Citation faite de mémoire
ESSAIS CRITIQUES
J'avais été frappé, en lisant le fascicule de septembre 1911 de la Nouvelle Revue française, par des vers d'une grande beauté de ton, d'un élan soutenu et entraînant, d'un éclat vainement étouffé par un partipris de modestie, d'une richesse de cœur telle que les abstractions les plus audacieuses en étaient échauffées.
. . . Tendresse humaine, adhésion de l'homme à Ihomme, 0 joie de nous sentir des cœurs contemporains Et de multiplier nos esprits Vun par Vautre!...
...La génération que nous formons ensemble Est massive et ailée comme un essaim d'abeilles. A quel arbre pendra sa grappe bourdonnante. Et quel sera le goût de notre nouveau miel ?
Ce miel, Henri Franck devait être un des premiers à y renoncer. Il n'y goûtera jamais.
Son nom m'était demeuré jusqu'alors inconnu. Je n'allais plus l'oublier. Peu de temps après, la Phalange publiait de lui des vers dont l'accent m'ébranla de nouveau profondément. C'est pourquoi il fut un des premiers auxquels je devais songer quand j'entrepris de réunir les éléments de notre Anthologie.
J'appris du même coup quel être d'exception était cet inconnu, quelle maladie le minait et à quel terrible éloignement elle le condamnait. Trop faible même pour découper dans son grand poème les fragments qu'il consentait à confier à l'Effort, il en chargea un de ses amis ; car il avait des amis, en nombre insolite et d'une ferveur rare.
J'ai tenu son poème entier dans mes mains. Ce moment restera un souvenir précieux. Tout n'y est pas d'une beauté égale. Le jet est brûlant mais par endroits torrentueux. Il l'eût corrigé sans doute. Tel qu'il est, je n'hésite pas à dire qu'il forme une des œuvres les plus importantes que notre génération ait encore conçues ^.
Notre tâche à tous est désormais tracée : lutter contre l'oubli, imposer à l'estime de tous ce nom qui, quelques années plus tard, se serait imposé de soi-même. Je pense que ses amis ne vont pas hésiter à réunir et à publier ses reliquia. Il a écrit des études critiques d'une verve séduisante.
Aussitôt qu'on avait franchi les portes de Rome, les tombeaux
I . La Danse devant l'Arche. Editions de la Nouvelle Revue française.
formaient de chaque côté des voies une double escorte dont le souvenir hantait le voyageur pendant son voyage. Le livre qui sera composé avec les reliquia de Henri Franck sera la première pierre tombale qui, posée au seuil de notre âge mûr, açcotnpagnçra notre route de spn invocation : « ne m'oubliez pas
Nous y veillerons.
(L*£#orM5 février 1912.)
LPUIS NAZZI
Il était des nôtres. Ou plutôt nous étions des siens. Il était l'exemple vivant de ce que la douceur peut contenir d'énergie. Sa douceur d'yeux, de geste et de voix était tendue comme une corde de yiolon et on ^ sentait qui vibrait au toucher de sa passion.
Je l'ai aperçu pour la première fois à une générale du Théâtre de^ Arts, il y a de cela deux hivers. Une face frileuse et viye qui sortait d'un corps de gamin. Je n'oublie pas l'air de considération marquée avec laquelle son interlocuteur, un homme corpulent et mûr, se penchait sur lui, l'écoutait et lui répondait. Il portait un petit pardessus merdoie, un pardessus de cours du soir ; sous le bras, des brochures et des journaux, un cache-nez autour du cou, un petit chapeau mou sur la tête. Il toussait fréquemment. L'allure de l'interlocuteur, le re^iard décidé de « l'enfant », sa tenue modeste au milieu des habits et des redingotes, et l'énergie intense qui raidissait ce petit corps maigre attirèrent mon attention. « C'est Nazzi », me dit quelqu un.
Je voyais ce nom en signature à des chroniques qi;pn était étonné de lire dans un grand journal théâtral. Nul n'y était épargné ; le jugement, toujours bienveillant et enthousiaste, ne trahissait aucun qe ces compromis de conscience qui font broncher la plun^e du critique ^ks, qu'il sort des généralités et nous révèlent la faiblesse du d^l^Mf mondain ou l'intrigue médiocre d'un ambitieux. Et ma sympathie augmentait d'y voir exprimée la volonté même qui nous avait amenés à fonder l'Effort, celle d'un art qui n'oubliât aucune des préoccupations essentielles de \^ société oii il se foryne.
ESSAIS CRITIQUES
Le hasard me devait sa connaissance. Il était déjà trop tard pour voir l'être complet. Il n'était pas trop tard pour admirer, dans le malade d'abord, puis dans le moribond, la flamme héroïque de l'artiste et du critique que l'agonie même ne fait pas capituler.
