HENRI FRANCK
Henri Franck est mort. Une nature riche, ardente, généreuse a disparu. La nouvelle me surprend au moment où j'achève de corriger les épreuves de ce Cahier. Et véritablement des catastrophes de cette brutalité font glisser la plume des mains.
Que tant de puissance et d'enthousiasme s'évanouissent avant de donner les fruits que nous en attendions, c'est une bien âpre leçon pour nous tous à qui la route de l'avenir semble encore ouverte. Quoi qu il nous arrive aux uns et aux autres, rappelons-nous qu'un des meilleurs d'entre nous est tombé dès la première étape. Il n'aura connu que le doute, et les angoisses de l'espérance. Et nulle victoire ne pourra plus être partagée avec lui.
Rappelons -nous, quoi qu'il nous arrive plus tard, que sa place est restée vide et que sans doute il l'eût remplie avec une singulière autorité.
D'autres, qui l'ont approché, en parleront avec plus de pénétration. Je me vois forcé de répéter la phrase — admirable de sincérité — que Romain Rolland écrivait sur Ch.-L. Philippe : « Peut-être que, si nous nous étions rencontrés, je ne l'aurais pas apprécié ^. »
Je regretterai toujours que cette inquiétude m'ait été épargnée. Je ne 1 ai pas connu.
Je dirai donc simplement comment il a été amené à collaborer à 1 Anthologie de l'Effort, puisque c'est là le dernier ouvrage où son nom ait paru de son vivant, et que ce petit volume, mis entre ses mains de moribond, a causé, paraît-il, une de ses dernières joies.