‹ Carnaval est mort: premiers essais pour mieux comprendre mon tempsChapitre 22 sur 56 · Maurice Barrés · texte numérisé non relu

Maurice Barrés

On a donné à ce nationalisme le nom « d'helvétisme » ; M. Robert de Traz ne semble pas tenir au mot mais à la chose, et il définit cette chose avec une précision des plus méritoires : « C'est une des manifestations, dans un domaine particulier, de la grande réaction nationale qui traverse la Suisse depuis quelques années, qui se traduit par Hodler ou Dalcroze, par le théâtre de Mézières, par le Musée romand, par le Heimatsschutz, par ïkn domestique, par Wissen und Leben, par les lois militaires, par le Code civil comme par la réaction à la Convention du Gothard ou aux attaques italiennes ».

On le voit, de Traz ne craint pas les mots. Pourtant, quand un rédacteur de la Revue des Belles-Lettres lui pose cette question captieuse : « Qu aurons-nous gagné à passer du piétisme au suissisme? >, de Traz évite de répondre, et nous le déplorons.

Toujours est-il que pour rendre son mouvement nationaliste plus semblable encore à celui de ses émules français, il ouvre dans sa revue des rubriques du genre de : la Conquête de la Suisse, où il est parlé de métèques, comme dans la Revue critique elle-même. Seulement, ici les métèques sont les Français, et cet échange de bons procédés a de quoi nous réjouir, tout comme nous amuse ce gallophobisme dont un Italien est venu chercher l'an dernier les arguments et la discipline auprès de nos plus fameux nationalistes.

On conçoit que Robert de Traz ne pouvait aborder notre programme sans méfiance. Il l'a fait tout au moins sans malveillance. Et en lui répondant, je ne peux m'empêcher de me rappeler ces classes de philosophie où nos deux tempéraments s'affrontaient déjà, il y a onze ans, sous des arguments élémentaires, tandis que l'estimable M. L..., qui était censé professer cette philosophie, essayait vainement de placer un mot dans la discussion.

De Traz reproduit les passages essentiels de l'article de tête du dernier cahier de l'an dernier ^, puis ajoute : « Les Feuillets sont, sur plusieurs points, à l'opposé de cet idéal. Ils croient à la valeur des traditions, à condition bien entendu qu'elles n'étouffent pas la vie contemporaine, mais la soutiennent et la nourrissent >\

Yous n'empêcherez jamais la tradition d'occuper en nous la place majeure ; la tradition est dans notre os et notre sang ; elle nous tient ; ne prenez pas tant de précautions pour la sauvegarder ; elle se défend

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