CHAPITRE V
ANORIBA.
Comment on fait la route. •— Pénibles corvées. ^ Je suis nommé lieutenant-colonel. -^ Départ du camp de Beritzoka. — Recru-
. descence de maladies. — Une visite du général en chef. — Camp de Marakoloy. — Camp de la Cascade. — Devant Andriba. -^ Combat d'artillerie. — Les Hovas évacuent leurs positions. — - Le 200*. — Toujours les terrassements. — La colonne légère.
i^ juillet. — Nous partons à six heures pour aller camper à environ quatorze kilomètres derrière le Beritzoka ; nous arrivons à notre nouveau camp vers dix heures un quart. Mes hommes, aussitôt après avoir formé les faisceaux et mis sac à terre, construisent des gourbis pour s'abriter. Nous sommes à l'extrême av-^ntgarde, mais malheureusement pas pour longtemps : deux ou trois jours au plus, c'est-à-dire le temps de construire un bout de route. Nous serons ensuite remplacés par les chasseurs et la légion, qui continueront le travail jusqu'à Ampasiry.
très violemment et le temps se rafraîchit beaucoup, surtout la nuit. Le thermomètre marquait 17 degrés dans la soirée. Le moment est venu , de l'avis des médecins, de porter de la flanelle.
j 8 juillet, — Le travail de la route était terminé dans le délai voulu; mais les troupes en arrière n'étant pas prêtes, nous restons en place jusqu'à nouvel ordre. Nos soldats ont accompli une besogne extrêmement dure. Nous sommes en effet sur le plus haut plateau du Beritzoka, et ils ont taillé dans le roc à flanc de coteau pour descendre dans la vallée.
19 juillet. — On continue la route plus avant. Les hommes travaillent avec une rare énergie. Je leur laisse la soirée libre. Il n'en faut pas davantage pour réjouir ces grands enfants.
Ce soir donc, vers cinq heures, les corvées rentrées, j'étais occupé à ma correspondance, quand un cavalier du I*' chasseurs d'Afrique s'est arrêté devant ma tente, est descendu de cheval et m'a remis une petite enveloppe.
J'ouvre et je ne peux en croire mes yeux. Je lis : je suis nommé lieutenant -colonel. Lieutenant -colonel ! Que de chemin parcouru depuis ma promotion au grade de caporal, en 1859 •
Ce que c'est que l'homme! Il y a deux jours, j'étais chagrin, voyant tout en noir. Aujourd'hui, je inHîl^
DU LIEUTENANT-COLONEL LENTONNET lOT
22 juillet. — Le docteur, qui a conduit à ^hôpital de. Suberbie ville le pauvre capitaine Giraud, revient et a eu la bonne idée d^apporter du Champagne. Nous arrosons ma nomination. Cette petite fête intime a été très cordiale.
23 juillet, — Le nouveau capitaine Vigarozy est envoyé à Suberbie ville, avec mission de rapporter ici des effets pour les hommes , la plupart déguenillés lamentablement.
On attend l'ordre de départ.
24 juillet, — Rien de particulier. Le colonel Oudri quitte le camp pour aller camper en avant ; il emmène avec lui le !•' bataillon et le lieutenant-colonel Pognard. Je reste seul ici avec mon bataillon.
Il est question de faire passer en tête désormais la 2* brigade, celle du général Voyron, qui a dû rejoindre le général Duchesne à iSuberbie ville.
2^ juillet. — J'apprends que le général Metzinger est au Beritzoka. J'ai enfin mes galons, je vais les inaugurer et les présenter à mon chef. Je dois avouer qu'ils me font un peu loucher. Je ne puis m'empêcher de les regarder.
Le général m'a bien reçu ; il m'a fait connaître que nous partirions dimanche 28.
26 juillet. — J'accompagne le général Metzinger qui passe l'inspection des travaux de route. Tou^^
28 juillet. — Nous quittons le camp, après y être resté neuf jours et avoir construit huit bons kilomètres de route. On se bat maintenant contre des pierres, la pelle et la pioche en main. Le froid est parfois très vif sur les hauteurs. Nous nous arrêtons au camp de la Falaise. Nous avons rencontré le 3' bataillon du régiment, celui du commandant Debrou, et le i*' bataillon, celui de la légion. Tous deux font des terrassements.
Nous resterons ici, assure-t-on, cinq jours, puis nous irons en avant pour recommencer plus loin la même besogne, sans apercevoir Tombre d'un Ho va, sans tirer un coup de fusil.
