‹ Carnets de route de combattants allemands, traduction intégrale, introduction et notesChapitre 2 sur 27 · PIE · texte numérisé non relu

PIE

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ou par habitude, ces dernières ont parfois donné à leur carnet de campagne l’ampleur d’un récit littéraire et la portée d’un rare document moral.

Il est évident, en effet, que ces notes prises au cours même des événements par leurs principaux acteurs ou du moins par leurs premiers témoins ont une valeur documentaire incomparable. Il est également certain que les accusations qu'elles portent contre certaines méthodes allemandes ne sauraient être suspectées. Aussi de nombreux emprunts ont-ils été faits à ces sources pour étayer les réquisitoires qui, par les journaux, les revues et les livres, se sont multipliés depuis le début de la guerre contre les violences exercées par les envahisseurs germaniques sur les biens et les personnes des populations rencontrées par eux.

Mais les extraits ainsi publiés par des polémistes, même avec des fac-similés du passage cité, ont été récusés par la presse allemande, comme reproduisant inexactement la pensée des auteurs (*).

(1) Même la brochure si documentée de M. J. Bédier a été l’objet

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Sans doute une traduction partielle, si fidèle soit-elle, peut toujours être discutée, car n’importe quel extrait risque de se voir objecter que, débarrassée du contexte, une phrase quelconque peut prêter à des interprétations inexactes. Il n’est pas contestable qu’un texte intégral se réfute plus difficilement.

Quant à ceux qui objecteront peut-être que, seul, l’examen critique du texte allemand luimême pourrait les convaincre, il leur sera répondu : que ce texte original pourra être communiqué par le ministère de la Guerre français aux chercheurs de bonne foi, qu'il sera d’ailleurs l’objet d’une publication ultérieure, enfin que toutes les précautions possibles ont été prises pour son authentication. À cet effet une description minutieuse sera donnée de chacun de ces petits manuscrits, avec photographies de la couverture et d’une ou plusieurs pages de texte.

I n’a pas semblé pratique ni même utile,

de vives contestations auxquelles il a, du reste, été victorieusement répondu. Voir Les Crimes allemands, d’après les témoignages allemands, in-8°. Paris, Colin. 2° édition 1915. — Comment l'Allemagne essaie de justifier ses crimes (Ibid.). 1915, etc.

»cttit- HSE Das

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dans une édition destinée au grand public, de pousser plus loin cet appareil scientifique.

Le présent recueil n’a donc été formé que par la traduction complète et aussi rigoureuse que possible de quelques-uns de ces carnets de campagne, pris un peu au hasard parmi les milliers d’opuscules de ce genre que recueille l’État-major français depuis les débuts de la guerre. Après quelque hésitation, l’on s’est déterminé à ne pas imprimer le nom même des signataires de ces carnets, pour des raisons de délicatesse morale que la critique allemande nous reprochera sans doute, mais que les honnêtes gens apprécieront. Parmi ces signataires en effet d’aucuns sont morts, et notre scrupule de publication intégrale, sans aucune coupure, pourra livrer au public des sentiments de famille qui doivent se couvrir de l’anonymat. D’autres sont vivants, et certaines critiques un peu vives des actes de leurs chefs risqueraient de procurer un jour des sévices immérités à ces hommes sincères. Ouant à ceux qui ont agi et parlé en véritables criminels, le plus souvent justice est faite et leur nom n'ajouterait rien à l'Histoire. Ici encore d’ail-

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leurs toute personne autorisée pourra en obte-. nir communication.

On ne doit toutefois pas s’attendre dans une pareille collection à trouver à chaque page un récit truculent d’atrocités allemandes ou un dithyrambe à la gloire des armées françaises. Les insultes et les calomnies à l’adresse des Belges, des Anglais, des Français n’y sont pas rares, et la conduite des troupes allemandes y est généralement excusée ou exaltée. Mais ce sont précisément ces insultes, comme ces excuses, qui sont la garantie de sincérité la plus grande de ces textes, et qui donnent une portée plus grave aux accusations formelles que l’on peut en tirer. Qu'ils les approuvent ou qu'ils les blâment, ces récits n’en établissent pas moins des faits, dont la matérialité suffit le plus souvent à porter des jugements redoutables. L’armée française, la belge et l'anglaise ont prouvé leur vaillance, comme leurs gouvernements et leurs peuples ont prouvé leur droiture et leur bonne foi.

