LE CAS PAUL FORT
Ich fùhl's, und k<^nns nicht Versteh'n ;
Kanns nicht behalten, doch auch nicht vergessen :
Und fass'ich es ganz, J^ann icKs nicht messen l
Doch loie wollfich auch messen
Was unermesslich mir schien l
Kein Regel wollte da passen
Und lOar doch k^in Fehler drin.
Es hlang so ait, und war doch sa neu
Wit Vogelsang im siissen Mai !...
(Je le sens et ne le comprends pas, — ne peux le retenir et ne peux l'oublier : — quand je crois le saisir, la mesure m'échappe. — Mais quelle est la mesure — d'un art qu'il ne faut mesurer ? — Des règles, rien n'y tient compte, — et pourtant point de faute. — Echo si vieux, et pourtant si nouveau, — chants d'oiseaux, refrains de mai...)
Wagner, Maîtres Chanteurs, (Acte II, Scène ni).
La Ko^ue/rançQise va disparaître.
Elle a voulu nous laisser un regret. Son dernier numéro est consacré à Paul Fort. M. Louis Mandin y parle du poète en termes sobres, mais avec convenance. ^ ^ ^ ^
Enfin nous voyons qu'on commence à mettre Paul Fort au rang d où il ne descendra plus. Il a longtemps été tenu pour un « petit maître » par le gros du public et des critiques. A les entendre, il brossait avec agrément des tableautins de vie populaire, des coins d'intimité, voire d'imagerie historique. Quelque chose d'intermédiaire entre Meissonnier et Téniers, — peut-être J.-J. Weerts.
ESSAIS CRITIQUES
Peu d'années ont suffi pour faire justice de cette légende. Le charme a opéré. On s'est décidé à discerner dans cette figure ironique au long nez sensuel, — nez champenois, caustique et hautam, — le double aspect d'un novateur artistique et d'un grand poète.
Nul n'ignore plus qu'il y a un cas Paul Fort. Ce cas n est autre que le suivant : dans l'édifice cinquante fois séculaire de notre société, un homme primitif s'est introduit. Homme primitif, — ingénu, profond, subtil et joyeux.
Vous souvenez-vous de Siegfried dans la caverne de Mime, de sa fureur dyonisienne, et de l'ours à peine enchaîné avec lequel il terrifie le pauvre nain boiteux ? C'est ainsi que je vois Paul Fort pénétrant dans le Monde littéraire et y promenant, à l'épouvante générale, son ours à peine enchaîné, son inspiration, sa liberté et sa furieuse joie d'être.
A la ressemblance de Siegfried, il s'est forgé à lui-même sa propre épée. Mime et Fafner en ont appris quelque chose. L'instrument poétique de Paul Fort est une prose rythmée, chevauchée d'assonances. Aussi les poètes authentiques ont-ils pris longtemps en pitié ce prosateur qui ne savait cheviller.
Et puis, on a dû se convaincre ; il y a dans cette prose une armature interne qui défie les plus habiles rimeurs de ce temps.
Je verrai, me disais-je, de beaux nuages ronds, en traversant la ville ouverte au bleu du ciel, naître les uns des autres commes des bulles de savon, sur un toit dont le faîte aligne des tourterelles.
A droite, me disais-je, dans le calme de l'air, un beffroi gorge-de-pigeon roucoulera l'heure ; à gauche, le donjon avec ses doigts de fleurs posera sur son front sa couronne à créneaux... ^
Les agrégés de l'an dix-neuf cent soixante (ceux de dix-neuf cent onze se gardent, en général, de savoir que Paul Fort existe ni qu'il