Aucime émotion salutaire ne vient réagir contre Tennui croissant, contre un véritable spleen qui s'empare de beaucoup.
Le camp où nous sommes installés est pittoresque, situé près d'un ravin couvert de bambous, au fond duquel coule un beau ruisseau limpide. Les herbes qui nous entourent s'élèvent jusqu'à trois mètres au-dessus du sol. La végétation est luxuriante, débordante de vie. Des gourbis ont donc été facilement construits. Nous avions tous les matériaux sous la main.
2ç juillet. — Ce matin, à six heures, je pars avec mes capitaines, pour jalonner la route à faire. Le temps était beau, mais froid, la campagne balayée par un
La durée des corvées de route est actuellement de quatre heures pour les hommes.
2 août, — Visite du général de Torcy, chef d'étatmajor du corps expéditionnaire. Il paraît satisfait des travaux et de la tenue de mon bataillon et me félicite ; il me complimente également avec beaucoup de bonne grâce sur ma nomination. Si j'en juge d'après quelques paroles qu'il a prononcées, au cours de notre conversation, il n'est guère plus que nous enthousiaste des voitures Lefebvre ; il serait d'avis de marcher en avant et toujours jusqu'à Tananarive, sans laisser le temps à l'ennemi de se retrancher. •
Nous perdrions certainement moins de monde, en prenant une vigoureuse offensive.
En raison de la difficulté des approvisionnements, les rations sont diminuées. Les officiers supérieurs n'ont plus que deux rations au lieu de trois; les officiers subalternes, une et demie au lieu de deux. Ni pain, ni vin pour personne ; mais un vrai soldat doit savoir tout supporter.
Le général Metzinger est venu encore à notre camp ; il a félicité lui aussi mes soldats. Encore un qui n'est pas partisan de la route ni des fameuses voitures !
j août, — Nous avons reçu aujourd'hui le général en chef; il a parcouru le camp et s'est montré enchanté ; il l'a trouvé propre et bien installé.
Les voîttires ne sont pas plus chargées que les mulets. Ceux-ci aiuraient donc suffi et seraient bien moins encombrants*
Un second cheval m^est attribué, en ma qualité de lieutenant-colonel; mais je resterai fidèle à mon a Sakalave » . Le nouveau venu servira de monture à l'ordonnance.
On vient de m'avertir qu'une voiture Lefebvre a roulé au fond d'un ravin. On demande vingt hommes de corvée pour la tirer de là et la hisser sur la route.
6 août» — A six heures et demie du matin passe le général en chef qui se rend à l'avant, afin de presser les opérations. Conversation sans importance de cinq minutes avec lui. Peu après survient le général Metzinger. Demain, nous nous mettrons en route à notre tour.
Mon bataillon est prêt au départ.
Dans l'après-midi, j'offre à mes hommes une distraction inattendue : chasse aux bœufs qui rôdent dans les environs. Trois sont abattus à coups de fusil, puis dépecés. J'envoie un de ces animaux au bataillon de la légion; les deux autres sont distribués à mes compagnies. Les tirailleurs s'empressent de les faire rôtir ; ils sont assurés d'un bon repas pour le lendemain.
y août, — Journée pénible. Etape très rude par une route à flanc de coteau difficile à gravir. Nous sotnmes furieux contre le génie et son tracé.
// août, — La 7* et la 8* compagnie rejoignent le bataillon ; elles campent au Cira-Cira, et, le jour même, sans se reposer, doivent reprendre la pioche.
J2 août, — Le capitaine Vigarosy revient aujourd'hui de Majunga; il apporte des objets de luxe tels que savons et bougies, enfin du tabac; mais dans la répartition la légion est, dit-on, favorisée à notre détriment. Elle reçoit aussi des conserves. Nous, rien ou presque rien !
/j août, — Enfin ! le !•' bataillon livre la portion de route qu'il avait à construire. Nous allons peut-être avancer. Les 7' et 8' compagnies lèvent le camp.
14. août, — Je pars avec les 5' et 6* compagnies. A quelques kilomètres d'Andjidjié, nous rencontrons les deux autres compagnies du bataillon qui sont employées à la construction d'un pont sur le Cira- Cira. Mes tirailleurs , transformés en pionniers , ne paraissent pas très contents de leur nouvelle profession.
Nous arrivons au camp de Marakaloy, où nous occupons les gourbis construits par l'infanterie de marine. Je suis avisé, à six heures du soir, que le général en chef doit arriver le lendemain matin. Ordre de réparer la route, très endommagée aux tournants, et de faire construire un pont sur un ravin.