11 habitait alors Sannois, où on l'avait envoyé guérir son asthme, — et peut-être pis encore. Il ne mettait pas sa guérison en doute, parlait d'un scénario de drame moderne qu'il destmait aux représentations inédites de l'Odéon, et de la fin prochaine de Gégène et Nini, ce joli roman dont le début avait paru en feuilleton à Comœdia. Il donnait à l'œuvre achevée un titre provocant ; il l'appelait les Poils ; i\ y racontait tous les troublants mystères de la puberté, telle que Paris, les hasards d'une maison ouvrière et de l'école publique la laissent s'éveiller. Il comptait qu'un été au bord des lacs italiens, dans le pays de son père je crois, aurait achevé de rétablir sa santé. L'avenir lui appartenait.
C'est ce jour-là que je pus connaître et goûter à mon aise 1 extraordinaire mélange dont était faite son apparence. Il y rentrait la beauté de l'adolescent italien et l'éveil scintillant du gavroche de Pans.
La finesse des traits, la rare perfection de la bouche et des yeux, l'ambre délicat du teint étaient du monello. L'expression imprévue, ardente, satirique, la fragilité délicate des mains appartenaient au gam.in parisien.
Déjà sa voix, atteinte par le mal, ne formait plus qu'un murmure assourdi. Mais la fébrilité du geste et du regard y mettait les intonations les plus éclatantes. Je me rappelle ses joues gonflées d'indignation ou de passion, et ses mains tremblantes qu'il levait, paum.es en l'air, comme pour dégager sa poitrine du poids qui l'étouffait.
Il avait une fière solitude d'âme. Sa confiance était exquise et fraternelle ; mais elle n'abolissait jamais des réserves et des silences dont nous avons aujourd'hui l'explication.
Il a refusé des offres brillantes et des offres charmantes, quelquefois les deux choses réunies en un seul geste d'ami. Il restait fidèle au directeur qui d'abord l'avait accueilli. Puis ce scrupule d'indépendance, qui semblait le harceler d'autant plus âprement qu'il sentait ses jours plus chichement comptés, le détournait de tout ce qui aurait ressemblé à l'embrigadement dans un cénacle.
Au fond, le journal le tentait plus que la revue (et je pense aux plus grandes) ; il trouvait dans la neutralité du papier quotidien la même garantie d'impartialité que le boulevard donne au promeneur. II
aimait la sympathie diffuse et vaste du public qui achète son journal pour un sou. Il n'avait pas tort. 11 était de la véritable lignée des critiques et des polémistes. Ce compagnon délicieux, qui a compté tant d'amis, qui a parlé librement sur tant de choses sans blesser jamais que des imbéciles ou des intrigants, qui semblait fait pour le charme d un groupe d amis, préférait la rue au salon.
Je disais que nous en avons aujourd'hui l'explication. Elle n'est pas seulement dans son origine simple, m dans sa tendresse pour le peuple ; elle était dans la brièveté de la vie qui lui restait à vivre, et dont il défendait les restes avec un désespoir croissant. La mort est un rude fanal ; elle nous permet d'éclairer de son jour une série de petits faits qui nous paraissaient inexplicables sur le moment, et dont l'effroyable logique aujourd'hui nous glace la gorge.
C'est dans son logis de la rue Meynadier, derrière les Buttes-Chaumont, que ses amis l'ont vu pour la dernière fois. Sannois n'ayant pas réussi, un médecin l'avait envoyé là ; c'est à ces misères que la médecine en est réduite.
Et c'est là que, tout l'hiver, nous avons eu le spectacle de sa lutte contre la mort. L'été, qui devait le guérir, l'avait livré à l'hiver aphone et, peu s'en faut, défiguré par la souffrance. Sa chambre, gonflée de livres et de papiers, gardait une écœurante odeur de drogues.
Il n'interrompit jamais son travail plus de quelques jours. Sa volonté de vivre était désespérée. Je n'oublierai jamais la chaleur spontanée avec laquelle il me dit son goût pour notre Effort ; je venais ce jour-là chez lui sans but déterminé ; la pente naturelle de la conversation nous entraîna vers la même conclusion ; il accepta, je peux dire joyeusement, de faire partie de notre comité d'action et de collaborer à la revue ; il choisit de suite sa place, — la chronique des romans, — et m annonça une série de nouvelles, — ses épopées d'un sou, dont nous devions publier le plus grand nombre...
Nos lecteurs le savent : son nom n'a jamais figuré à nos sommaires, et j'ai sur la conscience de l'en avoir une ou deux fois pressé ; son regard devenait fiévreux, et ses lèvres se mettaient à trembler ; notre parole expirait devant les quintes atroces qui le pliaient. Nous sentions alors ce que nous ne voulions pas nous avouer, ce qu'il niait lui-même avec une énergie sauvage.
