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bataillon pour la position d’attente, l’ancienne; on
répare les petits dégâts commis par le feu de l’ennemi.
6 novembre. — De bon matin, la 10° compagnie de notre bataillon a reçu l’ordre d’aller incendier Ornes(*). La compagnie, en entrant dans le village, fut reçue par un feu de mitrailleuses françaises et eut environ douze blessés et quatre morts, sans avoir atteint son objectif.
Au retour de la compagnie, le commandant du bataillon, Puttkammer, leur dit : « Mes enfants, vous avez eu quelques pertes, ça ne fait pas de mal! » Savoir si c’est bien l’opinion générale? L’après-midi, interminable travail aux retranchements, puis départ en position d’attente sur la hauteur 310 qui est un point important. Là, passé la nuit dans les abris souterrains.
7 novembre. — Je suis de garde au drapeau avec quelques petites gardes accessoires; le reste de la compagnie est employé aux travaux de retranchements. Parmi les hommes, sous-officiers et même les officiers, court le bruit que l'Italie et l'Amérique se seraient entremises pour la paix et auraient envoyé à
(x) Canton de (Charny, à l'extrémité sud-ouest de la forêt de Spincourt. On remarquera ici l’ordre formel donné à une unité d’infanterie, en dehors de tout combat, d’aller délibérément incendier un village.
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toutes les parties belligérantes un ultimatum d’avoir à faire la paix avant le 8 novembre 1914. « Qui vivra verra ! (*)» Espérons le meilleur.
8 novembre: — Vers 10 heures du matin, je suis relevé de ma garde et vais rejoindre ma compagnie en première ligne. Ici, les choses avaient changé au cours de la journée d’hier, en ce sens que le village de Maucourt ainsi que le petit bois en face de nous ont été occupés par les Français. On recommence donc à tirailler, et notre capitaine veut encore aller de lavant, ce qui peut amener beaucoup de mal, parce que les Français sont bien retranchés. Le commandant du bataillon, von Puttkammer, au contraire, ne veut plus rien entreprendre dans ce voisinage. Remarquons en passant qu’il y a aujourd’hui juste quarante-quatre ans que Verdun s’est rendue en 1870 à nos troupes. Je veux prendre cela comme un heureux présage et m'en remettre à Dieu, qui mène toutes choses pour le mieux.
9 novembre. — La nuit du 8 au 9 s’est passée tranquillement, car on a de notre côté reculé l'attaque d’un jour. C’est seulement le soir que tout devait se déclencher. D’après ce que j’ai appris, plusieurs autres compagnies de notre régiment, ainsi qu'une compagnie de mitrailleuses et de pionniers, ont été amenées
(x) En français dans le texte.
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pour cette entreprise ; il ne s’agissait pas seulement de nettoyer le bois de Maucourt, mais encore de reprendre le village. Tout s’est passé comme suit : Vers 7 heures du soir, notre artillerie canonna les positions françaises, c’est-à-dire Ornes, le bois et le village de Maucourt, puis les compagnies désignées à cet effet se portèrent dans l’obscurité à droite et à gauche du bois. Quand elles furent à peu près à la hauteur du bois, notre tranchée ouvrit, avec le concours des trois mitrailleuses qui s’y trouvaient, contre le côté nord du bois un feu nourri, auquel les Français ripostèrent énergiquement. Mon voisin dans la tranchée, le landwéhrien Schubert, fut ainsi atteint de ce qu’on appelle un coup d’écharpe (*) au bras, comme il était en train de placer convenablement le périscope. Dès le début du combat, je vis s'élever à la lisière sud du bois une fusée éclairante, qui sans doute voulait dire : « Nous sommes attaqués, envoyez du renfort. » Au bout d’un quart d’heure nous cessâmes le feu, pour ne pas nuire à nos compagnies qui, des deux côtés, entrèrent dans le bois, rejetèrent l’ennemi et firent quelques prisonniers. Pendant que les pionniers devaient installer pour nous à la lisière sud du bois une nouvelle ligne de retranchements, les compagnies se portèrent sur le village ; la 9° compagnie resta en arrière pour occuper la position à toute éventualité. Bientôt nous enten-
(x) En allemand : Sfreifschuss.