Lorsqu'ils parlent de lâchetés des alliés, comme lorsqu'ils parlent de francs-tireurs ou d’atrocités belges, les soldats allemands n'’at-

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testent donc que l’ensemble de fausses nouvelles et d’inventions plus ou moins grossières dont on eut soin, dès le début, de bercer leurs illusions ou d’attiser leur haine. Par contre, lorsque, sous prétexte de représailles à des violences toujours alléguées par « on dit » et jamais prouvées, ces mêmes soldats parlent de meurtres, d’incendies, de pillages, on peut les croire sur parole, et la sympathie qu’indivi- duellement parfois ils inspirent est la plus terrible condamnation du système qui les arma pour de telles répressions!

Le choix des textes ici publiés fait en effet ressortir à dessein quelques figures plutôt sympathiques. Le courage, l’abnégation, la discipline, qualités communes dans l’armée allemande, se rehaussent d’une certaine bonhomie spirituelle, parfois même d’un goût délicat, chez tel ou tel officier; tel sous-officier tire des propos qu'il entend et des faits qu'il constate maintes conclusions qui révèlent un esprit d'équité remarquable; enfin les simples soldats apparaissent surtout comme des natures frustes et simples, irréfléchies et disciplinées.

Mais là est précisément ce qui donne à ce

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livre sa portée plus frappante : ces officiers et ces hommes, individuellement sans haine, assistent impassibles ou se prêtent docilement aux actes qui répugnent à leur conscience ou même à leurs instincts, dès l’instant que leur personnalité s’est volontairement effacée dans l’âme collective du germanisme déchaîné. Tout au plus ont-ils gardé la faculté d’observer; peu à peu celle même de s’indigner s’efface, et la discipline qui les a formés aux règlements est si forte qu’elle leur permettra même d'en faire ou d’en laisser transgresser les formules, si

l’ordre des chefs l’a ainsi prescrit. Aussi les .

voit-on mêlés à des incendies, des vols, des massacres, chacun selon son grade, prêts à tout, parce qu’on leur a dit : « C’est la Guerre! » et que la plus grande gloire de l'Allemagne impose ces sacrifices sanglants.

Il importe que les Français méditent ces pages, pour comprendre la sainteté de leur propre cause. Ils y verront que les acteurs des grands crimes qui ont couvert leur sol de deuils et de cendres ne sont pas des « criminelsnés », des êtres exceptionnels, comme d'aucuns se l’imaginent. La vérité, moins simple mais

chante ss 2h. 1:

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infiniment plus terrible, c’est que le germanisme, déformation morale ou folie collective, est parvenu à faire d’êtres humains de qualité moyenne, ni meilleurs ni pires que nous, les complices ou même les exécuteurs des plus effroyables crimes qui aient déshonoré l’humanité. Il est plus grave pour la Kultur allemande d'avoir armé des hommes naturellement bons et sages contre des femmes, des enfants, des églises et des collections d’art ou de science, que si de pareilles monstruosités avaient été commises, pour ainsi dire en dehors d'elle, par quelques fractions anonymes de criminels avinés. Que les meilleurs éléments de l’armée allemande, réputée la plus disciplinée du monde, aient pu assister ou même prendre part sans révolte à des actes contraires à la fois à toute morale et à la lettre de leurs propres règlements, c’est la plus formidable accusation qu'on puisse établir contre une éthique, dont l'idéal avoué est d’annihiler la personnalité humaine, au point d’en faire l’automatique instrument des pires besognes!

Les carnets de campagne, transcrits fidèlement ci-après, sont donc le plus vivant et le

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plus redoutable commentaire de cette accusation dont les quatre-vingt-treize intellectuels fameux de l'Allemagne moderne avaient, inconsciemment sans doute, donné la formule désormais célèbre, en disant de l’armée allemande :

« Elle ne connaît pas de cruauté indisciplinée! » Sie kennt keine xuchtlose Grausamkeit !

Au point de vue de l’organisation même de cette armée allemande, il suffit de rappeler ici qu'elle diffère très peu de celle de l’armée française. L’active et la réserve y sont en proportions comparables ; la Landwebr a quatre classes de plus que notre armée territoriale, le Landsturm est une réserve de l’armée territoriale. Il y a ici toutefois une différence essentielle, provenant de la supériorité numérique considérable des classes de recrutement allemandes sur les nôtres. De ce chef, l’armée active peut, ou bien ne pas incorporer du tout, ou bien renvoyer dans leurs foyers, après un très court passage à la caserne, des catégories très nombreuses de conscrits. Ceux-ci sont directement versés, soit dans ce qu’on appelle l’Ersatz-Reserve, soit dans le Landsturm. Il en résulte que les for-

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