramment, à des prix défiant toute concurrence, des lessiveuses qui se percent à la première lessive, des casseroles qui fondent au feu, des bottes qui fondent à l'eau, des pantalons qui cèdent à ta première enjambée aventureuse, des chaises qui se rompent sous ton poids, des clous qui se tordent sous ton marteau, un sucre qui ne sucre pas, un café qui te rappelle l'odeur de tes promenades sous les chênes, un pétrole qui ne veut rien savoir, un bordeaux qui t'épargne les frais d'un voyage en Algérie, et un lait qui né s'engage loyalement à êtr^ lait que si tu es assez pécunieux pour te le procurer sous l'étiquette ingénue qui le baptisera : lait riche. Et je ne parle pas des fonds russes !
Je tiens d'hommes sérieux, qui sont dans les affaires depuis un quart de siècle, que le niveau de l'honnêteté commerciale a baissé, en France, dans ces dernières années, avec Une surprenante rapidité.
Il y a quarante ans, il courait une locution dans l'argot du CômririeïiGe. On disait : déloyal comme un Allemand. Hélas, il paraît que ça rtê se dit plus ! Les conseils de MM. les consuls et ceux de M. Jules Hurel ont été entendus.
Nous nous sommes américanisés, germanisés, — sous certâinâ rapports. Noua avons le Matin, nous avons le Crédit lyonnais, nos
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hommes d'Etat n'ignorent plus rien de ce qu'il faut entendre sous le nom de politique réaliste.
Non vraiment, on est bien mal venu quand on reproche aux Français de se refuser à fabriquer de la camelote. Nous nous en tirons désormais aussi proprement que quiconque, mais nous gardons les résultats de cette science pour notre usage particulier.
Si vous aviez, reprend-on alors, des commis-voyageurs plus nombreux et plus dégourdis, vous contrebalanceriez aisément à l'étranger la différence des prix de revient. Le Français a pour lui son bagou, sa grâce naturelle et la popularité de sa nation.
Et on nous raconte, à ce sujet, la vieille histoire des trois voyageurs.
La scène se passe dans une ferme boër, avant que les capitalistes anglais aient passé par là.
Arrive un voyageur anglais qui se met en devoir de déballer sa petite marchandise. 11 y procède avec méthode et dispose son bazar sans desserrer les dents. Le Boër le regarde faire en tirant de sa pipe des bouffées de fumée.
Après un long silence, il tend le doigt vers un des échantillons, et fait comprendre que cet objet lui conviendrait peut-être à condition qu'on le modifie de telle et telle façon. L'Anglais l'écoute poliment, et, quand l'autre a bien fini, laisse tomber ces deux mots : «Je regrette ». Puis se penche, remballe sa marchandise et s'en va.
Il n'a pas plus tôt disparu, que survient un voyageur allemand, vous savez, une de ces têtes rondes passées à la tondeuse, avec deux anses sur les bords et un dos d'une telle largeur à la hauteur des omoplates.
Le jeu s'engage, à peu de choses près, de la même façon. Le tondu projette trois fois le tronc en avant, et sort de ses boîtes noires le même petit bazar d'échantillons variés. Mais à peine le Boër a-t-il étendu le doigt et commencé à formuler son désir, que l'Allemand a déjà sorti un calepin et sténographié les volontés toutes-puissantes du client. Et jusqu à ce que le colosse, plié en deux par des secousses convulsives, ait passé la porte, le client s'entend assurer qu'avant qu'il soit trois
mois, la maison lui aura livré sa commande, exactement et spécialement conforme à sa convenance.
C'est au tour du Français. Il entre, serre à douze reprises la main que le Boër ne lui tend pas, s'affale sur une chaise en sessuyant le front, allonge ses jambes, s'informe de parents qui sont morts, d'enfants qui n'ont jamais été mis sur chantier, sacre contre les routes, le temps, la saison, le cheval, son estomac, raconte la dernière gaudriole à la mode quand il quittait Cape-Town cinq mois plus tôt, tire son étui à cigarettes, le présente à la maîtresse de la maison et la fait sortir de la chambre pourpre d'indignation, pousse alors le coude à son hôte, finit par ouvrir son baluchon sans avoir l'air de rien, en extrait le contenu dans un désordre pittoresque, pousse des cris de surprise comme s'il le contemplait lui-même pour la première fois, et sans arrêter un instant de parler, le fait défiler devant le fermier.
Bon gré mal gré, plutôt mal que bon, il faut que le Boër touche, flaire, hume, palpe, caresse, manie, éprouve, apprécie, juge, estime. A peine a-t-il entrebaillé la bouche pour émettre une objection, que le voyageur lui a déjà prouvé, de six façons péremptoires, que nul échantillon ne peut mieux convenir à l'usage qu'il veut en faire, a déjà pris note de sa commande, lui a saisi la main en l'appelant grand-père, lui a fait signer un papier et s'est rejeté au fond d'un fauteuil en discourant sur la politique du pays.
