‹ Carnet de route d'un officier d'alpinsChapitre 7 sur 17 · COMBAT DE VERGA VILLE · texte numérisé non relu

COMBAT DE VERGA VILLE

de la nuit, comme nous avions compté celles du jour précédent. Mais lorsque le matin arriva, nous entendîmes dans le lointain les coups de feu des éléments de sûreté qui se repliaient sur le village. C'était la formidable offensive allemande qui venait de se déclancher à son tour, et qui força l'armée de Lorraine à se replier sur Nancy et Lunéville... Pour nous, il s'agit alors de parer au plus pressé. Je me jette avec deux sections derrière un mur, et nous attendons l'ennemi. Avec les deux autres sections de la compagnie, mon camarade est à la disposition du commandant.

Mais bientôt, pendant que le soleil se levait, nous eûmes une vision qu'il, vaut vraiment la peine d'évoquer. Environ à 800 mètres de nous se profdait une crête. A cette crête apparurent d'abord les patrouilleurs, puis les unités ennemies qui, brusquement, se déployaient, lorsqu'elles arrivaient à la ligne de faîte. On voyait les fantassins grisâtres se porter en courant vers la droite et vers la gauche, et dégringoler la pente au plus vite pour aller chercher un abri dans un chemin creux, en progressant droit sur nous.

La répétition régulière de ces déploiements avait quelque chose de beau et de menaçant tout à la fois. On y sentait l'application d'une méthode étudiée, qui révélait à chaque fois l'ordre et la précision. C'était un spectacle qui ne manquait pas d'ampleur. Il rappelait les mouvements d'ensemble auxquels se livrent, sur la scène, les danseuses d'un ballet; mais il avait, il faut le reconnaître, quelque chose de moins : la légèreté, l'élégance ; et quelque chose de plus : le tragique, l'inévitable !

Mais nous ne restions pas inactifs, et mes hommes, abrités derrière leur mur, tiraient sans arrêt sur cette véritable avalanche humaine ; car les troupes ennemies

qui poussaient ainsi de l'avant et marchaient sur Dieuze, étaient vraiment nombreuses.

— Ça grouille de tous les côtés, s'écrie un de mes chasseurs.

— Avez-vous remarqué, mon lieutenant, me dit mon sergent?... C'est drôle, ils manœuvrent comme nous! On dirait qu'ils ont fait leurs classes au bataillon.

Je lui crie dans l'oreille ; car le bruit devient infernal :

— L'art de la guerre n'est pas compliqué pour nous. Sous les balles, on progresse de même.

Devant l'accumulation des forces allemandes, le mouvement de repli de nos troupes dans la plaine de Dieuze commence à se dessiner. D'ailleurs, toute l'armée de Lorraine, depuis Morhange jusqu'à Sarrebourg, se rabattait, ce jour-là, sur ses positions de couverture (*).

Après avoir, durant une heure, fait ainsi dans A^'ergaville un bon travail, je reçois l'ordre de mon camarade de quitter le village. Il était temps. Au moment où j'en sors, ayant rallié -quelques braves fantassins qui avaient combattu comme de beaux diables, les Allemands y entrent par le côté opposé. Au lieu de filer directement sur Dieuze, je prends une position de repli à 200 mètres de la lisière du village et face à la sortie, afin de recevoir dignement les Allemands lorsqu'ils essaieraient d'en déboucher. Mais ils n'eurent pas cette hardiesse. Ce qui est incroyable, c'est qu'ils mirent trois quarts d'heure à

(i) L'armée de Lorraine ne se composait plus (lue de trois corps d'ai^ mée : les 20'', j5« et lO*', sous le commaudeineiit du (jénëral de Caslelnau. Elle ne disposait d'aucune réserve, et le yénéral de Castelnau i'ul bien obligé, pour prouoncer son oiTensive en (erritoirc annexé, de disposer ces trois corps en ligne, sans pouvoir respecter l'ordre en profondeur.

Entrée du château de Xermaménil,

où une section du bataillon s'empara d'environ 3oo prisonniers, de !\ mitrailleuses

et de tout un matériel de guerre. (Voir p, 36 -A3.)

Enceinte du château de Xermuménil. (Voir p. 36-4o.)

5 doute le village naison en maison

issant un élément illage, je déploie ît fantassins, face gauche dans un )nnes allemandes îvant la gare en

1 que bien dissile « touchant » — érentes colonnes,

tournant repéré insi sans riposte.

)ur-là, avec toute ;ux et profitable 1 mon commans remords, dans ;r des Germains

tous les jours,

, régulièrement, tous les officiers allemands venaient se coller pour inspecter notre position et chercher un abri. Bienheureux poteau d'exécution ! Je l'avais désigné à l'un de mes hommes, nommé Chambon, qui avait l'œil dessus et ne ratait jamais son coup. Du reste, pour atteindre plus sûrement l'ennemi, j'avais soin de viser le même Allemand que mon brave chasseur. Et c'est ainsi que, pendant plusieurs heures, nous avons réussi, à nous deux, à « descendre » l'un après l'autre, méthodiquement, chacun des officiers allemands qui s'exposaient imprudemment à nos coups.

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