La route est si étroite, si peu sûre, que les voitures
tement réuni. Le colonel, d^une humeur excellente, adresse à tous des éloges. Il faut avouer que nos soldats ne les ont pas volés.
Tempête dans la soirée, plusieurs tentes et gourbis sont emportés. Le vent fait rage.
77 août. — Travaux de route. La part de mon bataillon, le plus nombreux, est fixée à 850 mètres. Les deux autres bataillons réunis n^en construiront que 400. Durée fixée pour ce travail par le général : trois jours.
Le commandant en chef visite les chantiers, et, devant moi, il recônn^dt que, sur ces pentes, les voitures Lefebvre ne pourront pas circuler.
— Les mulets, ajoute-t-il, monteront les vivres. D'ailleurs, après Andriba, nous renoncerons à la route, plus de voitures Lefebvre, et en avant !
Ces paroles, bien vite répétées, ont causé une joie générale, surtout parmi les hommes.
J'écris à Tun de mes anciens soldats, M. G..., qui m*a envoyé une lettre de félicitations au sujet du combat de Tsarasaotra :
« Camp de Marakolay, le 17 août 1895.
a Mon cher G...,
« Votre aimable lettre du 4 juillet est venue me surprendre agréablement au camp de Andjudjié où, avec mon bataillon, j'étais occupé à faire la route.
laise, même pendant la traversée. Je voudrais bien qu'il en fût ainsi de tous nos hommes, surtout les Français, qui supportent très mal le climat terrible de Madagascar. Les Arabes résistent mieux; aussi mon bataillon, qui compte 690 hommes sur 800, est-il le plus fort du corps expéditionnaire.
« Si la route et la voiture Lefebvre disparaissent, ce qui est probable après la prise d'Andriba, nous serons tous très heureux ; cela permettra à nos braves soldats de prendre un peu de repos, ce dont ils ont grand besoin.
« Je termine en vous serrant cordialement la main.
c Bien à vous.
€ Signé : LENTONNET.
€ Je vous écris sur mes genoux ; le vent souffle tellement fort que ma tente a été déchirée cette nuit et que je suis en plein air. m
18 août. — Les mulets font le service du transport des vivres : un sac à droite, un sac à gauche; ils por* tent chacun cinquante kilos.
En me promenant dans les chantiers , j'apprends qu'une compagnie de Sakalaves et un peloton français ont enlevé Soavinandriana (i). Un des aôtres a été blessé. Huit Hovas tués sont restés sur le terrain ;
(i) SoarînajQdjiaiia est situé à ^uio^e kilomèUes d'Afidriba^ dans la Tallée de Kamoland/.
par la maladie et par le soleil que les officiers et les soldats de la ligne l'ont pris pour un Arabe.
23 août, — Le colonel inspecte aujourd'hui les chantiers de la route. Après lui, vient le général, qui nous donne un ordre de départ pour le lendemain. Je vais, en compagnie du colonel Oudri, au camp de la Cascade, pour m'assurer de la possibilité d'une évacuation des malades du bataillon. L'ambulance est installée à la diable ; elle recevra mes fiévreux et anémiés; mais, faute de place, ces derniers seront installés sous la petite tente-abri. A certains postes de l'arrière, des malades restent sans médecin. Le corps médical est certes dévoué, mais il ne peut suffire à soigner un si grand nombre de malheureux que ronge l'anémie. Aujourd'hui, plus de la moitié du corps expéditionnaire est indisponible. Le matériel d'ambulance manque partout. A qui incombe la responsabilité de cela?
Dans les cimetières, le long de la route, des croix sont élevées sur les tumulus des soldats chrétiens ou catholiques; un croissant sur ceux des Arabes.
2^ août, — Départ à six heures et demie du matin, par un temps glacial et une violente tempête, si forte qu'elle contrarie la marche des hommes et empêche absolument d'avancer ceux qui sont trop faibles, trop anémiés. Ces pauvres gens s'arrêtent en chemin,
hommes de ce régiment ne tiennent plus debout. Il en meurt deux par jour environ au camp. Le spectacle de ceux qui survivent, hâves, épuisés, à quelques exceptions près, est lamentable.
Le 40* bataillon de chasseurs est encore plus éprouvé.
Aucun de ses soldats n'a pu se rendre à la corvée. Triste! triste!
Les voitures du général sont parvenues, non sans peine, jusqu'au camp.