Et le fermier garde — après l'avoir fait boire — cet étrange animal à dîner, pour distraire sa solitude et apprendre quelque chose des bruits qui courent par le monde.
Assurément le conte est plaisant. Mais quelle valeur garde-t-il aujourd'hui où nous n'avons plus assez d'enfants pour essaimer ? Où le peu d'entre eux qui se sent du goût pour l'aventure en trouve cent occasions dans un trop vaste empire colonial ?
Si nous envoyons peu de commis-voyageurs à 1 étranger, c est qu on ne fait plus d'enfants en France. Nous ne pouvons fournir ce que nous n'avons plus.
Mais si le Français refuse d'engendrer, la cause en remonte à des
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conditions économiques et à des circonstances morales. Ce qui revient à dire qu'elle est un fait social.
Et je me permettrai de résumer ce fait de la façon suivante : dans une société qui a été basée tout entière sur des considérations matérielles, — où la notion de bonheur a été confondue avec celle de richesse, l'honorabilité avec la fortune, — où il n'a été suscité d'autre moteur d'énergie morale que l'intérêt privé, — où la discipline qui a présidé à la formation des citoyens est, sous le nom de concurrence ou d'émulation, celle d'une guerre perpétuelle et généralement malhonnête, — où le mot d'ambition a perdu toute autre signification que celle de convoitise, — où il ne s'est pas fondé d'autre mystique que celle de l'or, — il est naturel que, dans une semblable société, les impulsions les plus spontanées, les plus généreuses aient été soumises aux calculs de l'avarice la plus sordide.
En vérité, je ne me sens pas le cœur de blâmer les propagandistes ouvriers du malthusianisme. Ils ne font que suivre les enseignements de l'économie bourgeoise ^.
Ce sont les riches qui ont commencé à restreindre le nombre de leurs enfants par peur de devenir moins riches. Les ouvriers s'aperçoivent qu'en se mettant à l'école de leurs patrons, ils ne courent qu'un risque, c'est de devenir moins pauvres. Qui osera leur en faire le reproche ?
Je sais qu'il y a quelque part, à l'Ecole de la rue Saint-Guillaume, au Collège de France et en Sorbonne, des économistes qui se chargent de cette besogne. Libre à eux.
Libre aux braves Français qui vivent à l'étranger de déplorer les effets de ce tarissement. Libre à tous les moralistes de conclure que de tels calculs courbent la race vers des destinées m.esqulnes.
Le fait est là. Il restera fait, tant que durera notre société d'argent.
L'argent est un fléau pire que la vérole. Plus sûrement qu'elle, il atteint aux racines de l'être et corrompt sa semence.
Et qu'on ne vienne pas nous objecter que le régime capitaliste règne en d autres pays, qui ne voient pas leur population diminuer. Car il est incontestable que le chiffre brut de la natalité est en baisse sur toute la surface de l'Europe occidentale. Seuls continuent
1 . Des débats récents au Parlement et des aveux d'un Ministre de la Reconstitution industrielle ont popularisé, bien après que ces lignes avaient paru, cette idée que l'industrie française s'accommode d'un terrible malthusianisme économique (mars 1919).
à procréer les peuples chez qui celte chose trouble qu'on appelle la civilisation n'a pas atteint le même développement que chez nous, les Slaves, les Italiens du sud, les Hongrois, Croates, Serbes, Roumains et les Juifs russes.
On peut dès à présent prévoir le moment où l'accroissement de la population prendra fin en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, de la même façon qu'il semble avoir pris fin chez nous.
Dès à présent les statistiques prouvent que, laissé à ses seules forces, privé du flot d'immigrants qui l'alimente chaque année, le peuple des Etats-Unis d'Amérique serait en voie de diminution.
Et si vous me demandez comment j'explique que la France ait devancé le reste des nations civilisées du monde de près d'un siècle, je vous renverrai poliment aux discours de nos mmistres, aux harangues de nos académiciens et aux affirmations tranchantes de nos distingués nationalistes. Vous y apprendrez, clair comme le jour, que les Français forment sans conteste la nation la plus policée, la plus spirituelle et la plus éclairée de l'univers. Il n'y a donc pas lieu de s'émerveiller qu'ils se soient mis, là comme ailleurs, à la tête du mouvement.
Et voilà comment la question des commis-voyageurs se trouve à son tour ramenée au problème fondamental qui est celui de la répartition des biens dans le monde, c'est-à-dire à la question sociale.
Il y a peu de choses à dire sur le rôle de F Alliance française. C'est une association pleine de bonne volonté. Il se peut que sur un assez grand nombre de points son action soit efficace et énergique, je veux dire populaire.
Toutefois, certaines histoires qu'on entend conter ne laissent pas que d'inquiéter sur la façon dont quelques-unes de ses sections entendent leur rôle.
