LETTRE DE GUY DE CASSAGNAC
Lettre de Gdy de Cassagnac A Jacques Brunel de Péiiard,
Paris, 31 juillet 1914.
Cher Jacques, votre lettre me prouve la douce ignorance où Caen doit se trouver plongé par rapport au reste de la France. Vous n'avez pas l'air de vous douter que l'on mobilise secrètement depuis hier soir, que nous avons été appelés, tous les directeurs de journaux, chez le ministre hier au soir et que la guerre était quasi déclarée... Ma cantine est prête et nous pouvons partir d'une heure à l'autre. Je vous dis cela parce que je sais votre sang-froid. Je ne vous ai pas écrit plus tôt parce que nous vivons dans une véritable activité fié-
vreuse, sans affolement d'ailleurs. Mais tout de même, il y a certaines précautions à prendre au point de vue^ matériel, tant civil que militaire, quand on part dans les conditions où nous partirions, mon frère et moi, car il ne resterait personne, sauf Léoni, au journal.
Malgré tout, je reste personnellement très optimiste, mais je regretterais à bien des points de vue que nous ne saisissions pas cette occasion historique d'une re7 vanche.
Etre tué m'effraye peu, j'ai vécu. Cela ne veut pas dire que je renonce à vivre encore ; je trouve à cela une douceur et un charme.
Si Caen n'était pas en Chine, je ne résisterais pas au plaisir d'aller vous voir pour vous prouver mon affection.'
Bien amicalement vôtre,
Guy.