JACQUES BRUNEL DE PÉRARD
JACQUES BRLNEL DE PERARD
Une belle après-midi ensoleillée d'automne, sur la grande place d'une petite ville de province, si paisible dans cette tourmente... Les faisceaux sont formés près des marronniers accueillants. Un journal ouvert distraitement et, brusquement, cet écho : « La mort d'un confrère », puis, très vite, les lignes brutales qui se déroulent : « M. Jacques Brunel de Pérard... avenir littéraire des plus brillants... agent de liaison... mort héroïque... il n'avait pas vingt et un ans... » Et j'ai l'impression que je deviens fou, l'attente d'un écroulement qui va suivre cette nouvelle.
16 J. BRUNEL DE PERARD
Je demeure surpris de sentir seulement un peu de sécheresse dans la bouche et que mon cœur ne se brise pas tout d'un coup. Et je ne comprends pas qu'un si beau soleil puisse continuer de jeter une clarté dont la gaieté m'offusque et qu'autour de moi les visages demeurent insouciants.
Je me sens encore incapable d'aligner des phrases sur cette douleur. Mais il collabora au Nouveau Mercure^ et il fallait dire la nouvelle. Ce promeneur élégant et mince du sentier de la Vertu et de la rue de la Paix, ce dandy raffiné, cet artiste, ce dilettante, le voyez-vous demandant un poste périlleux d'agent de liaison et tombant héroïquement pour le service de la France ? A-t-il dû sourire, ce délicieux ironiste, sur le passage de ces obus qu'il ne croyait pas destinés à l'atteindre ! « La guerre, m'écrivait-il négligemment, en août, est un sport d'été qui en vaut d'autres et qui ne laisse pas d'avoir ses bons côtés. » 11 tirait de la vie un si merveilleux