On dit qu'en certains pays le Comité local de f Alliance se recrute avant tout dans le personnel de l'ambassade et du consulat général. Tout serait pour le mieux si ce personnel n'était pas trop souvent ignorant des vrais éléments de la culture française, rempli de dédain pour les besoins intellectuels des pays où ils résident et avant tout envahi par un détestable esprit de secte politique.
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Il y a des pays où la colonie française est divisée en deux groupes ennemis : l'un qui s'appuie sur l'ambassade, et qui est le groupe bien pensant, le seul reçu dans la haute société locale ; l'autre qui trouve quelquefois, mais rarement, appui dans un bureau de consulat, et qui est le groupe des pouilleux, entachés de républicanisme. Or la section de l'Alliance française reflète souvent les tendances du premier de ces deux groupes.
On conçoit facilement quelle peut être son attitude vis-à-vis des éléments les plus actifs et les plus jeunes de notre civilisation. Et sans comprendre que c'est à ces éléments là que viendrait, d'enthousiasme, la sympathie des foules étrangères, elle boycotte systématiquement tout ce qui n'est pas de leur clique.
Hors Bourget, Loti et Lavedan — le Lavedan repenti des prix de vertu — ils affectent d'ignorer que la France pense et parle. Quand passe une tournée théâtrale qui donne autre chose que la niaise comédie d'adultère mondain, ils s'abstiennent d'y paraître.
Et pourtant ce n est pas avec ces choses-là que vous prouverez au monde qu'il y a encore un idéalisme et un courage français. C'est en allant jouer devant eux le 14 Juillet, de Romain Rolland, la Tragédie Royale, de Bouhélier, la Vie Publique, de Fabre, l'Armée dans la Ville, de Romains, les Affranchis, de Marie Lenéru, la Lumière, de Duhamel, et Curel, et Becque, et Mirbeau ^.
L'Europe apprendrait alors quel effort de renaissance travaille la France.
Elle se détourne avec fatigue des piètres aliments que notre littérature officielle offre depuis trop longtemps aux besoins de sa pensée et de sa vie morale. Elle est lasse de notre psychologie amoureuse où manque avant tout la marque du vrai amour. Elle est lasse de nos baudruches si bien vêtues, et de leurs bégayants petits ruts séniles. Elle est lasse de cette élégance si facile, de cet esprit si vide de suc, de cet ordre extérieur qui cache tant de médiocrité foncière.
Voilà ce que l' Alliance française Ignore, non moins que nos toumistes académiques ou théâtraux. Ah, monsieur Baret, vous pouvez bien vous vanter d'avoir compromis le renom de la France à l'étranger avec line célérité et une sûreté inconnues jusqu'à vous. Ah, ce lit, que vous promenez de Dublin au Caire, de Riga à Lisbonne, et qui suffit sans
I. C'est ce qu'ont fait avec un rare succès, en 1919, les tournées européennes de M. Durée et de M. Pitoefï.
doute au luxe de votre mise en scène ! Cet authentique lit parisien, ce lit boulevardier, sur lequel, sous lequel, autour duquel se noue et se dénoue l'action de notre théâtre ! Ce lit, unité de lieu de notre tragédie moderne, nœud de notre art dramatique, — genuine french hed, echt pariser Bett ! — Je veux croire que la Société pour la fabrication des Lits de Scène vous consent de jolies réductions, en considération des ordres d'achats en gros que vous devez lui passer.
Nous n'ofîrons au monde qu'une nourriture à la fois creuse et épicée. Notre art officiel n'est plus bon qu'à distraire une oligarchie en voie de décomposition.
Ce n'est pas en exhortant nos industriels à vendre de la camelote, ni en encourageant les prolétaires français à croître et à multiplier que vous sauverez le renom de la culture française hors de France.
La question va plus loin. Lorsque, des profondeurs de ce peuple, qui veut quelque chose et commence confusément à sentir quoi, montera le mot d'ordre d'un nouvel espoir, alors vous n'aurez plus besoin des remèdes de pacotille avec lesquels vous tâchez d'écouler votre art de pacotille.
Le monde est prêt à nous entendre. C'est nous qui manquons à la tâche et ne sommes pas prêts à lui parler.
Voyez la voracité (le mot n'est pas trop fort) avec laquelle il s'est jeté sur Jean-Christophe. C'est l'étranger qui nous apprendra un jour îa grandeur de l'œuvre que nous avons vu naître devant nous, sans presque y prendre garde. . ,. , .
Voyez comme il se jette sur nos moindres prix littéraires, dans 1 espérance d'un germe nouveau. Et l'accueil de choix qu'il réserve à nos grands critiques, Gide, Mauclair, Rémy de Gourmont, Bergson.
Il y a dans le monde une vieille croyance qui veut que, de la Trompette d'or, un seul peuple soit capable d'arracher un son. Pourquoi ce peuple se tait-il ? Combien de temps fera-t-il attendre au monde son réveil, le réveil de ses forces révolutionnaires ?
{L'Effort, décembre 1911.)
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