A la veille de son dernier départ, le 1 8 août dernier, il m écrivait la lettre suivante, qu'aucun de ses amis ne pourra relire de sang-froid :
ESSAIS CRITIQUES
Mon cher ami,
La cause de mon silence obstiné, c est un grand découragement, une lassitude de tout ïêtre devant un mal injuste, qui l'accable et suspend toutes ses volontés. J'ai dix jours de santé sur un mois : les vingt autres jours, je les passe dans l'angoisse, à tousser et à étouffer. A chaque crise, je dois demander le secours de la morphine, qui me laisse toute une semaine sous sa détestable influence. Voilà nm vie !
Je quitte Paris. Les médecins me conseillent de passer l'hiver dans une bourgade des Pyrénées, non loin de Biarritz. Je pars sans confiance. Je sais déjà la tristesse des voyages inutiles et des retours désolés.
S'il me vient, là-bas, un peu de santé, je Vous enverrai, je vous le promets, des études pour l'Effort libre. Je ne compte que sur le travail et les livres pour me délivrer des idées sombres et hostiles qu'engendre une trop longue solitude.
Bien amicalement vôtre,
Louis Nazzi.
Nous lui demandions bien plus que des « études ». Nous lui demandions de vivre. Louis Nazzi est mort à Pons, près de Pau, le 20 novembre 1912, dans sa vingt-neuvième année.
Une lettre de Bazalgette m'a parlé de ses obsèques où tout ce que Paris offre de meilleur accompagna le léger cercueil de cet enfant. Jacques Copeau a dit les justes paroles qui exprimèrent l'émotion de chacun.
Notre tâche va être de rassembler les restes de son œuvre. C'est alors qu'on connaîtra l'étendue de notre perte. Le plus sûr critique théâtral de notre génération, un prosateur nerveux et ardent, un révolutionnaire disparaissent en même temps.
Sommes-nous si bien fournis de combattants, que nous puissions voir d'un œil sec Nazzi quitter nos rangs, un an après Franck ? Où sont nos phalanges ? Où est ce solide régiment de sincères, avec qui nous rêvions de cheminer dans la vie, et de poser les bornes milliaires de la conquête? Je crois qu'il est réduit à la seule garde du drapeau. Mes amis, comptons-nous les uns les autres, écoutons les barbares qui hurlent autour de notre espoir, et restons saisis de notre petit nombre.
Un de nous vient de nous quitter. Il s'était mis en route un des premiers, et il tombe un des premiers. C'est l'honneur de nos idées que d'avoir produit un tel homme ; sachons lui être reconnaissants à jamais d'avoir su éveiller autour d'elles tant de sympathie et tant de respect.
Il avait appelé Sincérité une revue qu'il avait fondée, il y a cinq ou six ans, et qu'il rédigeait seul. Il avait trouvé, ce jour-là, le mot qui le peint en entier.
J'en ai désormais dit assez, non pas pour exprimer notre chagrin, mais pour le faire partager à tous ceux pour qui l'art est l'expression la plus intime et la plus durable de la vie. Ils savent désormais qu'un homme vient de mourir qui emporte avec lui une part de la noblesse de notre temps.
{LEffort, décembre 1913.)
AUGUSTE AUMAÎTRE
M. Aumaître nous propose un cas troublant, celui d'une sensibilité ardente et certainement sincère, qui va puiser ses inspirations dans la littérature et s'attache à produire une œuvre toute littéraire.
La courbe que dessine dans sa création un grand artiste arrivé à sa pleine maturité prend, au contraire, son origine dans la nature propre de cet artiste et finalement y retourne. C'est entre ce point de départ et ce point d'arrivée que se place le contact avec la littérature. Contact incident, et d'ordinaire limité à de simples emprunts techniques.
M. Aumaître est-il sûr que l'inspiration de son roman soit pure de réminiscences trop précises ? J'aimerais ne pas sentir si souvent, au long de ces pages, d'Annunzlo, Poë, Heine et Barres se livrer de tumultueuses batailles d'influence.
J'aimerais ne pas sentir que, trop souvent, M. Aumaître s'est fixé comme idéal de susciter des émotions analogues à celles qu'ils sucitent. J'aimerais m'apercevolr qu'il ne regarde pas sa propre nature comme un simple incident dans l'exécution de son œuvre.
Erreur sans doute Inconsciente, à coup sûr fervente.
Mals^erreur d'autant plus lourde que la nature de M. Aumaître est
digne de nous arrêter des l'abord. J'avoue m'êtrc rarement trouve en présence d'une sensibilité aussi fougueuse. Au point même d'en être effrénée.
M. Aumaître a une riche vision de poète. Les images lui viennent à torrent. Chose rare : elles sont toutes expressives, souvent frappantes, toujours grandes. Quand elles seront dépouillées du vêtement d'épithètes qui les bigarre encore, elles seront belles.