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dimes de notre tranchée une violente fusillade, puis des cris de hourra ! mais peu à peu tout changea. Les hourras se turent et, au lieu d’eux, retentirent en français des signaux d’attaque et les cris : « Allez, en avant (*)! » Sans doute nos troupes avaient dû tomber sur des renforts ennemis qui les avaient refoulées. La retraite dégénéra en fuite ; nos gens nous arrivèrent peu à peu tout dispersés et en courant, et les Français qui les poursuivaient réoccupèrent tout le bois.
Ainsi se termina l’entreprise; nous avions, tout compte fait, environ trois cents hommes tués, blessés ou prisonniers; c’est la compagnie du génie qui a perdu le plus de monde. Les pertes des Français peuvent avoir été en tout d’environ deux cents hommes. Chez les prisonniers que nous avons faits, nous avons trouvé dans leur sac du vin, de l’eau-de-vie et beaucoup de viande, ce qui démontre que cela va mieux pour les Français que pour nous, car nous ne touchons que l'indispensable. La plupart des prisonniers étaient de tout jeunes gens d’environ dix-huit à vingt ans.
10 novembre. — Toute la journée et la nuit suivante, nous avons eu du repos; on entendait quelques coups de canon.
(x) En français dans le texte.
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11 novembre. — À 6 heures du matin, relève; nous marchons vers Mangiennes.
12 novembre. — Petit service de remise en état des affaires, ainsi que nettoyage des fusils (*).
13 novembre. — À 2 heures du matin, réveil, pluie et vent; nous devions partir pour les avant-postes, mais tout à coup les ordres sont changés et nous restons encore un jour à Mangiennes : « Continuer à dormir. »
14 novembre. — Jour de repos; je rencontre quelques paysans français qui ont été transportés de Billy ici. Ces gens sont nourris par nos troupes, mais sont obligés de travailler, par exemple, de nettoyer les rues, etc. Ils couchent sur de la paille dans l’église. J'apprends par eux que mon ancien hôte à Billy, M. Hainaux, serait parti pour l’Allemagne (?).
15 novembre. — À 3 heures du matin, départ pour la position d’attente; là-bas travail; le soir, alerte. Nous repartons en avant vers 9 heures du soir, par une nuit noire ; on entend un roulement énorme de fusil-
(x) Voir la photo reproduite ci-dessus, page 112.
(2) Témoignage intéressant sur l’état de servitude imposé par l'occupation allemande aux populations civiles des pays envahis. L’alternative entre les travaux forcés sur place et la déportation est ici tellement caractéristique de cette servitude qu’il serait difficile d’en trouver de plus tragique exemple.
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lade et de canonnade, le temps est pluvieux. Nous croyions qu'il s’agissait d’une grosse attaque des Français. Çà et là, des fusées éclairantes illum'nent le champ de bataille. Quand nous arrivons, les Français s'étaient déjà retirés et il paraît qu’il n’y aurait eu que des troupes relativement faibles, qui se seraient approchées des tranchées allemandes à environ 200 mètres et là auraient engagé une fusillade contre les pionniers qui y travaillaient. Évidemment, il y a cacore eu ici plus de bruit que de mal, quoique nous ayons eu à déplorer quelques pertes; mais notre compagnie n’est pas venue jusqu’à la ligne de feu et n’eut pas non plus à tirer un coup de fusil. Nous sommes rentrés fatigués et trempés dans nos abris souterrains, qui sont en partie pleins d’eau. Les toits” aussi laissent passer l’eau.
16 novembre. — Il pleut toute la journée. Je suis de garde au drapeau et m'installe tant bien que mal, de sorte que c’est encore assez supportable; mais lhumeur générale est morose, tout le monde ne pense qu’à la paix prochaine, qui ne veut pas venir! D’enthousiasme guerrier on n’en trouverait plus une trace.
17 novembre. — Mise en état des affaires.
18 novembre. — Le matin, de bonne heure, départ pour les avant-postes ; ceux-ci sont maintenant un peu