28 août, — Travaux de route. Le vent est toujours aussi impétueux. Un soldat du bataillon meurt dans la nuit. C'est encore un homme de ma 8* compagnie, la seule qui n'ait pas résisté et qui soit décimée par la fièvre. Elle traîne la maladie avec elle depuis Majunga, où elle a séjourné trop longtemps.
2g août. — Nous levons le camp ce matin, pour nous établir à une heure de là sur une pente assez in« clinée, où nous sommes à peu près à l'abri du vent. Ce camp prend le nom de camp des Rafias.
Au bas de la côte s'étend un marais. Par prudence, j'ordonne à tous mes hommes de prendre de la quinine. Les mouches malgaches nous dévorent;.
La 5* compagnie doit aider le 200* à terminer le travail de route qui lui était confié. Ce malheureux 200* n'en viendrait pas à bout.
jo août, — On nous assurait que les terrassements ne
sition du génie, munis de quatre-vingt-dix pioches et de trente pelles.
Mon bataillon, se trouvant le plus nombreux, bien qu'il ait été le plus engagé, fait en partie la besogne des autres, celle de la légion et celle du 2oo*. Nous ne sommes, du reste, gratifiés d'autres suppléments que de ceux de corvée, et plutôt mal partagés en vivres et distributions de toute nature.
Un journal parisien reçu par le dernier courriçr et sur lequel je jette les yeux aujourd'hui m'exaspère; il affirme que les vieux soldats de la légion résistent beaucoup mieux que les tirailleurs algériens. Or , c'est exactement le contraire. Mes turcos ont supporté plus énergiquement les fatigues et les privations que les légionnaires, dont l'effectif réel est maintenant de beaucoup au-dessous de celui de mon bataillon.
2 septembre, — En route à six heures trois quarts. Arrivés à sept heures et demie au camp de la Pierrelevée, où la brigade doit se réunir. Ce camp est beaucoup plus sain que le précédent. La rivière Kamolandy baigne le pied de la hauteur que nous occupons.
Le quartier général est installé ici. Il en résulte pour mon bataillon un surcroît de corvées. Nous préparons le terrain pour ceux qui arriveront demain.
Temps lourd; il pleut assez fort. Serait-ce le commencement de la mauvaise saison si redoutable dans ce
Les malingres sont plus que jamais éliminés, et ils sont, hélas ! nombreux.
7 septembre, — Départ à cinq heures et demie ; nous traversons à gué le Kamolandy. Passage très difficile pour les voitures. Soixante hommes du bataillon doivent rentrer dans Peau et pousser aux roues.
Nous arrivons à Ambontana à neuf heures, ayant laissé quelques traînards en arrière.
8 septembre, — Départ à quatre heures et demie en pleine nuit. Le temps heureusement est beau et la lune brille. Sur le chemin que nous suivons, nous rencontrons des débris de voitures Lefebvre brisées. Plusieurs ont roulé dans les ravins. Le chargement de quelques-unes est tombé à terre, perdu, gâté. D^autres ont été pillées.
A huit heures, nous arrivons au camp de Mamakomita, après avoir traversé des ruisseaux, des rizières et un pays aussi marécageux qu^accidenté.
Nous avons dépassé le pic fameux d^ Andriba, et nous sommes installés près d'un marché. On aperçoit de notre camp une maison brûlée qui appartenait à M . Suberbie, et deux autres maisons que le génie restaure et qui serviront de magasins.
En face de nous, à Magasawina, est installé Tétatmajor général. Le corps expéditionnaire, ou du m ins ce qu'il en reste, se trouve groupé pour la première fois.
reste est en Émyrne, province très cultivée, très peu* plée, où sont concentrées presque toutes les ressources de l'île. Si donc la première partie de la marche nous prépare encore des difficultés matérielles et des privations, nous pouvons espérer trouver dans la seconde des facilités relatives et quelque complément de bienêtre.
« Quoi qu'il en soit, la France compte sur nous pour mener à bien la tâche commencée, au succès de laquelle ses intérêts et son honneur sont engagés, comme les nôtres ; elle continue à nous suivre avec une sympathie passionnée, dont les télégrammes du gouvernement m'apportent presque journellement la preuve.
« Vous élèverez vos cœurs à la hauteur des nécessités d'une situation qui n'exige plus que quelques semaines d'énergie physique et morale, au terme desquelles vous aurez, outre la satisfaction d'un grand devoir simplement et laborieusement rempli, celle d'avoir accompli une tâche que la nature du pays rendait plus difficile qu'on n'eût pu l'attendre ; celle aussi d'avoir ajouté une belle page à nos annales militaires et de vous être préparé de glorieux et impérissables souvenirs personnels.
