Coucy-le-Château, dans Ile-de-France
ESSAIS CRITIQUES
Et puis il y a le Paul Fort (dont j'ai surtout parlé jusqu'ici, je crois) des chants populaires.
A peine ai-je écrit cette ligne que je sens combien cette nomenclature menace de tourner à la classification. A Dieu ne plaise que je voie un autre poète dans celui qui a écrit la Corde *, que dans celui qui a écrit Margot mon Page. A Dieu ne plaise surtout que j'attribue une valeur de palmarès à cette énumération. Je ne m'amuse pas à aller du pire au meilleur, ni du meilleur au pire, mais, ne pouvant tout dire d'un coup, je me vois bien obligé de tout dire en suivant.
J'avoue mon goût très vif pour les ballades franchement populaires, du type de la suivante :
Si toutes les filles du monde Voulaient s* donner la main, tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.
Si tous les gars du monde voulaient bien et' marins, ils fraient avec leurs barques un joli pont sur Fonde.
Alors on pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient s' donner la main ^.
Mais qui ne reconnaîtrait que les qualités d'expression, de rythme et d'images qui s'y trouvent, appartiennent au poète de l'Aventure éternelle et de Louis XI?
Pourtant, ici, je crois que nous touchons à la fondation même de son originalité. La vertu de Paul Fort a été de rester un homme du peuple. On n'aurait osé espérer ce miracle du noctambule de la Closerie des Lilas, du compagnon littéraire de Moréas, de l'habitué de ces fameux banquets où l'on boit d'un bec si salé. Pourtant, cet homme est ainsi fait que rien de tout cela n'a prise sur lui. Voilà quatorze ans que, chaque printemps, son chant s'élève aussi net et aussi pur que jamais.