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LA MARCHE EN AVANT I

vers Tarrière des troupeaux de vaches, et, ce qui est plus réjouissant, de porcs et même de canards.

Gélucourt est un village situé non loin de Dieuze, et séparé de cette ville lorraine par la forêt de Mersack. On nous dit que les Prussiens ont abandonné Dieuze. C'est à n'y rien comprendre ! On va s'y diriger par le village de Guéblange, que nous entourons rapidement. Quelques uhlans qui l'occupaient ont disparu dans le bois de Mersack. Le bataillon s'installe, face à ce bois. Il faut attendre le corps d'armée. Il pleut, il pleut toujours, et cela est effroyable. Je me dis : « Comment pourronsnous arriver à supporter une vie pareille, étant continuellement trempés?... Chacun de nous va devenir un animal aquatique ! »

Ayant reçu la mission d'aller en reconnaissance damS le bois de Mersack, où circulent quelques patrouilles de uhlans, j'y rencontre un lieutenant de hussards, faisant partie du 20^ corps. Cet officier entre en relations avec nous. Le 20^ corps serait arrivé sur Château-Salins. L'armée de Lorraine aurait donc atteint l'axe Château- Salins — Sarjebourg. Voilà un résultat positif qui peut tranquilliser un peu nos esprits.

De la lisière nord du bois de Mersack, nous apercevons la ville de Dieuze, avec ses cheminées d'usines qui se dressent sur l'horizon que le crépuscule obscurcit. Que se passe-t-il dans la petite cité lorraine dont le nom est d'une consonance si française ? Mon camarade m'avait rejoint. Je lui dis : « Si nous allions dans Dieuze ! Quelle joie et quel honneur d'y rentrer les premiers !... Oui^ mais nous ne faisons pas la guerre tout seuls. »

Et, par le bois, nous rejoignons le bataillon. Il doit cantonner à Guéblange, ce gentil village que les Teutons ont baptisé d'un nom moins harmonieux : Geblingen. J'y trouve un lit infect. Il me paraît adorable.

CARNET D UN OFF. ALPIN

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Le soir, avec mon capitaine et mon camarade, nous trouvons à manger chez un gros aubergiste lorrain, véritable brute affinée par la « culture allemande ». Il nous confesse fièrement : « J'ai eu douze enfants. Voici la photographie de ma femme, la plus belle du village : elle pesait 200 livres ! L'année dernière, je l'ai conduite au cimetière. Quelle femme superbe! J'ai mis plus de cent kilos de viande dans la terre... »

0 Pétrarque ! ô Ronsard, Racine et Musset ! Vous, les poètes de l'amour, voici le chant de l'amour triomphant : il a mis en terre cent kilos de viande de sa bien-aimée !

Les filles dudit aubergiste me paraissent bien germanisées. (Dois-je le penser, sinon le dire de bien des Lorrains, qui se sont conduits d'une façon équivoque à notre endroit?) Ces jeunes filles regrettaient d'être Françaises. .. parce qu'en France tout le monde peut tenir un café ! ... Et pour bien d'autres raisons encore... Pensez donc, elles ont été en pension en Allemagne, et l'une d'elles me confie qu'elle y a rencontré l'âme-sœur, un beau guerrier qui combat maintenant dans les armées de S. M. l'Empereur et Roi.

Au moment de quitter l'auberge, et tandis que nous fumons, en rêvant aux aventures qui nous attendent, le capitaine interrompt le silence en nous disant :

— Voulez-vous lire le journal ?

— Lequel?

— Le Bulletin officiel des Armées de la République,

— Qu'est ce journal ?

Mais le capitaine tire de sa poche le « Bulletin militaire ) aujourd'hui connu de tous. Et l'idée qui présida à la publication de ce quotidien officiel nous parut si heureuse et si réconfortante, que nous en fûmes presque émus. Alors, dans cette salle d'auberge qu'éclairait parcimonieusement une pauvre bougie, le capitaine nous lut la

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