La nécessité de proportionner ce dernier effort à nos moyens matériels, celle aussi de maintenir la chaîne des transports, si péniblement créée et entretenue,
entre Majunga et Andriba, m'obligent à laisser, ici et en arrière, beaucoup de vous qui aspiraient aussi à l'honneur d'être montés de haute lutte à Tananarive. Je partage le regret qu'ils en éprouvent. J'apprécie très haut les services que nous ont déjà rendus et continuent à nous rendre tous ceux qu'un austère devoir retient, à des titres divers, sur cette longue ligne d'étapes. Je connais leurs énergiques et persévérants efforts, qui, seuls, nous permettent d'entreprendre la marche accélérée qui va nous mener en Emyme, et je compte que tous nous saurons les poursuivre.
a Je n'oublierai ni les uns ni les autres en faisant connaître au gouvernement au prix de quel dévouement, de quels efforts, de quels sacrifices nous aurons mené à bien notre mission, et la France les confondra dans un même sentiment d'estime et de gratitvde.
« Fait au quartier général de Mangasoavina, le 8 septembre 1895.
^ Le général commandant en chef, « Signé : Ch. DUCHESNE.
(I Pour ampliation :
^i Le chef d^ état-major f
« Signé : TORCY. »
10 septembre. — Les hommes se reposent. Le capitaine Mahéas, avec mon ordonnance Nue et un pri-
sonnier hova, part à la recherche des patates pour notre maigre popote. Il en rapporte quelques-unes.
Après le rapport, explication pénible avec le colonel, auquel le général a écrit que les officiers de mon bataillon se plaignaient d'être moins bien traités par le chef du régiment d'Algérie que ceux de la légion.
A l'avenir, je resterai encore plus chez moi, et on me traitera d'ours si l'on veut.
// septembre, — Grande distribution d'effets envoyés de Suberbie ville. Mes hommes sont à peu près renippés.
Singulier ordre aujourd'hui.
L'ambulance étant encombrée, les corps ne doivent lui envoyer aucun malade qu'en cas d'urgence absolue. Traduction libre : aucun homme ne recevra plus de soins que lorsqu'il sera moribond.
L'effet produit est lamentable.
Demain, revue du général en chef, avant le départ.
12 septembre, — A sept heures, mon bataillon prend position. Les hommfes qui ne suivront pas la colonne I légère sont placés à la gauche du bataillon. Le général passe sur le front des compagnies et m'exprime sa satisfaction du bon aspect et de la bonne tenue de ma troupe.
Toutes les punitions sont levées.
Après la revue, conseil de régiment tenu pour autoriser deux sous-officiers à rengager.
Je rencontre un peu plus tard le commandant du 40' bataillon de chasseurs, le lieutenant-colonel Massiet du Biest, qui n^a plus sous ses ordres que très peu d'hommes et qui restera à Andriba avec nos malades et nos impedimenta,
13 septembre. — Nous partirons demain à cinq heures quarante-cinq du matin. Nos bagages doivent être réduits à leur plus simple expression. Nous n'emportons que le strict nécessaire.
La ration pour les troupes de l'avant est fixée à quatre cents grammes de biscuit au lieu de cinq cents ; la boîte de viaiide de conserve sera répartie entre douze hommes au lieu de quatre. Nous comptons heureusement rencontrer un gibier qui n'est pas rare ici : le bœuf sauvage.
Nous irons comme nous pourrons et nous vivrons de ce que nous trouverons, si les provisions sont épuisées.
Le lieutenant-colonel Pognard reste à Andriba avec tous les indisponibles. Il ne nous rejoindra plus tard, à son grand regret, qu'à Tananarive.
La colonne légère comprend, outre les troupes d'artillerie, du génie, les convois et les débris de l'escadron de chasseurs d'Afrique : !• le régiment d'Algérie à
trois bataillons ; 2* le 3* bataillon du 200*, sous les ordres du général Metzinger; 3* le 13* régiment d'infanterie de marine à deux bataillons ; 4* le régiment colonial à deux bataillons j sous les ordres du général Voyron .
Au bivouac, notre nourriture actuellement ne varie guère : le matin plat de riz, le soir julienne et haricots, quelquefois des pois cassés et des lentilles. Voici notre dernier menu à Andriba, table des officiers : soupe au pain de guerre ; viande de bœuf; haricots à la graisse; purée de patates ; épinards (ces épinards sont des feuilles de patates). Thé et tafia.
Peu de mercantis ont dépassé Suberbie ville.