De Cassagnac
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qui devient un peu monotone à la longue. Mais ça ne fait rien. L'identité même des gestes, qui nous saluent depuis notre départ, montre l'harmonie absolue du pays dont le patriotisme unifié bat notre train comme une vague qui déferle.
Samedi 8 août.
Hier soir à lo heures, débarquement à Novion-Parcien, dans les Ardennes, palaugeage pendant une heure sous la pluie battante, puis marche en colonne jusqu'à Raillicourtoù nous cantonnons aujourd'hui.
Elle a duré de 6 à lo heures sous une bruine persistante, à la nuit tombante, qu'éclaircit à la fin le clair de lune.
Je me suis rappelé un lointain voyage dans ce pays, ou à peu près, avec maman. Les larges masses de feuillage, allégées par le fin dessin de celui-ci, comme dans l' Escarpolette àe Fragonard, estompent les contours des vallons. Ici presque tous les passants sont calmes ; on sent qu'ils sont
blasés de voir des soldats défiler depuis huit jours. Mais les manifestations isolées n'en ont que plus de valeur. Puis c'est l'arrivée, fourbus que nous sommes, à Raillicourt, la formation du parc, l'installation dans les granges et sous les auvents qui nous serviront d'écuries ; c'est une chose à voir cela, que de grandes manœuvres m'auraient difficilement procurée. Notre venue dans ce misérable village à cette heure, a quelque chose de mystérieux qui, malgré ma fatigue, me ravit l'âme, satisfaisant à merveille le fond de barbarie qui demeure en nous, malgré la Civilisation, et qui constitue la revanche de l'instinct sur l'éducation. Dans la grange où nous nous installons, on n'entend guère que les recommandations de notre chef de section D... de L..., et plus loin, dans d'autres granges, oii s'installent les autres pièces, parfois un cri isolé, lappel d'un canonnier, un juron, une flatterie à un cheval. Et le mystère continue.
La distribution du repas du soir, la nuit passée sur le foin, dans une grange, et le travail de ce malin, n'offrent rien de bien particulier. Nous allons, paraît-il, entrer bientôt en Belgique, pour pousser les Allemands au c..., suivant l'expression dont le capitaine Lebreton croit devoir se servir pour avoir l'air d'un vieux dur-à-cuire.
Il est bien sympathique, le capitaine Lebreton.
Lundi 10 août.
Nous continuons à cantonner à Raillicourt ; ce matin une quelconque manœuvre afin de ne pas perdre la main. Les alentours sont réellement splendides, mais la vie devient monotone.
Aujourd'hui, deux camarades de ma pièce ont voulu s'entre-tuer; on a sorti les couteaux, mais tout cela a fini très bien.
On nous a annoncé officiellement ce matin que le général Joffre avait pris Mulhouse, et que les Allemands battaient en retraite incendiant tout, afin d'éviter que les Français puissent s'approvisionner sur place. Ce soir longue conversation avec Danis, assis tous deux à la belle
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étoile au bord de la route. Il est trop préoccupé par les soucis de sa pièce pour être lui-même. Notre entretien s'en est ressenti. Nous avons eu de longs silences en contemplant les étoiles filantes.
18 heures. — Voici réellement une heure exquise. Je suis garde d'écurie assez isolé de mes camarades qui mangent leur gamelle, vautrés pieds nus à l'ombre. Il a fait toute la journée une chaleur torride, le soleil séchait en une demi-heure les chemises de flanelle, que les soldats avaient lavées et étendues sur des haies.
C'est l'apaisement du soir. Couché sur le dos, j'ai au-dessus de moi un ciel très bleu où traînent des mèches de laine blanche.
Et je ne peux pas m'imaginer que je vais courir un danger quelconque. Il y a de l'au-delà, de l'avenir, dans ce ciel-là. Il me semble que cette guerre est le dernier degré de mon instruction faite au lycée à
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l'Université, dans les livres, dans la vie. C'est quelque chose comme mon récent voyage en Angleterre avec Guy, une mine à souvenirs, à anecdotes.
Je serai fier d'avoir fait la guerre.
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Jeudi 13 août.
Avant-hier et hier nous sommes restés h Raillicourt, et ça devenait un peu monotone; manœuvres le matin, assez intéressantes, dans les environs ravissants qui s'y prêtent. De 1 1 heures à 3 heures repos et sieste dans l'accablement méridien ; pansage, abreuvoir, confection du dernier repas.
Les caractères des gens se précisent par bien des points. En mettant à part ceux sur lesquels je suis fixé depuis longtemps déjà comme Danis et Berteil, j'en vois quelques-uns qui seraient agréables à fréquenter et particulièrement D... de L... Il est bien élevé, confiant, timide et fin.
Ce matin réveil à 3 heures pour le départ. Marche en colonne jusqu'à Warnecourt où nous cantonnons aujourd'hui.
Route splendide, les vraies Ardennes : des vallonnements avec courbes élégantes, des boisés et des lointains très vaporeux. En revanche ces montées et ces descentes qui se succèdent sans interruption sont fatigantes au possible.
Warnecourt est un bourg assez important et dont le décor général fait songer à la Normandie.
Il s'est passé une scène symbolique à l'arrivée. Nous avions été assez sevrés d'extras àRaillicourt, où l'on trouvait tout juste à acheter un litre de vin, ou deux sous de bonbons moisis, en faisant queue une demi-heure. Ici il y a un café-débit passablement monté. De ii heures à une heure ce fut une véritable ruée. Artilleurs et fantassins s'écrasaient ; ils arrivaient dépoitraillés, suants, écartâtes. 11 n'y a que huit jours que nous sommes partis, nous