M. Aumaître gagnera à se dominer. Il faut travailler contre ses dons, et non avec ses dons. Il faut se refuser à soi-même, abandonner le bon guéret et bêcher le cailloutis.
Jamais un artiste n'est arrivé à la suprématie dans son art par le moyen des facultés qu'il apportait en naissant. Rien n'envahit comme une facilité qu'on abandonne, folle, à elle-même.
Raphaël a copié quarante fois la Bataille de Pise du Vinci ; Voltaire a transcrit quatre fois les sermons de Massillon. Ils savaient que leurs dons ne les quitteraient pas, mais que les puissances qui leur manquaient ne leur viendraient pas en écoutant chanter le rossignol.
Chaque artiste a un ennemi ; c'est lui-même ; il n'a que celui-là. Sa nature est une rosse qu'il doit mener à coups d'éperons. Après lui avoir dénié, dix ans durant, le toit de l'écurie, la bonne litière chaude, le picotin et les courses paisibles, alors il pourra la laisser aller. Elle ne plaindra plus sa peine, et ne craindra plus les lourdes besognes.
C'est pourquoi j'ai si grand peur quand je vois un écrivain débuter dans les lettres en nous racontant sa jeunesse, en se peignant lui-même et en écrivant ses mémoires. Signe d'impuissance, ou de paresse.
Nos mémoires doivent être notre dernier livre. Si nous ne sautons pas nos barrières et ne nous forçons pas aux longs voyages quand nous avons vingt-cinq ans, pense-t-on que nous aurons ce courage à quarante ?
Aussi voyons-nous tant d'écrivains s'arrêter net après un bon roman de début où ils n'ont eu que la peine de puiser dans leurs souvenirs. Au lieu de s'enrichir par l'exercice qu'exige une entreprise insolite, ils se sont, en conscience, vidés eux-mêmes et se trouvent avoir tout dit.
Mais revenons à M. Aumaître. Voici un bel artiste, surchargé de dons. Qu'il en enterre la moitié, comme nos ancêtres, au moment de partir en voyage, enterraient leurs papiers et leurs biens.
Dans une éclaircie, les crêtes des sillons déferlent jusqu'à l'horizon. Une
vieille femme chancelle et clapote sur les mottes rouges avec sa quenouille qu'elle agite comme un drapeau déchiré.
Un écrivain capable de fixer de la sorte une vision un instant entrevue n'est plus un écolier. Pourquoi fayt-il que tant de bizarreries et d'exagérations gâchent une si robuste qualité ? Qu'il domine sa vision, et qu'il l'enferme toujours dans des plans aussi arrêtés. Mais avant tout, qu'il la subordonne à son dessein, au lieu de laisser errer l'action de son roman au gré de ses inquiétudes.
J'emploie le mot de roman, puisqu'il est inscrit sur la couverture. M. Aumaître aurait eu avantage à intituler son livre poème. Mais je tenterais en vain de résumer le sujet qu'il a développé sous ce titre étrange et désuet : Eros mourant.
Appelé en remplacement d'un médecin, son héros vient s'installer dans la maison qu'on met à sa disposition. Là, entre la servante Marbeth et l'énigmatique — mais littéraire — Lygie, le remplaçant va éprouver les extrêmes d'une sensibilité que rien ne règle.
Amour morbide, contrarié, cette histoire ancienne et étrange nous est contée à coups de chapitres dont chacun est traité pour soi, avec une brusquerie déconcertante, à la façon d'un poème en prose.
Quelques-uns sont beaux. D'autres m'ont paru d'une effroyable complication verbale. J'aimerais citer, parmi les mieux réussis, celui qui — « poème > quinzième de ce livre, — commence par ces mots :
Marbeth, dans le ruisseau, lave les linges sanglants et Lygie frissonne, immobile entre les aulnes.
Les eaux impatientes se disputent les funèbres souillures, elles fuient rieuses, enveloppées des voiles dérobés à la mort...
... Les jets pourpres dans l'onde jaillissent et ondulent sous les doigts de Marbeth comme si elle pressait un cœur...
.. Insensée qui laves le sang impur, ne vois-tu point que c'est sa vie que tu effaces et que les eaux emportent en chantant ?...
... Ha malheureuse, ta main desséchée se pose sur la porte retentissante qui ne s'ouvrira plus à aucune joie, et tu entres l'échiné courbée sous le ruisselant fardeau des suaires...
Ainsi derrière trop d'archaïsme, d'affectation, de désordre et de rhétorique, se cache une nature vigoureuse. Je ne sais quel âge a M. Aumaître. Je souhaite qu'il soit jeune, car s'il se décide à faire
ESSAIS CRITIQUES
force de rames contre le courant qui l'emporte, sa barque contient assez de richesses pour nous promettre un écrivain de grande valeur ^.
(L'Egor/, avril 1912.)